‹ Une fleur du Carmel [microforme]Chapitre 132 sur 201 · Objections des mondaïins contre la vie du Carmel · texte numérisé non relu

Objections des mondaïins contre la vie du Carmel

L'une des choses les moins comprises dans notre temps, et sauvent même par les chrétiens, c'est la vie du Carmel considérée non-seulement au point de vue de son utilité et de sa force sociale, mais surtout au point de vue de la joie et de la félicité personnelle de la Carmélite elle.mème. ‘Quoi? ‘ disent les mondains ignorants de ce doux mystè. ‘‘re; la joie dans l’immolation? la joie au sein de ‘ l'obéissance, de l’austérité et de la pauvreté, c’est. ‘“‘à-dire dans une triple mort de soi-même? Quoi! “le bonheur dans une vie qui semble faite toui ‘exprès pour supprimer tous les éléments de notre “bonheur? Qui pourra le croire?” Ainsise récrie le monde devant cette félicité incomprise.

Je ne puis m'en étonner. Pour le monde, d’ordinaire, le Carmel est une sombre prison, et la Carmélite une triste prisonnière portant avec chagrin le poids de sa captivité.

Condamnée par sor propre serment à une réclusion où sa vie étouffe, et à des austérités qui font violence à la nature, elle passe ses jours derrière son voile noir et sa grille repoussante à regretter un bonheur qui ne peut revivre, et à pleurer sur des joies qui ne ressusciteront plus. Portant dans

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son cœur des aspirations qui appellent un air libre, elle met son énergie à refouler au dedans tous les légitimes instincts de la vie; sous prétexte de se préparer dans le ciel un bonheur qui n’aura pas de fin, elle se fait sur la terre un supplice qui ne finit aujourd'hui que pour recommencer demain : bourreau et victime tout ensemble, elle inflige à la fois à son corps, à son âme et surtout à son cœur, un martyre qui n’a pas même pour se soutenir la perspective d'un grand but, séparée qu'elle est par sa vie elle-même de toute communication effective avec la société: souffrance obscure, solitaire et stérile, qui se broie et se ronge elle-mème dans un silence qui ne permet pas même à l'humanité vivante d'entendre un seul de ses soupirs et d'essuyer une seule de ses larmes!

Tel est, à l'endroit de la vie du Carmel, le préjugé mondain; et il faut convenir que, n’allant pas au fond des choses pour en toucher l’intime secret, le préjugé a pour lui les apparences. Oui, la Carmélite, dans un sens, se condamne à ce triple martyre, martyre de son corps, de son âme, et surtout de son cœur. Soufirir, en effet, dans ces trois parties de son ètre, et par ces trois souffrances qui n'en font au’une, consommer son perpétuel sacrifice ; jour par jour, heure par heure, se faire de plus en plus victime; et, comme nous l'avons dit, ressembler de plus en plus à son divin idéal; shumilier tonte sa vie sous le joug d’une perpétuelle et absolue obéissance ; se dépouiller toute sa vie dans une perpétuelle et absolue pauvreté; se crucifier toute sa vie par une perpétuelle et absolue chasteté; faire plus encore, imprimer à sa chair les stigmates d’une âpre et sévère austérité : oui, voilà

Bien dans ses réalités la vie du Carmel: et rien assurément ne parait tout d’abord plus antipathique à la joie, et plus incompatible avec le mystère dn honheur que nous y découvrons.

Que dis-je ? la Carmélite inflige volontairement à sa vie une blessure encore plus douloureuse, la blessure de ses inévitables séparalions. Quitter ce qu'il y a de plus doux au monde, le foyer, cette patrie du cœur; mettre, entre son cœur vivante tout ce que l’on aime le plus sur la terre, de tristes murailles, et je ne sais quel rempart hérissé de fer, qui semble dire à l'amour qu'il ne peut plus passer ; se voiler même devant lui, et, par un de ces artifices que seul le Dieu du Calvaire pouvait sasciter, renoncer même à la consolation de lui montrer son visage; enfin savoir, comme l’immortel secrei de son cœur, qu’en montant au Calvaire on n’y monte pas seul, mais que, comme Jésus, on y fait peut-être monter avec soi une mère de douleur, mère blessée elle-même par tous les glaives qui la blessent, et qui ressent, par la compassion, tous les contrecoups. des souffrances volontairement ermbrassées par son enfant : pauvre mère, condamnée à souffrir, elle aussi, tonte sa vie, et d'autant moins consolée dans les douleurs, que son sacrifice fut pour elle moins choisi et moins volontaire. Eh bien, la Cermélite, qui n’est pas cruelle, la Carmélite qui, derrière sa grille de fer et sous sa robe de serge, garde un cœur d’enfant,cœur toujours bon, toujours affectueux, toujours capable par conséquent de comprendre le dévouement et l’amour, la Carmélite consens à ce sacrifice qui renferme en lui seul tous les autres sacrifices, comme le cœur renferme toute

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Et dès lois, comment croire, dites-vous, à la félicité du Carmel? comment admettre dans ce triple martyre cette incompréhensible joie? et pourtant rien n’est plus certain ; parmi ceux qui ont, de loin ou de près, respiré quelques-uns des parfums que laisse échapper le Carmel jusqu'aux frontières du monde, il n’y a rien dè plus connu, et, si je le puis dire, de plus vulgaire, que la joie naïve et la sainte gaieté des filles de sainte Thérèse.

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