‹ Une fleur du Carmel [microforme]Chapitre 134 sur 201 · La Carmélite est heureuse parce qu’elle croit · texte numérisé non relu

La Carmélite est heureuse parce qu’elle croit

Oui, la Carmélite croit ; elle croit à l'efficacité de son martyre ; elle croit à la fécondité de sa souffrance ; elle croit à la solidarité chrétienne ; elle croit à la fraternelle communication des mérites par le sacrifice volontaire. Ah! voilà bien, tout d’abord, ce qui rend le sacrifice de la Carmélite si béatifique pour elle-même. Vous vous demandez comment une femme faible peut porter toute sa vie le poids d’un tel sacrifice ? Comment avec toutes ces blessures volontaires qu'elle fait à son corps, à son âme, à son cœur surtout, elle peut vivre encore ? Et vous ne pouvez entendre qu'avec son infirme nature elle accepte l’héroïsme du sacrifice, non comme une exception dans la vie, mais comme l'état normal de la vie ? Ah ! c’est qu’une grande pensée la soutient, la pensée de sauver ou de soulager quelqu'un. Elle sait que dans le corps de Jésus-Chrit tout membre qui souffre enlève à un frère la souffrance qu’il prend pour lui-même ; elle sait que l’exubérance des

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mérites qui jaillit du sacrifice personnel, reflue sur lindigence de nos frères, pour les enrichir ou payer leur rançon ; elle sait, même sans en être témoin, que chacune de ces souffrances entre dans le salut d’une âme, et que chacun de ses sacrifices convertit un pécheur. Comme sainte Tuérèse, elle suit, par ses souffrances réparatrices, l’apostolat catholique par tous les chemins du monde. Tandis que le prêtre porte la doctrine, elle muitiplie le sacrifice : lui, jette la semence ; elle, l’arrose de ses larmes et quelquefois de son sang ; lui, est l’apôtre par la parole ; elle est martyre par l’immolation ; et tous deux sauvent les âmes. Aussi notre joie est sa joie, la joie à nulle autre pareille, la joie de faire du bien, la joie de convertir, la joie de régénérer, la joie de ressusciter, la joie d’affranchir, la joie de sauver, enfin. Et cette joie, quelle est plus douce encore au cœur de l’heureuse victime, lorsque son sacrifice a fait le salut d’un père, d’un frère, d'une âme chère entre tous les âmes ! Quelle consolation pour son cœur, de pouvoir se dire que Dieu rendra à son père, à sa mère, à ses frères, à ses sœurs, des vertus, des mérites, et, peut-être, des félicités égales aux douleurs que leur a coutées son sacrifice devenu le sacrifice de tous ? Et voilà ce qui rend cette vie d’immolation acceptable à la fille du Carmel : elle croit à la fécondité de ses douleurs et à la puissance de son sacrifice.

4, La Carmélile est heureuse parce qu'elle aime.

Ce n’est pas tout ; avec la joie qui lui vient de la foi, la fille du Carmel a la joie qui lui vient de son amour ; car non-seulement elle croit, mais surtout elle aime ; elle aime son Christ immolé ; et pour

elle comme pour tous ceux qui aiment, la joie s'épand au milieu de son cœur ; elle est le parfum de cet amour qui l’embaume tout entier. Elle a déjà même, dans ce paradis de la terre, ce qui sera le secret de son bonheur dans le paradis du ciel, l'amour au sein de l’ordre, l'amour dans son lieu natal, l'amour tranquille dans son centre. Car, la Carmélite aime Jésus-Christ ; elle aime Celui pour quietavec qui elle souffre ; elle aime son divin Crucifié, son divin Flagellé ; et voilà pourquoi la flagellation et le crucifiement ne sont pour elle ni sans bonheur ni sans joie ; elle aime Celui qui est la personnification même de la douleur ; et voilà pourquoi cet amour lui adoucit toute rigueur et lui cache un baume au fond de toute souffrance ; son Crucifié avec sa couronne d'épines, avec ses pieds et ses mains percés, lui est plus doux que tout ce qu'il y a de plus doux. et elle aime en lui et avec lui toutes les réalités de sa vie sacrifiée pour lui. Avec lui et pour jui elle aime cette obéissance qui la soumet et l’abaisse, comme son Dieu soumis et obéissant jusqu’à la mort ; eile aime cette pauvreté qui la dépouille et la fait pauvre conme son Dieu pauvre et dépouillé ; elle aime cette austérité et cette chasteté qui la rend digne de son époux chaste et crucifié ; elle aime, en un mot, cette étroite et sévère demeure toute remplie des reflets du Calvaire, parce que là elle a renfermé tout son amour ; elle aime sa supérieure comme une déléguée et une image de Jésus-Christ ; elle aime ses sœurs comme les membres les plus choisis et les plus purs du corps mystique de Jésus-Christ ; elle aime toute cette chère famille adoptée par son cœur dans le cœur de Jésus-Christ ; et elle redit,

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dans les joies fraternelles de son âme unie À ses sœurs en Jésus-Christ, l'Ecce quam bonum +1 quam jucundum de la fraiernité. Elle aime, enfin, son Carmel comme ün mémorial du Calvaire et comme une préparation du Thabor.

Oui, ces trois choses qui se touchent presque dans l’espace, le Calvaire, le Carmel et le Thabor, se trouvent |[i comme l'expression diverse d’une mème réalité, et viennent se confondre aux regards de la Carmélite béatifiée par ses sacrifices, dans une commune transfiguration !

o. La Curmélite est heureuse parce quelle espère.

Mais, deux fois heureuse déjà et de sa foi et de son amour, elle est heureuse encore de son espérance ; car non-seulement elle croit et elle aime, la fille du Carmel, mais elle espère aussi ; elle attend, du haut de son Carmel, c'est-à-dire, de son Calvaire, cette pleine et entière transfiguration dont elle ne reçoit encore que les lointains reflets et les pressen timents déjà béatifiques. Elle attend la consommation de son union avec Jésus-Christ, union enivrante dont elle ne connaît encore qu'un essai qui fait désirer l'achèvement et aspirer la plénitude ; elle attend cette suprême visite du bien-aimé qui doit lui apporter, dans son cœur, le dénoûment de ce drame intérieur que les anges seuls ont contemplé ; elle attend enfin le dernier mot de tous ces sacrifices qui, pour elle, racontent le temps et prophétisent son éternité ; elle attend ; et son espérance est pleine de son bonheur, parce qu’elle est pleine de son immortalité. Grande et belle heure pour la fille du Carmel, l’heure de la mort, qui est la consommation finale de ce mystère

d'amour pressenti dans la vie ! Oh ! cette mort, comment vous dire ce que c’est que cette mort ?

Comme la mort de Jésus-Christ lui.mème, c'est la mort sur la croix au sommet du Calvaire. Mais comme du haut de ce Calvaire le passé se couvre de douces clartés, et l’avenir de splendides rayons! Quand on a si bien vécu, à cette heure solennelle, qu’il fait bon de regarder sa vie et d’attendre sa mort ! Qu'il est doux de se souvenir! mais combien plus doux encore d'attendre et d'espérer la consommation de son bonheur !

O vous que ce mystère de joie trouve peut-être incrédule, ah ! si vons doutez encore, venez voir mourir la Carmélite. Oui, regardez-là sur son humble couche, la Carmélite à son heure dernière : quels célestes regards ! quel angélique sourire ! quelle soif de Jésus-Christ qui va venir ! quel désir de ce ciel radieux qu’il apporte avec lui et qu'il est lui-même tout entier ! Quel Te Deum chantent jusque dans le râle de la mort, et sa poitrine haletante et son âme agonisante, alors qu’elle croit entendre Jésus-Christ qui lui dit en descendant avec ses anges : ‘ Venez, ma bien-aimée ; venez, ‘ l'hiver du temps est passé ; jam hiems transit ; ‘ pour vous il n’y aura plus ni de pluie ni d'orage: ‘€ ÿmber abiit el recessit. Voici venir le printemps du ‘ ciel et son éternelle jeunesse ; là vous recevrez “ de la main du divin Epoux tous les lis de l'inal- ‘ térable pureté, toutes les roses d’une inénarrable “ joie ; là, vous respirerez avec lui dans les siècles “ des siècles le parfum des véritabies immorteiles.”

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