WEST MAIN 5TREET WEBSTER, N.Y
xotite colonie de Carmélites, dans son pays natal, elle nous reprochait aimablement de vouloir la chasser d’auprès de nous. Son humilité l’'empèchait de croire qu'elle pit eoutribuer à cette œuvre autrement que par les biens extérieurs que la Providence avait mis à sa disposition. Il lui semblait aussi que Dieu demandait d'elle un détachement plus absolu de toutes choses. Bien récemment encore, elle le disait à une de nos sœurs : ‘‘ C’est ici que je dois mourir. ”
Cependant nous ne partagions pas ses sentiments, et en regardant cette aimable enfant, nous nous préparions au sacrifice de la séparation. Elle nous semblait si pénétrée de l'esprit de notre sainte Mère, qu’elle puisait dans ses ouvrages avec une affection toute filiale : nous croyions découvrir tant de sagesse unie à la naïveté enfantine de cete âme d'élite, que nous nous plaisions d'avance à La voir former d’autres âmes à la vie du Carmel ; et, bientôt après sa profession, devenir pour lespirituel comme pour le temporel, la pierre fondamentale de la fondation projetée. Hélas ! c'était une autre séparation que nous devions accepter, et combien l’époque en devait être rapprochée !
Nous parlions, ma Révérende Mère, de la voie de détachement où le bon Maitre semblait vouloir conduire cette âme si profondément aimante. Ce détachement était loin de paralyser en elle ce qu’il y a de plus délicat dans l'affection. Elle avait pour sa mère une tendresse de cœur ineffable, dont on ne peut se former une idée qu’en lisant les lettres qu’elle lui adressait et que nous joignons à cette notice. Mais c'était «u ciel, dans le cœur de Dieu, que toutes ses affections étaient enracinées ; elle en
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voyait sans trouble tomber, sous le glaive du sacrifice, les fleurs et le feuillage, sûre de retrouver dans l'éternité ce qu’elle aimait en Dieu pour l'éternité.
La brièveté à laquelle m'obligent les limites resserrées d’une lettre, me contraint de passer sous silence sa tendre charité pour toutes ses sœurs, en qui elle ne voulait voir que des vertus, à qui elle aimait tant à rendre tous les petits services qui dépendaientd’elle ; sa profonde et affectueuse reconnaissance envers les Mères qui tâchaient de la conduire à Dieu ; sa simplicité, la gracieuse naïveté de son caractère ; son amour du devoir ; son attention à se tenir toujours occupée de quelque ouvrage ; son zèle pour la régularité ; sa touchante gratitude pour les services qu’elle recevait ; cette douce piété qui se peignait sur son angélique physionomie, quand elle était en prière. C'était surtout aux pieds de Notre-Dame du Sacré-Cœur qu'on ne pouvait s'empêcher de la contempler.
Mais comment ne pas dire un mot de cet amour pour Jésus, qui fut l’âme de toute sa vie? Déjà, lorsqu'elle était encore dans le monde, ce Bien- Aimé lui était toute chose. Sa plus chère parure de jeune fille était un anneau d’or sur lequel sa pieuse mère avait fait graver les lettres J.H., comme symbole d’une alliance mystérieuse entre Jésus et Hermine. Et l'enfant se plaisait a se nommer Hermine de Jésus, comme plus tard elle devint Thérèse de Jésus. (C'était cet amour qui l'avait entraînée au Carmel: Elle voulait être Carmélite pour mieux aimer Jésus, iui appartenir sans partage. Combien de fois répéta-t-elle à sa bonne Maîtresse de noviciat, avec cet accent du cœur qui ne se rend
pas: ‘“O ma mère, je veux être à Jésus !—Priez pour moi, ma mère, afin que je sois fidèle à Jésus !” —-Et quand quelque faute légère lui échappait, c'était avec une profonde tristesse et les larmes aux yeux qu'elle allait lui dire: ‘* Ma mère, je n'ai pas été fidèle à Jésus... C’est affreux, ajoutait-elle, il est si bon pour moi!” Et il lui fallait quelques paroles d'encouragement pour la fortifier. Maïs c'était dans sa faiblesse même qu'elle puisait sa force, en s'abandonnanttout entière à la miséricorde de Celui qu'elle aimait.—‘“Le bon Dieu, disait-elle, me comble de tant de grâces depuis que je suis ici! je ne me reconnais plus. . Oh! comme je l'aime maintenant! je me sens si unie à Jésus, je ne le quitte presque plus. C'est étonnant comme il me fait comprendre les choses auxquelles je n'entendais rien du tout! Est-ce de Lillusion, ma mère, de penser cela? Mais il me semble que le bon Dieu me fait avancer vite. Oh! quelle grâce d’être au Carmel !—O ma mère, parlez-moi de Jésus; parlezmoi de son amour, du bonheur de souffrir pou
Lui, d'être pauvre avec Lui, d’être humble, petite et obéissante comme Lui...” Et tout était compris, accueilli avec ardeur ; et le germe déposé au fond de son cœur y prenait racine.
Mais, selon l’Imitation, la vie de l'amour ne se passe point sans souffrance. La pieuse postulante l’'éprou va: les exagérations de son humilité et de sa délicatesse de conscience lui firent craindre de ne pas mériter la grâce qu’elle désirait tant. La difficulté qu’ellé ressentait alors à s'exprimer sur ses dispositions intérieures, lui faisait craindre de manquer à notre égard de franchise et de droiture, et nous gènait un peu aussi pour annliquer à son
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mal le remède convenable. Aussien voyant la joie se peindre sur ses traits, lorsqu'il nous échappait une parole qui laissait apercevoir notre confiance en sa vocation, nous lui disions : ** Mais, mon enfant. s’il ne fallait que cela, nous vous l'aurions dit plus tôt. ” Cependant ses inquiétudes ne pouvaient se dissiper entièrement, et nous eussions désiré les voir cesser avant sa Prise d'Habit, dont l'époque approchait,d’autant plus que sa constitution délicate semblait s’en ressentir. — Une bien douloureuse épreuve commenvait alors à peser sur nous : Monseigneur, notre si paternel Archevèque, était déjà fort souffrant, et nous craignions de le fatiguer. Rien pourtant ne pouvait nous tenir lieu de sa décision. Nous lui fimes exposer sommairement nos difficultés. La réponse de son Excellence fut que toutes les œuvres de Dieu rencontrent toujours bien des obstacles au commencement, et que nous devions agir comme si de rien n'était, Ge nous fut un trait de lumière. Quant à ma sœur Thérèse de Jésus, ces paroles, dès que nous les lui répétâämes, firent disparaître tous les naages de son âne, et y ramenèrent la plus douce joie. Elle se prépara avec allégresse à sa Prise d'Habit. Le 13 octobre avait été fixé : il lui eût été si doux de prononcer ses vœux l’année prochaine, le jour de la fête de sa bien-aimée Mère et Patronne ! Mais c’est an cie! que les noces devaient se célébrer !.…
La cérémonie de la Prise d'Habit laissa une profonde impression de bonheur dans l'âme de notre chère novice. Elle y trouvait un gage du choix de Dieu sur elle. Combien de fois, avec son enfantine ingénuiié, elle contemplait sa robe et son scapulaire ! Elle était si heureuse et si fière des privi.
lèges que lui conférait son titre de novice ! Vingt. cinq heures avant sa mort, nous dûmes céder à ses instances et la laisser encore dire ses coulpes au Chapitre. Elle s’affermissait de jour en jour dans l'amour de sa vocation. Cependant la peine de ne pouvoir se rendre assez utile, à son gré, lui était toujours sensible. Elle eût voulu, en conséquence, s'approprier ce qu’il y avait de plus humbie dans les ouvrages de la maison. Une aimable contestation s'étant engagée entre ma sœur Thérèse de Jésus, et une jeune professe à qui elle voulait ravir une de ces œuvres que le monde appellerait basses, celle.ci fut obligée de céder à l’accent avec lequel notre Lovice lui disait : ‘ Eh bien! ma sœur, voyons à quoi suis-je bonne ici ?”
Les petites dispenses auxquelles la délicatesse de sa complexion nous engageait à l’astreindre, ne lui étaient pas une légère croix, à cause. de son grand amour pour l’observance commune. Et d’un autre côté, la privation de ces mille douceurs qui l’entouraient dès son enfance, et dont la nature se fait, par suite de l’habitude, une nécessité, quoique la santé puisse fort bien s’en passer, cette privation, dis-je, devait lui occasionner une multitude d’actes de mortification que Dieu seul a pu compter.
La chère enfant semblait se fortifier ; son estomac, nous disait-elle, se trouvait de mieux en mieux. Cependant, nous fûmes bien surprises de ja voir maigrir, pour ainsi dire du jour au lendemain, vers le 15 décembre, et cela sans cause apparente, et sans souffrance, assurait.elle. Nous fimes prévenir monsieur notre médecin qui, tout en constatant l’extrème délicatesse de notre chère sœur, ne vit rien d’inquiétant dans sa position. Nous le
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redemandâmes le 20, parce qu’une toux assez légère était survenue ainsi qu’un point dans la poitrine. Du reste il n’y avait ni fièvre, ni autres symptômes alarmants. M. le docteur fit quelques prescriptions et nous laissa sans craintes. Nous fimes reposer la chère enfant encore plus que les jours précédents. Le dimanche 21, elle nous parut plus faible ; nous l'emmenâmes faire dans le fauteuil de l’infirmerie son action de grâces de la sainte communion, puis elle put prendre quelque cnose. Elle dina médiocrement et nous pria de la laisser venir à la récréation où elle se trouvait si heureuse de ia compagnie des sœurs. Nous ne lui laissâmes aucun espoir de venir aux vèpres ; mais nous ne pûümes lui refuser d'entendre l’exhortation qui devait se faire au Chapitre. Elle y dit ses coulpes que nous interrompimes au plus vite, et retourna avec une compagne. Puis elle quitta son cher habit du Carmel, cette fois pour ne plus le reprendre, et se mitaulit. A l’une de nos visites de la soirée, elle nous témoigna le désir d’un petit entretien spirituel, que nous lui promimes pour le lendemain, et nous nous séparâmes, non sans avoir dit quelques paroles de récréation, d'autant plus qu’elle était privée ce soir de se trouver en communauté. Après Matines, elle était calme, mais avec ses petites douleurs de Poitrine. La nuit ne laissait rien pressentir de dangereux ; cependant la commission était donnée à ma sœur tourière d'aller, le plus matin possible, prévenir M. le docteur, de crainte qu’il ne crût pas sa visite assez pressante.
Le lendemain lundi, vers six heures, je trouvai notre chère enfant à peu près dans le mème état que la veille au soir, et désireuse de se lever pour
l'heure de la messe. Je lui recommandai de ne pas essayer de s'habiller sans l’aide de l'infirmière. En retournant auprès d'elle, à sept heures, son état me parut aggravé, bien qu'il ne fût survenu ni secousse, ni crise, ni douleur violente, ni défail. lance ; mais le mal semblait progresser régulièrement et rapidement. Dès ce moment, la journée de la bonne petite sœur sembla réglée comme un jour de retraite : le temps devait se trouver pour chaque chose, mais à la minute. Je l’avertis qu'elle ne pouvait pas mème essayer de venir à la messe, qui devait ètre dite à sept heures et demie (1). Après la messe et l’action de grâce. je me sentis pressée, au lieu de rester aux Heures, avec la communauté, de me rendre auprès de notre bien-aimée malade. Elle était tranquille ; mais me voyant avec notre manteau de communion, que j'avais conservé exprès elle se jeta dans mes bras, comme pour avoir sa part de la visite de Notre-Seigneur. Je remarquai avec effroi le teint violacé de son visage, mais sans le lui dire. Le temps pressait. Je laissai d'abord son âme s'épancher : elle me dit avoir offert pour Monseigneur la nuit sans sommeil qu’elle venait de passer. Chère enfant ! ce n’était pas la première offrande de son cœur reconnaissant pour ce Père qui déjà lui avait fait tant de bien Je lui appris, à mon tour, qu'une bénédiction spéciale venait d’étre demandée pour elle à Son Excellence, et sa consolation en fut grande. Pauvre petite ! la dernière instruction qu’il lui avait été donné d'entendre
(1) Une nécessité majeure nous oblige à changer dans la semaine l’heure de la messe conventuelle, qui se trouve entre Prime et Tierce. Nous demandons à ce sujet une dispense assez souvent renouvelée, pour que cette dérogation nécessaire no devienne pas une coutume.
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SOEUR THÉRÈSE DE JÉSUS. 457 de cette bouche vénérée, c'était que ‘ nous devons nous abandonner à la volonté de Dieu, sans condition, pour tous les cas les plusimprévus.” Combien cette paternelle leçon allait lui devenir pratique !
Je sentaisqu'il me fallait, en peu d'instants, la préparer à tout quitter ; mais la tâche fut facile :—* Mon enfant, vous deviez écrire à madame votre mère pour Noël; mais si vous alliez devenir plus malade, ne feriez-vous pas bien d'écrire aujourd’hui même, afin que cette bonne mère ne s’effrayât pas, en recevant une lettre d’une autre main que de la vôtre ? si vous ne pouvez d'avantage, vous mettrez au moins l'adresse.” Et ce fut ainsi convenu. Peu à peu j'essayais de lui laisser entrevoir mes craintes, avec l'espoir que les Sacrements, si son ftat était trouvé assez grave pour qu’il fût permis de les lui administrer, pourraient lui être d’une grande utilité pour le corps comme pour l’âme. Rien ne l’étonna : elle était prête à tout : ‘“ Je ne crains qu’une chose, me dit-elle ; c’est que, si je viensà mourir, la fondation canadienne n’en souffre. ” — Mais, mon enfant, qui sait si, dans les desseins de Dieu sur votre âme, ce projet de fondation n'était pas simplement un moyen de vous faire ouvrir les portes du Carmel, où son amour vous appelait ? ” Elle sourit à cette pensée ; puis elle reprit : ‘* Je regrette aussi de n'être que novice ; j'aurais tant désiré faire mes vœux !… ” ‘“ Chère enfant, si le bon Dieu devait vous appeler, nous pourrions vous faire immédiatement prononcer vos vœux, sous condition. ” — Oh ! alors, j'aurai tout ce que je désire. ”
Nous lui proposâmes de la transporter à l’infirmerie, ce qu’elle accepta avec reconnaissance. Tout y fut bientôt préparé pour la recevoir. Sa faiblesse
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devenait telle que nous tâchions de lui épargner le moindre mouvement, il semblait qu'elle dût nous rester dans les mains. Aussi, malgré la légèreté du fardeau, nous étions quatre pour la déposer dans son lit Se voyant ainsi entourée et doucement couchée : ** Mais me voilà comme une petite reine, nous dit-elle gracieusement ; n'est-ce pas trop de sensualité pour le Carmel ? ” Sa chère Maîtresse lui rappela les prescriptions de notre sainte Mère touchant les soins à donner aux malades. Nous pûmes bientôt annoncer à notre bien-aimée sœur la prochaine arrivée de notre bon Père confesseur, M. l'abbé Tourneur, vicaire-général, en qui elle avait la plus filiale confiance. Ce lui fut une douce joie, qui redoubla encore lorsque, avant de la quitter, ce Jon Père lui dit qu’elle allait prononcer ses vœux entre nos mains, puis qu’il reviendrait lui apporter la sainte communion, mais qu’en attendant il lui procurerait une nouvelle bénédiction de Monsei gneur. La chère enfant, ne se trouvant ni accablée par la maladie, ni distraite par de vives douleurs, préparait en paix son âme à recevoir toutes les grâces qui lui étaient réservées. Nous nous empressâmes de lui procurer le bonheur, auquel elle aspirait tant, de faire sa profession ; elle désira, malgré la faiblesse de sa voix, en répéter trois fois la formule. Dès lors, rien ne la retenait plus sur la terre ; et lorsque M. le docteur arriva, elle ne put s’empècher de lui demander si elle aurait le bonheur de mourir. Puis se reprenant, elle ajouta : ‘“ Je ne désire ni la vie, ni la mort, mais la volonté de Dieu. ” Et elle témoigna à M. le docteur toute sa reconnaissance de ses bons soins. J'étais alors l'interprète de cette aimable malade, dont je ne
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pouvais recueillir les paroles qu'en appliquant mon oreille tout près de sa bouche. Un peu plus tard sa voix se fortifia. S'entretenant alors avec sa Maitresse : ‘‘ Je pense, disait-elle avec calme et tendresse, à ma petite mère du Canada...” Ensuite, elle m'assura à moi-mème qu'elle allait bien prier au ciel pour cette mère chérie, pour ses bien-aimés frères, pour sa chère famille. Mais comme je lui demandais quel message j'aurais à leur transmettre de sa part, elle me confia uniquement celui-ci
‘“ Je ne regrette aucun sacrifice. ” — De quel cœur recevait-elle nos pressantes recommandations, quand nous la supplions de porter au ciel toutes nos prières nour notre si paternel Archevèque ! comme elle comprenait et rassemblait en son âme tous nos vœux pour une santé si précieuse !… Mais les épreuves de la sainte Église !… mais les douleurs de notre Saint-Père le Pape !… comment eùt-elle oublié ?. Une de ses parures de prédilection avait été, jusqu’au jour de sa prise d’habit, la croix que lui avait laissée son père, après l'avoir reçue luimème du Souverain Pontife, en récompense de son dévouement. La France aussi, sa chère patrie d'adoption, avait son affectueux souvenir et ses ardentes prières.
Les moments s’écoulaient, et Jésus allait venir pour celle qui l’aimait tant. Avec une joie enfantine, elle contemplait l'autel qui se dressait : ‘ Oh ! que c’est beau ! oh ! quel bonheur !. Que veut dire le vert ? ” — Enfant, c’est l'espérance. ” — ‘ Etle blanc ? ” — “ Leblanc ?.. c’est la couleur des noces. Cela signifie : Voilà l'Époux qui vient, allez au-devant de Lui.” Et son cœur débordait. Elle nous suppliait de chanter pour elle. Il fallut
bien lui promettre un Magnificat pour son action de grâces. — ‘ Mais un cantique auparavant ! ” Com. ment le lui refuser ? Nous essayâmes à nous ieux sa Maîtresse, un couplet de cantique, avec ce refrain :
Seigneur, je crois !. mais je veux sans nuage... Je veux te voir !
Je veux te voir !
Je veux te voir pour l'aimer davantage !.
Ah ! laisse-monter au ciel !
Et un angélique sourire nous remercia… Cependant, une inquiétude lui survint: Ne pouvail-il pas s'être glissé quelque amour-propre dans l'expression si vive de ses sentiments ? Selon ce qui nous avait toujours si bien réussi à son égard, nous lui répondimes que rien en elle ne nous semblait de nature à lui inspirer de l’amour-propre. Le calme revint immédiatement. Elle épancha son âme en actes de douce et confiante humilité, d'amour, de saint abandon : ‘“ O mon Dieu ! répétait-elle, je jette mon âme dans le plus profond de votre miséricorde et de votre amour ; je vous l’abandonne...” Et puis bien souvent : {{ O Jésus, mon unique amour !… ” Oh! oui, son unique amour.
elle avait bien tout quitté pour le suivre, ct elle avait bien reçu du bon Maitre le centuple promis : elle le recevait surtout à cette heure souvent amère, mais qui lui était rendue si suave …
Elle ne pouvait se lasser d'entendre parler de Jésus : elle priait sa Maîtresse de lui suggérer de pieux sentiments pour mieux préparer son âme à le recevoir ; elle nous faisait la mème prière ; et, sil nous fallait la quitter quelque peu, elle s’adressait
iction de 7 Com.
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à ses bonnes infirmières ; puis elle nous redisait avec reconnaissance : ‘ Oh ! que cela me fait de bien ! ” —, Une heure sonna : et le Bien-Aimé, qui se plaisait un jour à se nommer Jésus de Thérèse, veaait se donner à Thérèse de Jésus : il venait une dernière fois dans le cœur de sa petite épouse, pour l'emmener au ciei, et consommer ainsi l'union eucharistique qui avait fait son bonheur sur la terre,
Après celle supréme communion, après le sacrement de l'Extrème-Onctior, après une dernière bénédiction du guide vénéré de son âme, il n’y avait plus, selon notre promesse, qu'à lui prèter toutes no: voix, et chanter de sà part le Magnificat… C'étaient à la fois les larmes de la terre et les joies du Ciel. — Quand il fut terminé, nous approchâmes de l’angélique enfant qui nous accueillit en souriant, Elle sourit aussi à sa chère Maitresse, qu'elle vit également auprès d'elle. Puis son regard se promenait sur toutes ses sœurs bien-aimécs, que nous fimes passer successivement devant son lit, Ses lèvres se remuaient encore pour baiser le crucitix, pour répéter les doux noms de Jésus, Marie, Joseph, mais aucun son n’en sortait plus. Peu à peu, elle sembla devenir étrangère à tout ce qui l’entourait, et nous commençâmes les prières de l’agonie. A deux heures, nos sœurs allèrent au chœur pour vêpres, pendant qu'avec une de nos bounes Mères, nous les récitions à voix basse dans un coin de l’infirmerie ; nos chères sœurs du voile blanc, demèurées avec nous, ne détachaïient pas les yeux de l'enfant qui allait nous quitter. Les vèpres achevées, nous revinmes auprès d'elle, et bientôt toute la Communauté nous
rejoignit. Et nous ne pouvions que prier autour de cette couche si calme, devant cette figure si douce et si sereine. Bien des colloques mystérieux devaient alors s’'échanger entre les anges et celle qu’ils appelaient. Vers quatre heures, quelques légers mouvements nous avertirent que le moment du départ approchait ; un coup de sonnette rappela quelques-unes de nos sœurs qui avaient été forcées de s'éloigner ; et peu de minutes après, entourée de sa famille du Carmel qu’elle n'allait pas cesser d'aimer, notre douce sœur Thérèse de Jésus s’endormait sur le Cœur de Celui qui lui fut toutes choses ici-Las, pour s'envoler sans retard, nous en avons l’intime confiance, vers le ciel où elle le possède sans partage. Son visage, que l’agonie n'avait point contracté, se revêtit alors d'une suave expression ; ses lèvres semblaient s'entrouvrir pour nous parler encore.
Mais ce pieux projet de fondation canadienne, vers lequel se portaient si souvent les vœux d’une mère et d’une fille si dignes l’une de l’autre, s’éteignaitil avec la généreuse enfant ? — Nous lisons dans le saint Évangile : Si le grain de froment tombé en terre ne vient à mourir, il demeure seul: mais quand il est mort, il porte beaucoup de fruits.”
Notre bien-aimée sœur Thérèse de Jésus a passé sous nos yeux comme une douce et rapide apparition, taissant apres elle un suave parfum qui nous demeurera longtemps. Nous nous demandons ce qu'aurait pu emporter à expier, cetie âme qui se purifiait dans l'amour jusqu’au dernier moment. Cependant, ma Révérende Mère, comme l’infinie sainteté de Dieu découvre des taches dans les anges, nous vous prions de vouloir bien faire rendre
* autour igure si stérieux et celle quelques moment ette rapient été »s après, n'allait érèse de ji lui fut s retard, » ciel où ge, que tit alors mblaient
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à notre chère sœur les Suüffrages de notre saint Ordre, comme pour une novice. Nous vous demandons, par grâce, une communion de votre fervente Communauté, l’indulgence des six Pater, une invocation au divin Cœur de Jésus, à Notre-Dame du Sacré-Cœur, à saint Joseph, à notre sainte Mère Thérèse ; et un Magnificat en reconnaissance de toutes les grâces dont elle a été comblée. Elle vous en remerciera auprès du divin Époux, pendant que nous le faisons de tout cœur ici-bas, en vous priant d'agréer, dans le Cœur sacré de Jésus-Enfant.
Ma très-révérende Mère,
les plus affectueux respects de votre bien humble et dévouée servante,
SŒUR MARGUERITE-MaRIE DU SACRÉ-COEUR DE JÉSUS, R. C.I.
De notre Monastère de l’Incarnation des Carmélites de Reims, le 26 Décembre 1873.