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Monseigneur, considérant les grâces que les prières et les austérités de la vie contemplative attirent sur le peuple, avait désiré, depuis le commencement de son pontificat, établir les Carmélites dans son diocèse ; mais les hesoins étaient si nombreux qu'il fut obligé de différer l'exécution de son projet. Aujourd’hui le moment de le réaliser est enfin arrivé.
Dès le mois de septembre 1872, Thérèse de Jésus n'ayant pu réussir à faire accernter l'offre de la fondation d’un Carmel à Québec, s'était assuré que Monseigneur de Montréal l’accepterait pour son diocèse.
Le vénérable prélat, voyant que la volonté de Dieu commençait à se manifester par la vocation si extraordinaire de Thérèse de Jésus au Carmel, demanda avec ferveur au Sacré Cœur que l'œuvre de Dieu pût s'accomplir, et la recommanda aux prières des âmes pieuses qui partageaient ses sentiments.
Les choses en étaient là,lorsqu’on reçut à Montréal la circulaire annonçant la douce mort de Thérèse de Jésus.
Plusieurs pensèrent alors qu’il ne fallait plus s'occuper de la fondation, et que. par cetle mort prémaiurée, la volonté de Dieu se déclarait contre l'établissement des Carmélites à Montréal. Mais Monseigneur, animé de l'esprit de foi, en jugea
* autrement. Après avoir lu la circulaire qui annon-
çait la précieuse mort de la sœur Thérèse de Jésus, Sa Grandeur nous écrivit la lettre suivante :
Je vous renvoie la notice, que vous avez bien voulu me communiquer, sur l’angélique fille que vous avez dirigée vers le Carmel, pour y remettre
sa belle âme dans l’aimable Cœur de Jésus, avec tous les transports de l'amour.”
‘ En vous remerciant de votre attention, je ne puis vous dire, de tout ce qui s’est passé dans mon âme en parcourant des yeux ces détails émouvants, qu’une chose, qui est que le Carmel va s'implanter dans notre Canada ; j'en ai plusque jamais l’intime confiance. Car l’ange qui s’est envolé au ciel, va prier pour le succès de la fondation qu'elle avait tant à cœur ; et ses prières ne sauraient sans doute éprouver de refus. Le doigt de la Providence est là évidemment.
Attendons cet heureux évènement
+ 16. Êv, ne MonrréaL.
Les Carmélites, de leur côté, disaient dans leur circulaire : ‘ Mais ce pieux projet de fondation, vers lequel se portaient si souvent les vœux d’une mère et d’une fille si dignes l’une de l’autre, s'éteignait-il avec la généreuse enfant ?
‘ Nous lisons dans le saint Evangile: Si le grain de froment tombé en terre ne vient à mourir, il demeure seul : mais quand il est mort, il porte beaucoup de fruits.”
C'est ainsi qu’à partir du moment où ceux qui n’ont que des vues humaines regardaient l’œuvre du Carmel comme manquée, cette œuvre prenaitun nouvel essor.
Monseigneur continuait avec une sainte activité de s'occuper du projet de fondation, quand Dieu lui envoya subitement de nouveaux auxiliaires qui, par leur piété et leur mortification, devaient contribuer puissamment à la propagation de la vie contemplative, et favoriser ainsi l’œuvre projetée depuis longtemps.
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Au printemps de 1874.les Religieuses du Précieux- Sang ayant obtenu un terrain dans la paroisse de Notre-Dame de Grâce, vinrent s’y établir.L’empressement et la générosité des citoyens à les recevoir, firent comprendre qu’à Montréal on sentait vivement l'importance et le besoin de la vie contemplative ; et qu’on aimerait à encourager de la mème manière celles qui, choisies de Dieu, traverseraient l’océan, pour établir au Canada les filles de sainte Thérèse. L'esprit de foi, qui animait les vrais chrétiens, leur disait que la fondation du monastère du Précieux- Sang ne pouvait qu’attirer les bénédictions du ciel sur les démarches que faisait Monseigneur pour l'établissement du Carmel.
On vit alors la différence qu’il y a entre l'esprit de foi et l'esprit du monde. L'esprit du monde, qui domine dans beaucoup d'âmes sans qu'elles en aient conscience, leur faisait dire que, par suite de la fondation du monastère du Précieux-Sang, l’œuvre du Carmel ne pouvait plus réussir, qu’elle serait ahandonnée, et qu’il ne fallait plus y penser. L'esprit de foi faisait dire à Monseigneur et aux fidèles : Cette œuvre du Précieux-Sang ne peut qu’attirer de nouvelles bénédictions sur celle du Carmel qui est projetée.” Et effectivement, à partir de cet heureux moment, l’œuvre des Carmélites marcha av-c une rapidité qui dépassait toutes les espérances.
Déjà la pieuse intention de la sœur Thérèse de Jésus était accomplie, et son patrimoine avait été ‘onsacré à l'œuvre de la fondation du Carmel ; bentôt la générosité d’un grand nombre de citoyens
s'empressa d'y concourir ; un vaste terrain, dans
un site très-avantageux, fut offert pour l'érection de
l'église et du monastère du Carmel. Monseigneur, voyant ses vœux près de se réaliser, pouvait écrire aux Carmélites de Reims :
Montréal, 23 Octobre 1874.
Ma Révérende Mère,
Depuis ma dernière lettre, je.n’ai pas perdu de vue la fondation d’un Carmel à Montréal. Jai fait tous mes efforts pour lui trouver une place au centre de la ville. Mais je n’ai pas pu nous procurer le terrain qui paraissait le plus propre à l'œuvre. Il a donc fallu porter mes regards sur un autre local.
La divine Providence nous en a fait trouver un qui réunit beaucoup d'avantages. C'est un beau terrain de six arpents, tout planté d'arbres. Une voie boisée de 100 à 120 pieds de largeur y conduira. La pierre et le sable qui s'y trouvent, seront donnés, et une souscription se fera pour aider à bâtir le monastère et l'église. Cette église sera dédiée au sacré Cœur de Jésus, et les citoyens désirent en faire uu lieu de pèlerinage à ce divin Cœur. Mais ce terrain se trouve situé à environ une heure du centre de la ville, ce qui serait un désavantage pour le moment. Mais avant peu d'années, ce sera un très-beau quartier. Le voisinage d’une église, dans ce pays, attire bientôt une grande population.
Veuillez bien me dire ce que vous et vos Mères pensez de tout cela. En attendant, nous allons faire des préparatifs pour commencer l’œuvre du Carmel le mieux possible, avec les soins de la
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divine Providence, en nous mettant sous la protection du glorieux saint Joseph et celle de sa bienaimée fille, la séraphique sainte Thérèse.
+ IG. Év. DE MoNTRÉaL.
A la lecture de cette lettre de Monseigneur, les Carmélites comprirent que la volonté de Dieu se manifestait d'une manière évidente. Elles n’eurent qu'une voix pour se rendre avec empressement à l'invitation du vénérable évêque. Elles attendirent que Sa Grandeur fixât l’époque du départ et l'itinéraire qu'elles devaient suivre. Elles désignèrent les religieuses qui devaient former la nouvelle colonie et se tinrent prêtes à partir dès que la sainte Obéissance le leur demanderait.
Il était donc décidé que les Carmélites auraient un monastère à Montréal. Il fut résolu que dès le printemps on commencerait les constructions.
Mais un monastère et une église demandent au moins deux ans de travaux. Il fallait un logement provisoire pour les religieuses, en attendant qu’elles pussent habiter le monastère.
Quand la charité remplit les cœurs, les difficultés sont bien vite surmontées. Dès que la Révérende Mère Pagé, supérieure des Sœurs de Saint Joseph, sut que les Carmélites allaient venir à Montréal.elle s’'empressa d'écrire à la Révérende Mère Prieure du Carmel de Reins la lettre la plus aimable, sollicitant comme une faveur que les Carmélites voulussent bien recevoir l'hospitalité de l'Hôtel-Dieu, jusqu’à ce que le futur monastère fut construit. La Révérende Mère Prieure accepta avec beaucoup de reconnais. sance et annonça à la Révérende Mère Pagé, que
ses sœurs étaient heureuses de l'hospitalité qui leur était si généreusement offerte, et que leur Communauté du Carmel adresserait à Dieu de ferventes prières pour les Sœurs de Saint-Joseph.
Les filles de sainte Thérèse étaient vivement tonchées de la protection que Saint-Joseph, leur Père, leur accordait, en leur préparant uue habita. tion chez des religieuses qui lui sont spécialement consacrées.
Tout étant ainsi préparé, Monseigneur l’évêque de Montréal convoqua, dans le salon de l’évèché, uue assemblée des principaux citoyens de la ville, pour leur communiquer son projet et solliciter leurs concours. Voici en quels termes un journal de Montréal (le Franc-Parleur) dans son No du 15 janvier 1875, rend compte de cette réunion.
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