CHAPITRE IV
EXTRAIT DE LA RÈGLE ET DES CONSTITUTIONS DES RELI- GIEUSES CARMÉLITES, SELON LA RÉFORME DE SAINTE THÉRÈSE.
La Règle du Carmel consiste principalement dans les points suivants :
Le maigre est continuel et n’est interrompu que pour maladie ou faiblesse.
Le jeûne est très-fréquent; pendant tout le Carème et les jours de jeûne commandés par l'Eglise, on ne mange ni œufs, ni beurre, ni laitage ; de même tous les vendredis de l’aïnée, excepté ceux entre Pâques et la Pentecôte.
Le jeûne ou carème de l'Ordre commence le 14 Septembre et ne finit qu'à Pâques. Mais les jeûnes de l'Ordre sont moins rigoureux que ceux de l'Eglise.
On couche sur une paillasse sans matelas avec des draps de serge. On porte la tunique également de serge. Maisen maladie, on peutavoir un matelas et du linge. Tant que les postulantes ne sont point revêtues du Saint-Habit, elles conservent les draps de toile, et portent la chemise de toile.
La clôture est fort stricte. On n'entre dans le monastère que pour les choses indispensables, et que les Religieuses ne peuvent pas faire ellesmêmes.
On ne voit personne sans être voilé; et quand les Religieuses vont au parloir, on n’ouvre la grille que pour les plus proches parents. Pour toutes les autres personnes la grille reste fermée. On fait deux heures d’oraison mentale tous les jours, une heure le matin et une heure le soir.
Le silence est habituel. Dans la journée on peut cependant dire quelques mots à voix basse, pour les choses nécessaires,mais depuis Complies jusqu’après Prime du lendemain, on garde un rigoureux silence,
Le travail des mains est assidu. On ne doit perdre aucun moment. Les Carmélites sont pauvres et leur sainte Mère recommande qu'elles puisent dans le travail une de leurs principales ressources.
Tous les gros travaux de la maison sont partagés entre les Sœurs, selon leurs forces et leurs aptitudes. D’autres sont exécutés par toute la communauté réunie, par exemple, laver le linge, porter le bois etc., dans tous les cas où la Prieure le trouve bon et utile. Chacune se fait un bonheur de travailler ainsi dans la maison de Dieu et s’y prête de tout son cœur.
La séparation du monde doit ètre sévère: les visites au parloir peu fréquentes et courtes; la correspondance restreinte à la seule nécessité ou très-grande utilité.
L'Ordre du Carmel étant essentiellement solitaire et consacré à la prière, celles que le Seigneur daigne y appeler doivent prendre soigneusement garde de ne pas sortir de cet esprit de retraite, de recueillement, de solitude intérieure avec Dieu, qui ie peut s'allier avec des rapports extérieurs trop faciles qui rappelleraient ce qu’elles ont quitté et abandonné pour suivre le céleste Époux qui le veut pour lui
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seul. C’est au pied du tabernacle qu’elles aimeront à se souvenir de ceux qui leur sont chers, et leurs affections loin de diminuer deviendront plus profondes, plus ardentes parce qu’elle seront plus pures, plus saintes, plus selon Dieu et toutes pour le bien spirituel des âmes. Un sacrifice offert pour elles, un acte de vertu pratiqué seront incomparablement plus utiles qu’une longue conversation, du moins pour l'ordinaire.
L'usage du tabac et du café est interdit : sion en avait l'habitude, on ferait bien d'essayer de la perdre avant d'entrer, ou du moins de s'assurer que la santé ne devrait pas en souffrir. Le thé ne se permet qu’en cas d’indisposition comme simple médicament.
Quant aux qualités que désire sainte Thérèse, et qu'elle demande de celles qui veulent devenir ses filles, voici les principales :
1. Une vocation ferme, constante et bien décidée, un attrait prononcé pour notre saint état qui le leur fasse préférer à tout autre. *
2. Le dégoût du monde et l'amour de la solitude, de la prière, du recueillement et de la pénitence ; des âmes généreuses capables de comprendre le bonheur d’un dévouement entier et sans réserve à Notre-Seigneur pour sa plus grande gloire et le salut des âmes, qu'une Carmélite ne doit jamais perdre de vue.
3. Un grand esprit d’obéissance, de simplicité qui les rende souples comme des enfants pour se laisser conduire, oubliant ce qu’elles auraient pu faire dans le monde pour prendre en tout l'esprit de la sainte Religion.
4. Sainte Thérèse demande en outre un jugement droit, une grande et forte volonté d'être à Dieu, point d'attache à son propre sens, à sa manière de voir. Qu'on aime à être averti et repris de ses défauts ;. qu’on s’habitue peu à peu à ne point s'excuser soi-même.
Une grande charité les unes envers les autres, une disposition à prendre tout en bonne part, à juger toujours ses sœurs en bien. On ne demande cependant pas que les jeunes personnes soient par. faites en entrant, ni qu’elles possèdent éminemment les précieuses qualités qu’on requiert, mais, au moins qu’elles apportent un cœur, un esprit et une volonté disposés à travailler avec courage pour acquérir les vertus et les perfections religieuses.
5. Il faut encore avoir une santé suffisante pour pouvoir porter l’'observance régulière habituelle. Il faut cependant compter beaucoup sur la grâce et le secours de Dieu, ne pas craindre de souffrir pour son amour. Îl sait donner des forces étonnantes quand il appelle une âme à son saint service.
6. Il faut en outre avoir assez d'intelligence et d'ouverture d’esprit pour s'acquitter convenablement de la récitation du bréviaire, la voix assez juste pour ne pas troubler l’ordre et l'accord de la psalmodie ou du chant en chœur, et pouvoir aussi chanter seule de manière à être bien entendue de tout le chœur.
Enfia, une dernière réflexion, dont nous avons déjà touché un mot, c’est que l'Ordre du Carmel est essentiellement apostolique : c'est une levée d’apôtres que sainte Thérèse, a voulu faire, apôtres de la prière, apôtres du sacrifice pour la sainte Église et tous ses ministres, pour la conversion des
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pécheurs, la persévérance et la sanctification des justes. Point d'âmes, auxquelles une Carmélite ne doivent s'intéresser, point d'œuvres que son cœur n'embrasse. Elle se donne avec Jésus-Hostie, avec Jésus victime d'amour et d’expiation, et sa vie entière doit s'écouler dans cette sainte union où elle trouve la paix et le bonheur dès cette vie. Mais nous le répétons, il faut des âmes généreuses et dévouées, car la moindre réserve volontaire envers Dieu les priverait de ce bonheur attaché à leur sainte vocation et rendrait leur vie aussi inutile que pénible à supporter, et cela par leur faute. Dieu nous en préverve maintenant et tou. jours |