‹ Une fleur du Carmel [microforme]Chapitre 110 sur 201 · RE ESS · texte numérisé non relu

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22, Lettre de Sœur Thérèse de Jésus à la Révérende ! Mère Prieure du monastère des Carmélites de Reims, LA LE pour la remercier de son admission au Carmel.

Québec, 13 Janvier 1873.

Ma très-Révérende Mère,

| Je vous serai à jamais reconnaissante pour votre bonne et affectueuse lettre, par laquelle vous m'annoncez la faveur singulière que vous avez bieu voulu me faire, en m’admettant au nombre de QD vos filles. Que Notre-Seigneur a été bon pour moi, HE ma Révérende Mère ! L'éternité ne sera pas trop Qui 1 longue pour le remercier de tous ses bienfaits, surtout de celui, le plus grand, le plus magnifique de tous, de m'avoir choisie pour son épouse du Carmel, et d’avoir ainsi disposé, en ma faveur, votre cœur, ma bien bonne Mère, et celui de Monseigneur

l'Archevêque.

Ma joie a été à son comble, vous n’en doutez pas, . ma Révérende Mère, en apprenant le nom de

religion qui m'a été décerné ; avec quel bonheur je signerai désormais, Sœur Thérèse de Jésus !

Dès le mois de juin dernier, mon directeur en avait comme un pressentiment, et m'assurait déjà qu'il me nommerait un jour de ce même nom:

mais malgré tout ce qu'il disaii, et bien que je le

il désirasse de tout mon cœur, je n’osais point espérer

|L une si grande faveur. Elle sera pour moi un (1! nouvel aiguillon, qui m’encouragera à me corriger Ab de mes défauts et à retracer en moi quelques-unes | Al des vertus de ma sainte Mère, afin de me rendre Lil par là un peu moins indigne de porter son nom.

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C’est une douce pensée pour moi que celle de la bonté avec laquelle vous voulez bien m'ouvrir, dès maintenant, les portes de votre monastère. Qui sait, ma Révérende Mère, si je ne profiterai pas de cette bonté, et si je n'irai pas vous surprendre quelque beau jour, en arrivant à Reims avant l'automne prochain ? S'il se présentait, avant ce temps, quelque bonne occasion pour partir, et que ma santé fût un peu remise, j'aimerais bien ne pas la laisser échapper ; cependant, j'attendrai comme vous le désirez, ma bien chère Mère, l'époque que les circonstances fixeront pour mon départ. Peut-être d'ici jusqu'alors, découvrirons-nous quelque autre aspirante au Carmel. Ce serait avec grand bonheur jue je vous amènerais, non pas seulement une. mais plusieurs postulantes canadiennes; malheureusement, il y en à bien peu parmi les jeunes personnes de ma connaissance, qui pensent à se faire religieuses, bien moins encore à se faire Carmélites. Nos projets n'étant pas connus, il est difficile, à la vérité, qu'elles en aient l’idée. Il faudrait donc une grande grâce de Dieu pour qu'il se déclaràt quelques vocations ; mais ce que Notre-Seigneur à fait en faveur de la pauvre petite sœur Thérèse de Jésus, ne le peut-il pas faire pour d’autres, qui le méritent certainement plus ?

Le Révérend Père m'avait promis de veus écrire, il y a quelques mois, et de vous expliquer le long retard que j'ai apuorté à répondre à votre bonne lettre. Veuillez bien croire, Ma Révérende Mère. que la maladie seule à pu m'empêcher de remplir. avant ce temps, le devoir, si doux à mon cœur, de vous remercier de la grande faveur que vous me: laites.

Veuillez agréer, ma Révérende Mère, l'hommage de mon plus profond respect et de ma plus vive affection, et me croire, dans les sacrés Cœurs de Jésus et de Marie,

Votre obéissante fille, SOEUR THÉRÈSE DE JÉSUS,

Postulante Carmélite indigne.

93. Autre lettre de Sœur Thérèse de Jésus à la Révérende Mère Prieure du Curmel de Reims.

Québec, 30 Janvier 1873.

Ma Très-Révérende Mere,

J'ai eu le grand bonheur de recevoir, il v à quelques jours, vos lignes si précieuses au cœur de votre fille. Je vous remercie mille fois, ma Révérende Mère, de votre bonté, qui vous a inspiré de m'écrire avant que je l’eusse fait ; il paraît bien que vous avez déjà un cœur tout maternel à l’égard de votre nouvelle fille, puisque vous avez si bien connu ce qui pouvait lui causer de la joie ; vous ne pouvez lui en accorder une plus douce que de lui écrire.

L'extrait, que vous me rappelez, ma bien bonne Mère, des fondations de notre Mère Ste Thérèse, m'a grandement consolée et ne pouvait venir plus à propos ; deux jours encore avant l’arrivée de votre lettre, j’'éprouvais bien de la peine, par là crainte que la faiblesse de ma santé serait peui-être un obstacle à ma persévérance chez vous ; et voilà que Notre-Seigneur vous inspire de me rapporter

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un trait si analogue à ma position, lequel me fait espérer que ce cher époux de nos âmes voudra bien m'accorder, à moi aussi, assez de santé pour devenir Carmélite, quoique je ne mérite pas un si grand honneur.

Le paquet m'est arrivé en ordre parfait. Dimanche dernier a été le jour de ma prise d’habit (en attendant). J'ai communié et me suis revêtue du petit scapulaire, que je porte depuis, ainsi que la croix, avec un grand contentement de me voir maintenant revêtue d’une partie de l’habit du Carmel.

Maman a reçu avec beaucoup de plaisir le petit scapulaire que vous lui envoyez ; je la recommande ainsi que mes frères, bien à vos prières, ma Révérende Mère.

J'ose réclamer un petit souvenir dans vos bonnes prières, ma Révérende Mère, y ayant, ce me semble, un droit tout spécial en qualité de votre fille.

- En sollicitant de votre cœur une bénédiction bien désirée, je demeure, dans l'attachement le plus sincère et le plus respectueux, ma très-révérende et bien-aimée Mère,

Votre fille toute dévouée en Notre-Seigneur,

SOŒUR THÉRÈSE DE JÉSUS, Postulante Carmélite indigne.

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24. Lettre de sœur Thérèse de Jésus à la Mère Séraphine du Divin Cœur de Jésus, maitresse des novices au Carmel de Reims.

Québec, 15 Janvier 1873.

Ma bien révérende et bien chère Mère,

Quel bonheur pour moi de pouvoir enfin vous écrire ! il y a longtemps que je me serais accordé cette jouissance, si ma santé me l’eût permis.

Votre lettre, ma très-chère Mère, est venue, fort à propos, me consoler dans ma maladie en m’'apprenant mon heureuse admission au Carmel. Avec quel bonheur je me dis que je suis Carmélite, non plus seulement de désir, mais que, réellement, je fais partie de cet ordre si aimé de la sainte Vierge ! Ah! ma Mère, qu'heureux sont ceux qui se donnent à Jésus ! Sj les personnes du monde connaissaient les consolations ineffables, dont il plait à Notre- Seigneur d’inonder le cœur de ceux qui se donnent à lui, il en est peu qui refuseraient de s’abandonner entièrement à son aimable joug.

Je vous prie, ma bien chère Mère, de vouloir bien demander à notre aimable Maitre, de ne pas permettre que je me rende indigne de tant de grâces qu’il m'a faites ; mais que je lui prouve ma reconnaissance en m'efforçant de devenir une bonne Carriélite, une fidèle imitatrice des vertus de ma sainte Mère, dont j'ai le bonheur de porter le nom. Vous aviez excité en moi, ma bonne Mère, une grande impatience de savoir comment on m’appellerait à Reims ; heureusement que la nouvelle ne s'en est pas fait attendre ; vers la fin de la même semaine, ja recevais la lettre de notre Révérende

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Mère, par iaquelle j'apprenais sa tendre bonté à mon égard et le nom qu’on m'a donné.

Maman est extrêmement satisfaite, ma Révérende Mère, de ce que vous avez décidé pour l’établissement et la construction de votre monastère au Canada. Elle est bien contente de ne rien presser et d'attendre que les Carmélites viennent, elles. mêmes, faire bâtir le monastère.

J'ai été un peu troublée, je vous l’avouerai, ma bien bonne mère, en voyant, par votre lettre, que vous désirez que j'apprenne le dessin et la peinture ; non pas que je ne le venille pas, mais parce que je crains fort de n’y pas réussir à cause du peu de talent que j'ai pour cet art; j'ai déjà essayé plusieurs fois de prendre des lecons, mais toujours sans succès ; je me ferai cependant un devoir, autant qu'un plaisir, de prendre des leçons de dessin ; et qui sait si le sacré Cœur ne m’accordera pas le succès que je désire ?

Je crains fort, ma bien bonne Mère, d’être un membre fort inutile de votre communauté, à cause de mon inhabileté à toutes sortes de choses. Par suite d’une négligence bien impardonnable, je n'ai pas profité de tous les moyens qui m'ont été donnés de m'instruire. Je me proposais d'employer cet hiver à réparer cette négligence. en nrappliquant nieux à l'étude de ce qui pouvait m'être nécessaire en religion. Tous mes plans ont été dérangés par cette longue maladie, qui m'a tenue, et me tient encore forcément oisive, de sorte, ma chère Mère, que j'arriverai chez vous dans toute mon ignorance.

Mille remerciements, ma bien bonne Mère, pour la bonté avec laquelle vous avez daigné répondre à toutes mes demandes, et pour l’affection que vous

voulez bien me témoigner ; enfin, ce vilain mot de Mademoiselle n’a plus reparu dans votre lettre que pour être définitivement chassé de votre correspondance, et vous ne me donnerez plus désormais que le titre si doux de votre enfant, vous ne me traiterez plus que comme une bonne mère traite sa fille, qui l'aime de tout son cœur.

29 Janvier.

J'avais été forcée d'interrompre cette lettre commencée déjà depuis longtemps, et, c’est pendant cet intervalle que la vôtre m'est arrivée. Que je suis touchée, ma bonne et chère mère, de votre bonté et du tendre intérêt que vous voulez bien me témoigner ! Je voudrais que les gens du mende lussent vos affectueuses lettres et celles de notre révérende et bien-aimée Mère ; ils verraient combien grandement ils se trompent en disant que les personnes religieuses sont froides et indifférentes.

Il n’en est pas ainsi avec vous ni avec toutes nos chères sœurs de Reims, qui me font faire de si affectueuses commissions. Veuillez, je vous prie, les en remercier pour moi, et leur dire que leur petite sœur du Canada les aime aussi de tout son cœur.

Vous me faites rougir de honte et vous me mettez dans la confusion, ma bonne Mère, par la bonne opinion que vous avez de moi, lorsque vous me dites que je dois remplacer par des actes d’une entière obéissance, ceux de mortification que mon éiat m'emnèche de pratiquer.

Hélas ! je ne suis pas si pénitente que de penser déjà à me mortifier : je vois bien que vous ne connaissez pas votre pauvre canadienne, Je m'en

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effraie quelques fois et me demande si ie deviendrai jamais une véritable Carmélite. toute dévouée aux exercices de la pénitence.

Je vous prie, ma Révérende Mère, de vouloir bien demander à Notre-Seigneur de changer mon cœur tout terrestre en un cœur tout mortifié.

Vous me croyez encore bien malade, ma bien bonne Mère ; je me hâte de vous rassurer. Grâce à la bonté de notre bon Maitre, je suis beaucoup mieux, mais je suis encore si faible que je ne puis m'appliquer à quelque travail que ce soit : c’est ce qui m’a forcée à être si longtemps à vous écrire.

J'aurai grand soin de l’image de notre sainte Mère, que j'aime déjà et que je veux aimer comme vous l’aimez vous-même ; je me dis qu’il faudra que je vous la rapporte bien vite, de peur que vous ne vous ennuyiez trop après elle.

En attendant cet heureux jour, que je prie Notre-Seigneur de hâter, je demeure, ma révérende et bien bonre Mère, dans les sentiments du plus profond et du plus sincère aitachement,

Votre toute dévouée enfant,

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