CHAPITRE V
LES FEMMES MAROCAINES
Monogamie et bigamie. — La femme pauvre et celle de la classe riche. — Les terrasses. — Gomment sont conclus et célébrés les mariages. — Réceptions et préparatifs. — Le cortège nuptial et l'arrivée de la jeune femme dans la maison de son époux. — Le divorce. — Beauté féminine. — Quelques femmes ayant eu une réputation de sainteté. — La famille. — Serviteurs et esclaves.
Jalousement fermé à toute influence étrangère, le Maroc est, depuis des siècles, endormi dans la civilisation d'an tan, sans infiltration sensible d'idées ou de mœurs nouvelles créant des horizons nouveaux. Aussi, tandis qu'en Turquie ses sœurs, à la faveur des coutumes modernes, tentent en quelque sorte leur émancipation, la femme marocaine occupe encore à l'heure actuelle la place que lui assigna jadis le Coran. L'idée ne lui vient même pas que sa condition pourrait être différente de ce qu'elle est, et la distance qui, en Orient, se creuse entre les vieilles générations et les nouvelles n'existe pas au Maroc. Les femmes restent confinées dans le
harem, dont le nom est pour nous évocateur de jardins séduisants, de labyrinthes aux allées ombreuses, aux jets d'eau rafraîchissants, où se nouent les intrigues, où se vivent les contes de fées et où se promène l'imagination ; et la musulmane, sous le voile épais qui l'enveloppe, nous apparaît pleine de mystère et de poésie.
Mais, ceci, c'est le rêve, le beau rêve coloré de la chaude et resplendissante lumière de l'Orient. La réalité est moins séduisante : d'une part un maître et seigneur, de l'autre des créatures jeunes et vives confinées dans la prison, plus ou moins dorée, où elles mènent, en somme, une vie sans relief et sans couleur.
Si dans les classes élevées la bigamie devient moins générale (probablement, comme en Turquie, pour des raisons d'économie), dans les classes moyennes ou inférieures elle subsiste. C'est que, dans le premier cas, la femme est un luxe, un bibelot à mettre en valeur, et dans le second, au contraire, elle apporte deux bras robustes qui travaillent pour le maître. Aussi, pour que toute la besogne soit faite, la maison bien entretenue, le jardinet cultivé, les repas du maître préparés, celui-ci, au lieu de prendre une ou deux domestiques, épousera autant de femmes. C'est du reste ce qu'expriment les Rifains en disant que « la femme ne peut être à la fois épouse, mère et servante ». Ils prennent plus