CHAPITRE III
LA VOLONTÉ DE DIEU DEVIENT PLUS MANIFESTER APRÈS LA MORT DE LA SOŒEUR THÉRÈSE DE JÉSUS.
‘ Jésus leur dit : Ce qui est imossible aux hommes, est possible Dieu, ”’ (8. Luc, XVIII, 27.)
Carmel de Reims, 18 Février 1874.
Mon Révérend Père,
Il nous donne une grande joie et une grande espérance le pieux désir de consacrer ce nouveau Carmel à Notre-Dame du Sacré-Cœur. Nous venons de placer dans le sanctuaire d'Issoudun, comme symbole d’incessante supplication pour cette œuvre, un marbre avec cette inscription :
O NoTREe-DAME DU SACRÉ-CŒUR !
Nous METTONS TOUT ENTRE VOS MAINS :
MonTREZz.voUus NOTRE MÈRE !..
Un passage de votre lettre m’a beaucoup touchée, c'est celui où vous nous dites que le démon ne pourra supporter l'idée d’un établissement de Carmélites dans un pays qu’il voudrait protestantiser. — C’est donc vraiment là une œuvre tout apostolique ! Combien donc devons-nous l’embrasser cordialement !
Le bon Dieu a beaucoup changé, a changé complètement nos dispositions depuis la première ouverture que vous nous avez faite en juillet, mon Révérend Père, sur le projet de fondation. Cela me
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semblait alors impossible : laisser aller au Canada notre bonne Mère S., c'était une pensée que je ne pouvais supporter ; aussi ces jours passés, une de nos sœurs me rappelait que j'avais dit alors que, pour mon compte, je ne consentirais jamais à ce
départ, qui m’eût semblé une dureté envers une
Mère à qui nous devons tant de reconnaissance, et un tort ronsidérable fait à la Communauté, à qui elle est si utile. Mais pourtant la fondation nous intéressait vivement, et nous allâmes frapper à la porte de quatre Carmels, dont aucun ne fut en état de s'en occuper. Alors le bon Dieu nous amena peu à peu à faire le sacrifice qu’il demandait, dans le cas où sa volonté se manifesterait. C'était notre disposition lors de votre passage à Reims, et elle demeure la mème.
Pour notre bonne Mère, ce n'est pas le sacrifice qu'elle repousse ; elle sent comme nous, qu'il y a là une grande respousabilité, et que fuir devant la croix, quand il s’agit de la gloire de lieu et du bien des âmes, serait une trop grande lâcheté pour une fille de sainte Thérèse ; mais la défiance d'ellemème lui fait craindre de n'être pas à la hauteur de cette mission, de n’avoir pas l'aptitude requise. Pour cela, je ne suis pas de son avis : la bonne Mère nous semble avoir tout ce qu’il faut pourètre fondatrice, la grâce de Dieu aidant ; car il va sans dire, que sans ce secours, c’est une triste chose que toute l’habileté de quelque créature que ce soit. Saulement. mou Révérend Père...
Ah ! mais j'aime mieux auparavant vous dire quelque chose qui vous plaira sans doute. Dès l’abord, nous n’aurions su qui donner.de nos sœurs; et voilà que les vocations poussent, et qu'on voit
naître les moyens de trouver des pierres vivantes pour le Carmel de Montréal, sans démolir celui de Reims. Et encore, mon Révérend Père, ces pierres sont-elles du meilleur choix ; elles n’empèchent pas toutefois notre vif désir d'en voir quelques-unes du Canada venir se faire tailler ici.
Après la mort de Thérèse de Jesus, on nous écri. | vait :
A Reims, les âmes pieuses sont si avides de la circulaire qui annonce la douce mort de notre bien. aimée sœur, que nous sommes obligées d'en faire tirer de nouvelles. Les fidèles de notre ville s’inté. ressent beaucoup à la fondation d’un Carmel au Canada. Le Bulletin du diocèse, voire même un journal de la ville n’ont pas manqué de noter re qui se rapporte à notre chère enfant.
Nous sommes pleines d'espérance pour la fondation à Montréal. Le grain de froment germera. Quand et cornment ? c’est le secret de Dieu.
Carmel de Reims, Mars 1874.
C'est admirable comme le bon Dieu conduit cette affaire de la fondation. Nous n'avons qu'à nous tenir souples à la direction de cette bonne Providence. Ici, les difficultés semblent s’aplanir ; nous avons plus de sœurs qui ont la vocation pour cette œuvre, que nous ne pourrions vous en donner.
On ne peut prudsmment et selon nos règlements, entreprendre une fondation, à moins de six ; et ces six, nous les avons, et de bon choix ; mais à charge que vous prierez bien pour notre Carmel de Reims, où ces chères sœurs laisseront de fameux trous.
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Enfin, le bon Dieu arrangera tout, puisqu'il s’agit d'accomplir sa sainte volonté. Nous aimerions bien voir un peu clair dans ces affaires, avant nos élections qui auro.'{ lieu en juillet prochain ; et puis, il faudra encore du temps, pour prendre mille petites mesures.
Si la bonne Providence amène cela à bonne fin, nous désirerions beaucoup que le départ se fit au printemps. Mais nous avons encore à parler de bien des points avant la conclusion.