Le bonnet rouge
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henné pour leurs ongles et leurs pieds, et usent à peine des parfums. La tête des petites filles est arrangée de façon comique : on la leur rase complètement, en conservant quatre grosses touffes placées en face l'une de l'autre, sur le front et au-dessus de la nuque, puis sur chaque oreille.
La jalousie des Rifaines est proverbiale, de même que leur beauté. Elles ne laissent point blanchir leurs cheveux, mais les rougissent au henné quand ils se décolorent. Drapées de leurs haillons, avec leurs traits prématurément flétris — car elles vieillissent très vite, —leur peau brûlée par le soleil, elles représentent bien, sous cette tignasse rousse, le type que l'imagination prête aux sorcières.
Les Rifains ne craignent point de quitter le sol natal ; il est même fréquent, chez les Berbères du Rif et de l'Atlas, qu'un membre de la famille s'expatrie pour chercher fortune en Algérie. C'est en nombre considérable qu'en rade de Melilla, des bateaux plats les amènent au paquebot qui les transporte dans l'Oranais. L'avant-pont fourmille de pauvres gens accroupis pêle-mêle, les uns sur les autres, ou tassés sur eux-mêmes ; dans leurs brunes et grossières tuniques, on les prendrait presque pour des sacs de denrées, tant ils sont ramassés dans un petit coin. Ces gens, si farouches, sont là bien humbles et tenant peu de place. Parfois, au milieu d'eux, tranche la djellab d'un homme particulièrement
vénéré qu'ils entourent avec déférence. Les uns débarqueront à Beni-Saf, pour aller y travailler à l'exploitation des mines; d'autres, poussant plus loin, iront jusqu'à Oran. Ils se gageront comme maçons, jardiniers, moissonneurs ou terrassiers; puis, quand ils auront gagné de quoi acheter un fusil et un bœuf, ils rentreront chez eux et prendront femme.
Chose étonnante, le Rif, si bien fermé, a cependant laissé s'infiltrer chez lui le juif tant méprisé des Arabes. Les Rifains, comme du reste une grande partie des Berbères, font assez bon accueil aux Juifs, à condition toutefois qu'ils achètent la sauvegarde d'un chef puissant, et celui-ci, naturellement, leur vend très cher sa haute protection.
Le Gharb est la région de l'ancien royaume de Fez, qui s'étend au nord du Sbou, jusque vers Tanger. C'est dans cette partie que sont situées les villes importantes : El-Ksar-el-Kébir, Ouezzan, Mekinez. C'est aussi celle que traversent les pistes de Tanger, Fez, Mekinez, et qui, par conséquent, est une des mieux connues, puisqu'elle peut être le plus facilement parcourue, offrant le plus de sécurité aux voyageurs. Cependant, en appuyant vers le nordest, on se trouve chez les montagnards Djebala, tribu montagneuse et remuante, où l'on est déjà fort exposé.
Le Gharb, qui constitue la région la plus civilisée
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du Maroc, abrite une population quelque peu frondeuse, assez disposée à accueillir par des critiques railleuses les actes de lacourchérifienne, à laquelle il est cependant soumis. Le sultan, retranché dans sa kasbah de Fez-Djedid, ne s'y trouve jamais parfaitement à Taise, et s'il y réside si souvent, c'est que les circonstances l'y obligent. A plusieurs reprises, ces dernières années, Abd el-Aziz tenta d'ailleurs de le quitter, et en fut empoché par les événements l ; mais quand s'aggrava sa situation, il n'eut pas un instant l'idée de s'y retrancher en faisant appel à la fidélité de ses sujets de la région, tant il sentit la nécessité de gagner un endroit plus sûr.
Le souvenir des anciennes luttes avec l'Espagne y est resté vivace, et la race est fortement trempée, comme aussi l'esprit est plus aiguisé, mais plus enclin à la révolte ; tandis que, dans la région de Marrakech, la population, d'humeur moins volontaire et plus douce, se soumet de meilleur grâce à l'autorité.
Le Houz de Marrakech est, par excellence, le territoire maghzen ; c'est l'ancien royaume de Marrakech, jadis opposé à celui de Fez, et nulle part l'autorité du sultan ne rencontre plus de loyalisme. Autour de la capitale se groupent les tribus maghzen
1. Dans les capitales impériales, le Gouvernement vit à part, dans le Dar-el-Maghzen situé au centre de la Kasbah..
qui, si elles ne fournissent point d'impôts en argent, donnent du moins leurs mokhasni pour la défense du sultan ; aussi est-il naturel que le souverain se sente plus en sécurité dans cette partie de son empire, où il est plus sûr de la fidélité de son entourage.
Moins avancé intellectuellement que Fez et ses alentours, le Houz est fanatiquement farouche, et notre malheureux compatriote, le docteur Mauchamp, fut récemment la victime de cet état d'esprit. Son attachement au sultan tient à ses croyances religieuses qui, vis-à-vis de l'étranger, le portent à une attitude de défiance hostile ; et c'est ce sentiment qui s'est fait jour par la proclamation de Mouley Hafid, en lieu et place d'un sultan lequel attire sur sa tête les colères d'Allah, en pactisant avec les chrétiens.
Au nord, le Houz de Marrakech est séparé du Gharb par les territoires des Zemmour, tribu à l'humeur indépendante et belliqueuse qui, d'un loyalisme plus que douteux, barre la route directe entre les deux capitales. La partie sud du Houz se prolonge jusque dans la grande chaîne de l'Atlas, où vivent des tribus situées hors des atteintes du Maghzen et, naturellement, indépendantes.
Le Sous a été, à plusieurs reprises et depuis plus d'un siècle, l'objet de vaines tentatives d'explora-
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tion et de pénétration commerciale; mais depuis la fermeture d'Agadir Ighir 1 ? aucun port n'y a plus été ouvert, et cette remuante contrée, si souvent en lutte avec le Maghzen, est fort peu connue. Cependant la province ne manque pas d'importance commerciale, car elle est traversée par les principales caravanes du Soudan occidental, qui se rendent à Mogador ; mais le Gouvernement, peu sûr de la fidélité du pays, et désireux d'éviter les complications, le tient fermé, tout au moins jusqu'à ce qu'il y sente son autorité mieux établie.
Agadir Ighir est donc la seule ville où les Européens aient résidé de façon permanente, et la seule qui soit bien connue. Pittoresquement perchée au sommet d'une colline et dominant la falaise, au pied de laquelle s'abrite un petit peuple de pécheurs belliqueux, elle est encadrée de cactus et d'oliviers. Son port fut fermé en 1773, sous le règne de Mohammed ben Abdallah, qui, pour réduire une insurrection, fit sortir tous les étrangers et détruisit la ville, dans la crainte que les Espagnols ne s'en emparassent pendant qu'il dirigeait ses forces vers Melilla (1774).
La principale ville du Sous, Taroudant, est située
i. Le sultan Sidi Mohammed ben Abdallah ferma ce port pour isoler les Soussi, et ouvrit à sa place celui de Mogador. Le commerce local déclina, puis se transporta dans le nouveau port accessible aux vaisseaux étrangers, ce qui amena à Mogador l'immigration d'une colonie de juifs du Sous.
sur cet éperon de l'Atlas qui court vers le cap Gheur. Bien qu'elle ait toujours joui d'une certaine indépendance, et qu'elle n'ait jamais connu la domination d'un conquérant étranger, elle ne semble pas avoir, à une époque quelconque, été excessivement importante, même aux plus beaux jours d'Agadir. Au xn e siècle déjà, Taroudant était connue comme une ville florissante, grâce aux mines situées dans ses environs, et, en 1687, elle fut repeuplée par des Rifains amenés de Fez par Moulay Ismaïl, vainqueur de son rival Haran.
Les habitants de la ville sont sur un pied d'hostilité avec ceux des alentours, et il en résulte assez fréquemment des conflits.
Iligh, résidence de l'ancienne famille chérifienne, rivale de la dynastie établie, a été décrite par Gatell, comme composée seulement d'environ deux cent cinquante maisons; elle semble être devenue un peu plus importante depuis et prendre rang immédiatement après Taroudant. Il est vrai que dans ces régions, les lieux sont sujets à se modifier de telle façon qu'un village fait de huttes peut, dix années plus tard, se trouver une ville prospère avec un marché bien fréquenté. Tel fut le cas de Tisnit, petit hameau en 1862, quand Gatell le visita; mais où, en 1883, Audrews trouva déjà un bourg assez considérable avec sept mille habitants. Depuis lors, le lieu, dont l'importance a encore grandi, a
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été enclos de murs d'une circonférence de 2 à 3 kilomètres et percés de six portes. De môme que Taroudant, cette ville fut visitée par M. de Segonzac, lors de son voyage dans le Sous.
Plus au sud, non loin de l'Oued Noun est la ville d'Agelmin. Gatell nous l'a décrite comme renfermant dans son enceinte, très fortifiée, environ trois mille habitants.
On est fort peu renseigné en ce qui concerne l'intérieur du pays ; cependant, d'après les récits de quelques trafiquants aventureux ou de naufragés jetés sur cette côte, on en serait amené à supposer que la différence n'est pas très grande entre ces régions et le Maroc proprement dit.
Au dire de certains explorateurs, différentes parties du Sous contiendraient les vestiges d'anciens établissements d'origine étrangère ; mais on ne sait rien de positif à ce sujet. Davidson a entendu parler des ruines d'une église et de villages chrétiens près de Tazalt ; vers l'est de Taroudant, d'autres voyageurs rapportent avoir vu ces ruines. Gatell en mentionne à Tinkarr, près du district des Ifran, au sud de Tazeroualt et parle aussi des restes d'un aqueduc situé à une demi-journée au sud de l'Oued Siad et de l'Oued Assaka, appelé Agouidir (petit Agadir ou forteresse) ou Nouna, d'où dériverait le nom. de Oued Noun. Lenz parle de Gada, près de Taroudant, avec des constructions étrangères et un pont sur
l'Oued Sibouya. Non loin d'Arksis, une tour d'origine portugaise et le nom Sok-en-Nasara (marché des Nazaréens) semble rappeler quelque établissement d'aventuriers étrangers.
Parmi les quelques villages échelonnés sur la côte et susceptibles de devenir des ports, si le trafic avec l'étranger y était permis, se trouve Massa, très bien situé au milieu d'une campagne fertile. C'est dans ses environs que les croyances locales placent le lieu où la baleine rejeta Jonas.
Arksis semble situé de façon à devoir être un port très bien placé, au cas où le Gouvernement se déciderait à en ouvrir un dans cette région; plusieurs tentatives d'établissements étrangers y ont été vainement tentés jusqu'ici.
En mai 1882, Moulay Hassan III, à la tète de 20000 hommes, entreprit une expédition dans le Sous où, en conséquence de la famine qui régnait alors, Sidi Hosaïn ben Hisham menaçait d'entrer directement et sous sa responsabilité en relations directes avec l'étranger. Pressé par les circonstances, le sultan promit d'ouvrir un nouveau port, et, à partir du 15 septembre de la même année, Agadir et Assaka furent ouverts pour six mois à l'importation des blés et céréales ou marchandises comestibles de provenance étrangère, avec un prélèvement de 10 pour 100. Puis, ils furent de nouveau fermés, et, bien qu'en 1886 le bruit se fût répandu à
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Tanger que le sultan avait promis de rouvrir Assaka, il n'en fut dès lors plus question.
Depuis longtemps, les familles chérifiennes des Hamed ou Mousa et des Filali (à laquelle appartiennent les sultans actuels) sont en rivalités et, à plusieurs reprises, des prétendants se sont élevés dans cette région. Maintes fois aussi, des chefs plus ou moins indépendants, ou du moins très désireux de le devenir tout à fait, ont cherché à se ménager des appuis et tenté de passer des accords ouvrant quelque peu le pays à des étrangers; c'est ce qui rend le Maghzen si jaloux de ne point établir de port de commerce.
Les expéditions de Moulay Hassan, en 1881 et surtout en 1886, où Sidi Hosaïn, chef des Aït-Bou-Amra, qui avait essayé d'entrer en relations avec l'Europe comme souverain indépendant, fut vaincu, établirent la suzeraineté actuelle du sultan dans le Sous. Depuis lors, la zone d'influence du Maghzen a toujours été marquée par l'établissement et la fondation de villes en remplacement des groupements irréguliers d'habitations autour de la maison fortifiée d'un chef, afin de développer des mœurs moins farouches et partant moins belliqueuses, et aussi d'avoir, à l'occasion, de quoi loger des soldats.
Dans les régions de l'Oued Noun et du Sous, la plupart des transactions ont lieu aux grandes foires régionales, qui durent de huit à quinze jours, durant
lesquelles la sûreté des routes et des environs est garantie par les chefs de tribus, qui veillent aussi à Tordre et à la police de la foire, de manière à ce que les commerçants puissent s'y aventurer sans craindre pour eux ou leurs marchandises. Le plus important de ces marchés est le Mogar Imjad, qui se tient près d'Iligh en mars, août et octobre et dure quinze jours. Celui d'août déploie le plus d'activité commerciale. Les juifs ne sont pas admis à l'intérieur de ces foires, mais ils plantent leurs tentes tout à l'entour. Les hommes et les femmes occupent des quartiers séparés. Viennent ensuite les marchés de Sidi-Boubker, Glîmin qui dure cinq jours, en juillet, d'Asirn, en août (trois jours) et commençant toujours le mercredi.
Seules les fortifications comportent des bâtiments solides, et il n'y a des mosquées pourvues de minarets que dans des centres de l'importance de Taroudant, Agadir, Aglou et Iligh.
Les habitants du Sous sont d'habiles trafiquants, et c'est à ce titre qu'on les rencontre aux marchés qui se tiennent dans les villes du nord. Dans certaines régions, comme en Tunisie par exemple, un certain nombre de Soussi sont gardiens, veilleurs. Ce sont aussi d'habiles travailleurs en métaux.
Au sud d'Assaka, au delà de l'Oued Noun,il n'y a plus de ports dignes de ce nom. Environ à mi-chemin, entre Ouïna et Ihbika sont des ruines étran-
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gères, déjà mentionnées, qui, après tout, sont peutêtre le fameux Santa-Cruz-de-Mar-Pequena, revendiqué par l'Espagne dans le traité de 1860 et demeuré introuvable.
Un des principaux centres de caravanes du Sahara marocain est Tindouf, qui est aussi un entrepôt d'esclaves. C'est le lieu de rencontre des routes de l'Oued Noun et Glimin, du Tafilelt, de Marrakech et de Mogador. Sur la route de Tombouctou, le point le plus important est Araouen, perdu au milieu des dunes de sables, mais où l'eau se trouve en abondance.
La population de ces régions extrêmes est un peu plus connue que le pays, puisqu'un certain nombre des habitants, amenés par les besoins du trafic, se sont aventurés au nord. Sauf que, comme les gens du Sud-Atlas, ils ont des habitudes plus primitives, ils ne diffèrent pas excessivement des campagnards du Maroc central. La grande masse est berbère et la langue chelha, mais dans les plaines et vers le désert, l'élément arabe domine.
Ces nomades qui « suivent l'herbe » ne ressemblent pas à ceux du nord et rappellent plutôt ceux d'Arabie. Ce sont des hommes grands et robustes, qui ne se rasent point la tête, mais ont des épaisses chevelures noires et frisées. Leur vêtement principal est le khunt ou un haïck jeté sur les épaules. Armés de leurs inséparables
fusils, ils forment une population intrépide et redoutable.
Gatell les décrit comme des êtres « les plus fanatiques qui soient sous l'autorité marocaine » formant une sorte de république chaotique sous le gouvernement de l'homme le plus fort du district, agissant à leur guise et jugés par les anciens de la tribu.
Douls a dit des nomades marocains que ce sont des gens excessivement fanatiques, qui, particulièrement chez les Filali, passent une grande partie du temps à étudier le Coran et se contentent d'une seule femme.
Il y a parmi eux deux grandes fractions : les Ait Jimmel et les Ait Billah; chacune comprend un certain nombre de tribus. Les cavaliers y sont relavement rares, car c'est la région où l'on emploie surtout les chameaux.
Le thé, le café, les liqueurs fortes sont inconnus.
Au delà des atteintes de l'autorité du Maghzen, bien que situé dans ce qui pourrait en quelque sorte être appelé sa zone d'influence, s'étend le pays qu'arrose l'Oued Draa. La rivière qui le sépare du désert marque aussi la limite sud du Maroc.
Rohlfs, avec M. de Foucault, un des rares explorateurs qui en ait longé les limites, parle de la ville sacrée de Tamagrout dont les juifs sont exclus, et qui renferme le sanctuaire de Sidi Uamed ben Nazir, et aussi d'Adouafit, habité par des chérifs
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arabes. Mais l'endroit le plus important serait Béni* Sbih, dans la province la plus méridionale, contenant une centaine de hsour (sortes de forteresses disséminées où se retranchent les habitants sédentaires) et peuplé principalement par des Arabes ; les Berbères occupant l'extérieur du pays.
M. de Foucault décrit les hommes des Ait Yahya, qui vivent au nord de l'Oued Draa, comme portant Vaknif brun rayé de blanc et noir ou de gris, le haïck blanc ou brun et, autour de la tête, un petit turban blanc ou noir ou une corde, ou même quelquefois rien du tout. Les femmes riches sont vêtues du khunty les autres de laine blanche ou brune. Vers la région du Tafilelt, les hommes, qui portent des selham noirs ou bleu foncé, sont armés de longs fusils et de poignards courbés. Des poches à poudre en cuir brodé de soie pendent à leur côté ; une étroite bande de coton blanc ou une corde de poil de chameau ou de soie entoure leur tête; ils mettent aux oreilles des anneaux d'argent.
Dans la vallée du Draa, les hommes sont petits, courts et bruns. Ils ont les lèvres épaisses et le nez aplati, ce qui est dû sans doute à un léger mélange avec les tribus soudanaises. Ils forment cependant une race à part, qui ne veut point être confondue avec l'autre, et leur donner le nom de mulâtre, c'est leur faire la pire injure. Par-dessus leurs vêtements, ils portent une pièce carrée d'étoffe de laine jetée
sur les épaules et retenue en place par deux boutons de passementerie placés à l'encolure. En hiver, ils jettent encore par-dessus Yaknif, ou manteau en poil de chèvre de couleur foncée, un peu court, avec un dessin jaune et noir au dos.
En ce qui concerne la topographie du pays, tous les auteurs se sont trouvés d'accord pour signaler le Dabiayah, c'est-à-dire une sorte de marécage formant lac en hiver et cultivé en partie l'été. En plusieurs parties le sol est salin, ce qui tient à ce que quelques-unes des rivières descendant de l'Atlas renferment des matières salines en dissolution.
La région du Draa rivalise avec celle du Tafilelt pour la production des dattes, et c'est d'une famille chérifienne (issue de Mahomet) dont l'établissement coïncida avec un accroissement de la récolte des dattes, qu'est née la dynastie des Saadi, qui précéda celle des Filali et régna de 1574 à 1648 1 .
La région d'où est issue la dynastie actuelle, le Tafilelt, est une des plus importantes parmi celles
1. Selon les traditions marocaines, des pèlerins sahariens qui arrivaient de la Mecque amenèrent avec eux deux chorfa, dont l'un s'établit vers l'Oued Draa, l'autre au Tafilelt. Ceux du Draa. fondèrent la dynastie saadiehne, qui monta sur le trône au xvi e siècle, au moment du réveil religieux de l'Islam au Maroc, succédant à la décadence des Merinides qui amenait le progrès des établissements portugais et espagnols. Les Saadiens occupèrent le trône durant un siècle, puis furent renversés par les Filali de la branche Alouite, actuellement régnante.
PORTK PRINCIPALE DK MARHAKKCM.
MOULAY IIAFII).
PI. 8, piijfo 6-».
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du sud de l'Atlas ; il est difficile d'en définir les limites, mais elle a son noyau à Rissani, fondé par Moulay Ismaêl, dans le district de l'Oued Ifli, à une dizaine de jours de voyage de Fez et douze de Marrakech. Jadis existait dans cette région de l'Ifli la grande ville de Sajilmasa, fondée au vin* siècle de notre ère par les Berbères de la tribu Metgara ; mais elle fut détruite à la fin du xi* siècle, au temps de Yousef ben Tasfîn. Ses ruines s'étendent encore sur une longueur de quelques kilomètres le long de la rivière, et, depuis sa chute, les habitants de ces régions vivent en état de lutte perpétuelle entre tribus, les unes berbères, les autres arabes et se retranchent dans les forteresses appelées k&our qui, échelonnées dans l'oasis en forment un des traits principaux.
Les Européens ne peuvent pénétrer librement dans ces régions et, sauf ceux qui y furent expressément envoyés par le sultan, les rares explorateurs qui ont visité le Tafîlelt, l'ont fait au risque de leur vie et, naturellement, déguisés en Marocains 1 . La description qu'en- a faite Caillé est encore applicable actuellement, bien que son ksour Gaïrlan soit depuis lors devenu insignifiant.
Dans ces régions, où les hommes se rattachent de plus ou moins loin à la postérité de Mahomet, puis-