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CHAPITRE IV

LA VIE MAROCAINE

Un marché marocain. — Le trafic. — Associations avec des étrangers. — Recouvrement des dettes. — Prêts à échéance. — Les gens de la campagne. — « A quoi bon faire aujourd'hui ce qui peut être fait demain ?» — Divertissements. — Jeux de poudre. — Conteurs et rassemblements du Soko.

Rien ne saurait mieux représenter la vie arabe prise sur le vif que le Soko, c'est-à-dire la place du marché. Si les maisons percées d'étroites fentes en guise de fenêtres sont bien closes et si la vie familiale est jalousement dérobée aux regards indiscrets, il n'en est pas moins certain que, pour le commun du peuple, une partie de l'existence se passe au grand air et que l'activité se concentre tout entière sur la vaste place.

Rien de pittoresque comme les scènes qui se déroulent aux divers moments de la journée dans le grand centre de l'activité commerciale : il ne s'y fait pas seulement un échange de denrées ; mais de là partent aussi les agitations, les mouvements

politico-religieux qui soulèvent toute une région. Les marchés se tiennent à jour fixe une ou plusieurs fois par semaine, suivant la localité ou aussi leur importance, et, dès la veille, on rencontre par les routes des caravanes de chameaux pesamment chargés, d'ânes, de chevaux, de mulets amenant des marchandises ; elles convergent toutes vers un même point et passeront la nuit en campement sur la place.

Il est difficile de se représenter la foule grouillante, animée, bruyante d'êtres humains, de quadrupèdes et d'animaux emplumés qui se trouvent réunis et confondus pêle-mêle à l'heure du trafic. Tous les fermiers d'alentour sont venus, aussi bien par distraction que pour écouler les produits de eur exploitation; des femmes de la campagne, non voilées, sont là en assez grand nombre, assises sur leurs talons près des petits tas de charbon de bois ou de fruits qu'elles vendent et qui sont simplement étalés à terre, devant elles. Le grand haïck blanc ne les enveloppe pas entièrement de ses plis — ce n'est le plus souvent chez ces pauvresses guère autre chose qu'une grande foutah ou une espèce de châle en grossier tissu jeté sur la tête et sur les épaules — mais il les couvre cependant assez pour leur donner, lorsqu'elles sont accroupies, l'apparence de gros ballots blancs-gris, d'où part un jacassement de voix aiguës et piaillardes.

MELILLA. LE PRÉSIDIO.

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