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Une grande œuvre catholique

Mardi dernier, vers les huit heures du soir, plus de cinquante citoyens honorables se pressaient dans le salon de l'évêché. Ils étaient venus, sur une invitation de Sa Grandeur Mgr de Montréa!, offrir le généreux concours de leur dévouement au service d’une nouvelle entreprise religieuse : l'établissement des sœurs Carmélites.

Le vénérable prélat, retenu par une maladie douloureuse dans ses appartements de l’Hospice du Sacré-Cœur, à défaut de pouvoir présider cette assemblée, voulut se faire représenter par Mgr le coadjuteur. Mgr Fabre exposa en termes saisissants l’objet de la Réunion, et communiqua la lettre par laquelle Mgr de Montréal recommandait l'œuvre aux sympathies catholiques. Nous regrettons de ne pouvoir rapporter en détail et cette lettre de Mgr de Montréal et le discours Le Mgr le coad-

(1) Extrait du Journal de Montrésl, e Franc-Parleur, 15 janvier

juteur ;. nous devons nous borner à une simple analyse.

Depuis longtemps le besoin des ordres contemplatifs se fait sentir en Canada. Plus que jamais le monde réclame la prière.

Pourtant, le tumulte, le torrent des affaires absorbe tellement la plupart des hommes qu'ils ne prient guère plus. Les ordres contemplatifs ne cessent de prier : dans l’économie providentielle de la communion des fidèles, cette prière continuella, qui s'élève du cloître, opère le salut d’une multitude d’âmes perdues dans les calculs de la vie temporelle, Dieu, dans ses paternels desseins sur le Canada, a fait germer sur notre sol l’ordre des religieuses du Précieux-Sang, vouées à la vie contemplative. Cet ordre, malgré sa jeunesse, est déjà assez florissant pour former des fondations hors de la ville de St-Hyacinthe, son glorieux berceau. Tout dernièrement un cloître de cette communauté a été institué à Montréal, dans la paroisse de Notre-Dame-de. Grâce. Peu de temps après, on a dû ouvrir un noviciat pour répondre aux vocations qui se manifestaient d'une manière vraiment aduirable, Aujourd’hui cette création naissante, grâce aux belles sympathies dont elle est le glorieux objet, semble assise sur des bases durables.

Cependant, il semble que la Providence veuille multiplier sur nous ses bénédictions, en appelant au Canada unenouvellecommunauté contemplative, pour travailler de concert avec le Précieux-Sang, à la gloire de Dieu et au salut des âmes.

Il y a quelques années, une jeune fille quittait sa famille et son pays, et allait à Reims se faire Carmélite. Ses progrès rapides dans la perfection

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la rendirent bientôt digne de s'unir, pour toujours, au céleste Époux. Mais avant de quitter cette terre, elle forma le vœu d’une fondation du Carmel au Canada... Madame Frémont, mère de la jeune Carmélite, regardent le vœu de sa fille expirante comme un ordre sacré, s’adressa à Mgr de Montréal, lui demandant de l'aider dans la généreuse entreprise qu'elle méditait. L'établissement du Carmel à Montréal était depuis longtemps dans la pensée de notre vénérable évêque. La cause de madame Frémont fut donc facile. Cette génereuse dame offrait une somme de vingt mille piastres pour commencer l’œuvre. Plus tard l'honorable F. X. A. Trudel, Alphonse Desjardins M. P. le Dr E. P. Lachapelle et MM. L. A. J. Surveyer, A. J. Marsan, H. Girard et N. Pâquet faisaient don d’un vaste terrain, magnifiquement situé à Hochelaga, pour y élever le monastère et la chapelle, laquelle devrait, en mème temps, servir de lieu de pèlerinage au sacré Cœur de Jésus ; des citoyens riches promettaient de souscrire généreusement en faveur de cette fondation. N'y avait-il pas dans toutes ces circonstances le signe visible de la volonté âivine ?

Consultées, les Carmélites de Reims acceptent la fondation de Montréal. Les sujets sont déjà nommés. E:les sont au nombre de six. Elles arriveront au printemps ; les religieuses de l'Hôtel-Dieu leur donneront l’hospitalité, jusqu'à ce que le Carmel soit bâti. Reste maintenant aux catholiques de la ville et du diocèse à mettre la main à une si belle œuvre, en s’organisant en comité et eñ souserivant dans la mesure de leurs ressources.

De vifs applaudissements accueillirent l'énoncé de ce projet. — Un comité se forma sous la présidence de Son Honneur le Juge Coursol.

Plusieurs messieurs, entre autres MM. KR. A. R. Husert, Raphaël Bellemare, le Dr Hingston, M. Dufresne, les chevaliers La Roque et Prendergast, R. Lefebvre et H. Girard proposèrent des résolutions tendant à inaugurer un grand mouvement en faveur de l'œuvre.

Son Honneur le Juge Coursol fit un discours plein du plus haut bon sens catholique, qui produi. sit une bien vive émotion. — Qu'on nous permette d’en rappeler, tant bien que mal, quelques idées :

“Mgr de Montréal, dit l'honorable juge, nous invite à contribuer à une fondation nouvelle.—Nous pourrions répondre à Sa Grandeur qu'il y a déjà bien des œuvres entreprises et qui ‘sollicitent notre aide ; que plusieurs communautés canadiennes se réjouiraient de nous voir leur consacrer les secours que nous réservons à cette commu:auté étrangère qu’on attend ; que bien des quartiers de la ville, malgré ce qui a été fait depuis quelques années, manquent encore d'église ; que nous avons un Saint-Pierre qui avance lentement, bien que sûrement etc. Voilà ce qu’on pourrait dire, si on voulait parler le langage de la pure sagesse humaine. Heureusement il y à une sagesse plus hauteet meilleure, qui s’est levée sur Montréal, dans la personne de notré vénérable évêque, et cette sagesse, vous le savez, messieurs, elle a eu son triomphe. C'est cette sagesse qui nous a donné des institutions religieuses qui répondent à tous les besoins de l'âme et du corps ; c’est elle qui fait que Montréal ne reste sourd à la voix d'aucune infortune ; c’est elle qui fait que nous soulageous toutes les souffrances et que nos aumônes portent des fruits de salut chez les peuplades les plus délaissées. C'est cette

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sagesse qui, se fondant sur la charité même de Dieu, croit qu’on peut tout entreprendre, tout tenter, tout oser, quand on a le bien pour fin, et le dévouement, le sacrifice, l’'abnégation pour moyens. Cette sagesse a eu son triomphe. Montréal qui a été appelé à faire tant d'œuvres, est la plus florissante ville du Canada. Dieu lui a rendu au centuple ce qu'elle lui a donné. Cette sagesse n'aurait que ce triomphe à nous offrir comme excuse en venant aujourd'hui nous inviter à une œuvre nouvelle, qu'elle mériterait notre adhésion ferme et spontanée. Mais il y a plus, il y a le mérite intrinsèque de la fondation qu'on nous propose” Et Son Honueur le Juge Coursol fit admirablement ressortir la mission des Carmélites et le bien qu'opèrerait un pèlerinage au sacré Cœur de Jésus.

Il termina en disant quelles espérances lui inspiraient, pour l’œuvre des Carmélites, la béné. diction de Mgr de Montréal et le concours, jeune encore mais puissant, de Mgr le coadjuteur,

Bref, l'assemblée de mardi a été un véritable succès. Nous ne mentionnor : pas les noms de ceux qui, ne pouvant se rendre ce soir-là à l'évêché, ont écrit à Monseigneur pour offrir toute leur sympathie à l'œuvre des Carmélites.

Une grande réunion aura lieu jeudi prochain ; nous sommes assurés que chacun se fera un devoir de s’y rendre et que l’œuvre prendra définitivement son essor.

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