CHARMEUR DE SERPENTS
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de son pèlerinage plus épris de nos us et coutumes qu'édifié par la vue de la Kaabah. Ses idées nouvelles scandalisèrent ses sujets, et les marabouts de la ville d'Ouezzan le prièrent d'aller vivre hors de sa zaouïa. Il était, vers la môme époque, en conflit politique avec le sultan du Maroc, lequel, afin d'y affirmer son pouvoir, venait d'établir un pacha à Ouezzan. Le chérif chercha et obtint la protection du Gouvernement français et, répudiant sa femme, qui lui avait fait une violente scène conjugale, il alla s'établir à Tanger pendant que l'épouse abandonnée, contre laquelle avait été lancée la fameuse phrase consacrée : « Haram aiia, se réfugiait avec son fils à Fez, auprès du sultan.
A Tanger, le chérif eut l'occasion de connaître une jeune fille anglaise dont il s'éprit vivement. Miss Emily Keene descendait, de par sa mère, de l'archevêque Wharram, qui occupa le siège épiscopal de Ganterbury au xvi* siècle, sous les règnes d'Henri VII et d'Henri VIII. Son père fut gouverneur de la prison de Horsemonger Lane. C'est pendant son séjour à Tanger, dans la famille Perdicaris, que miss Keene rencontra sa destinée. Quand elle se promenait dans la campagne, sous la garde d'un mokhasni, ou qu'elle circulait par la ville, la jeune fille ne se doutait guère que ce blanc cavalier parfois entrevu, fièrement campé sur sa monture et drapé de son burnous, ce cavalier dont les dévots
musulmans baisaient avec révérence le pan du manteau, l'avait aperçue et remarquée. Une soirée donnée dans la maison de ses hôtes les mit en présence et acheva le vague roman par de formelles fiançailles.
Le mariage fut célébré le 12 janvier 1873, à la Légation d'Angleterre à Tanger. Le contrat, dressé et signé par des notaires indigènes, est rédigé de la façon suivante :
« Louange au Dieu unique, que la bénédiction et le salut soient sur notre seigneur Mohammed, son prophète et son serviteur, sur sa famille, sur ses compagnons, ses épouses, sa postérité et sa confédération !
« Ensuite, ceci est un mariage (qu'il soit béni et que la grâce de Dieu — qu'il soit exalté — l'enveloppe!) contracté entre :
« Le saint, le pieux Sidi El Hadj Abd es-Selam, fils de Moulana El Arbi, fils de Moulana Ali, fils de Moulana Ahmed, fils de Moulana El-Taïeb, fils de Moulana Mohammed, fils de Moulana Moussa, fils de Moulana El-Hassan, fils de Moulana Moussa, fils de Moulana Brahim, fils de Moulana Ahmed, fils de Moulana Abd El-Djellar, fils de Moulana Jamelet, fils de Moulana Mechiche, fils de Moulana Abou Bekkeur, fils de Moulana Ali, fils de Moulana Aïssa, fils de Moulana Selam, fils de Moulana Mezouar, fils de Moulana Haïarara,fils de Moulana Mohammed, fils de
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Moulana Idriss, fils de Moulana Idriss, fils de Moulana Abd Allah, fils de Moulana Hassen, fils de Moulana El-Hassen, fils de Moulana Ali, fils de Moulatena Fathma, fille de l'Envoyé de Dieu, que Dieu lui donne la miséricorde et le salut.
c Et entre le chrétien Jean Keene, Anglais.
« Le premier a contracté pour lui-même et le second au nom de sa fille Emilie, sous sa tutelle et sa surveillance.
« Moyennant une dot Dénie totale — c'est-à-dire ce qui est payable au comptant et ce qui est payable à terme — de cinq cents francs. La moitié de cette dot est payable comptant, et l'autre moitié par annuité jusqu'à l'expiration de vingt ans. Le mari ne sera libéré de cette somme que par un moyen légal (par un mode de libération admis par la loi).
c Le chérif a contracté ce mariage :
« 1° En se conformant à la parole sublime de Dieu (le Coran), et à la loi traditionnelle de son prophète (la Sonna) — que Dieu lui donne la miséricorde et le salut ! — loi sur laquelle tout le monde doit s'appuyer ; *
c 2° Avec la bonne foi et la loyauté;
« 3o D'après le Coran précis, qui prescrit d'agir avec procédés au moment de saisir et au moment de rendre à la liberté.
« Celui qui a contracté au nom de l'épouse, c'est son père, en vertu des pouvoirs que Dieu lui a
donnés sur elle et du devoir qu'il lui a imposé d'agir avec procédés, comme surveillant.
« L'époux sus-nommé a accepté d'une façon complète et de plein gré les clauses de ce contrat. Il s'oblige à les respecter et à y donner suite.
« Puisse Dieu réunir les deux époux et les mettre d'accord pour l'accomplissement de ce qui pourrait lui plaire et lui être agréable !
« Témoignage a été porté de tout ce qui précède, relativement à ce qui est consigné au présent acte, l'identité des parties étant dûment constatée.
€ Le 14 doul-Kaada 1289 — 12 janvier 1873.
* Le mari consent à donner à l'épouse sus-nommée vingt-cinq mille francs pour son trousseau; elle disposera de cette somme comme elle l'entendra. Il lui donnera en outre quinze cents francs par an.
€ Il ne se mariera pas avec d'autre femme : s'il le fait, il lui paiera vingt mille francs.
« Il ne pourra pas la répudier de son propre avis, mais seulement si c'est elle qui le demande sous la forme dite Khataa. S'il agit d'après le premier cas, il devra lui payer deux cent mille francs.
« Elle conservera sa religion.
« Elle aura le droit de sortir, mais seulement avec lui ou avec celui qu'il voudra.
« Ses enfants (elle) apprendront à lire et à parler (l'anglais).
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« II ne lui fera pas habiter d'autre ville que les ports de mer.
« Elle conservera sa nationalité.
« Il n'y aura dans la maison d'autre gouvernante que celle qu'elle voudra.
« Si elle vient à mourir, son corps devra être envoyé dans son pays.
« Le mari pose comme condition que ses enfants, si Dieu lui en donne, devront suivre leur père (en religion) conformément à la loi de notre seigneur Mohammed, — que Dieu lui donne la miséricorde et le salut !
« Ont signé, à la date précitée :
« Les serviteurs de Dieu — qu'il soit exalté !
€ Mohammed Ben el-Hachemi, Ben Daoud Abd Allah, Ben Ahmed Fellous el-Hosseni ; — que Dieu les contienne !
« Vu:
« Le représentant à Tanger, € Abd el-Kader Don Kali el-Hosseni (Kadi).
Cette union n'était pas sans créer une situation des plus délicates. L'homme saint de par sa naissance, le chérif vénéré s'alliant à la race maudite, il y avait là de quoi soumettre à une rude épreuve les consciences des farouches sectateurs de Mahomet.
De son côté, la jeune épousée, est-il besoin de le
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dire, allait se trouver en face de bien grandes difficultés. Elle entrait toute seule dans un milieu des plus hostiles et était considérée avec défiance, sinon avec antipathie, . tant dans son voisinage immédiat que dans le pays entier. Elle allait se trouver dans un monde trop étranger pour que ses amis européens, un peu déroutés aussi, tout d'abord, devant sa résolution inattendue, fussent capables de la soutenir ou seulement de l'aider de leurs conseils. Qui pourrait décrire les sentiments qui l'agitèrent quand elle se lança ainsi dans l'inconnu !
Secondée par sa vive intelligence, la chériffa, dès le début, sut agir avec un tact parfait. Au point de ;vue des Arabes, le chérif, en la prenant pour épouse, lui conférait en même temps de sa sainteté, cette sainteté héréditaire que rien ne peut lui enlever puisqu'elle tient à la noblesse de sa généalogie. Sans trop déroger à sa dignité, la jeune femme sut parfaitement se plier aux exigences de sa nouvelle vie et de sa situation fie femme d'un pontife musulman. Elle a escorté son mari dans ses pèlerinages pieux et a recueilli avec lui les redevances des fidèles, qui ont baisé l'ourlet de son vêtement européen, tout comme le burnous arabe de son époux. Avec celui-ci, ou même plus tard parfois seule avec ses enfants, elle a traversé les districts les plus turbulents et les plus insoumis du Maroc; elle a pénétré sur les territoires des farouches Béni Hassan et des
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Zemmour, qui reconnaissent à peine l'autorité du sultan. Seule, entre tous les Européens, elle a pénétré dans les sanctuaires de Fez et visité ses mosquées, si rigoureusement fermées aux roumi. Seule, elle a franchi le seuil de la fameuse mosquée Karaouine et s'est promenée dans ses vastes jardins, et jamais, dans tout le cours de sa vie conjugale, pas plus que depuis son veuvage, le respect des fidèles ne lui fit défaut.
La chériffa acquit sur son mari une influence des plus heureuses. Grâce à elle, il renonça peu à peu à la funeste habitude qui scandalisait tant les Arabes, car elle est la transgression formelle des préceptes du Coran ; il arriva, lui qui en avait tant abusé, à ne plus user môme des liqueurs alcooliques. Singulière ironie des choses : l'ascendant d'une femme de croyances si différentes, l'amenant à ne plus violer un précepte de sa propre religion!
Elle prit une part active aux affaires. Par ses conseils, des machinations des vizirs de Fez furent déjouées et le pacha retiré d'Ouezzan. Elle sut empêcher Moulay Abd es-Selam de devenir la proie d'un syndicat d'aventuriers européens, qui l'avaient ' persuadé de céder ses propriétés moyennant une annuité dé cent vingt-cinq mille francs.
Fidèle épouse, mère dévouée, elle a toujours été à la hauteur d'une tâche si souvent aride. Elle vécut, dans les dernières années, séparée du chérif,
mais ne cessa jamais de l'assister de ses conseils et de son affection. Il fut ramené dans sa maison quelques semaines avant sa mort, de sorte qu'elle le soigna encore dans sa dernièfe maladie, et jusqu'à la fin, malgré tout, il respecta sa force de caractère, son esprit de justice et la sagesse maternelle qui dirigeait l'éducation de ses enfants.
L'éducation de ses enfants ! La tâche était particulièrement délicate. Il y a toujours une certaine difficulté pour une mère à élever des enfants dans un culte qui n'est pas le sien ; mais combien se complique cette difficulté lorsqu'il s'agit des pontifes d'une religion si dissemblable, de princes destinés à vivre dans des conditions si différentes, au milieu d'un peuple si étranger à leur mère.
La chériffa d'Ouezzan, il faut le dire à sa louange, ne faillit pas à ce lourd devoir : elle fut une excellente mère pour ses deux fils. Moulay Ali et Moulay Ahmed apprirent d'elle à parler couramment le français et l'anglais. Après avoir passé quelque temps au lycée d'Alger, ils ont tous deux achevé leur éducation en France, où la chériffa, qui depuis de longues années n'avait plus été en Europe, les a accompagnés, séjournant près de l'un ou de l'autre, à Saumur et à Tours.
Les deux princes, de même que l'était leur père, sont protégés français. Moulay Ali, l'aîné, fut élève de notre Ecole militaire de Saumur et a acquis le
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grade de sous-lieutenant dans l'armée française. Ils sont fidèlement attachés aux traditions de leur pays et à la religion de leurs pères, et tout aussi vénérés au Maroc que les autres membres de leur famille dans les veines desquels ne coule aucun sang étranger. On voit journellement dans les rues de Tanger de hardis cavaliers, des guerriers farouches et des Arabes de toutes conditions se précipiter au-devant d'eux, s'incliner dévotement et mettre genou en terre pour baiser respectueusement le pan de leur habit ou leur babouche et solliciter leur bénédiction.
Ils sont restés tout h fait Arabes, mais l'éducation maternelle, le contact de notre civilisation et la connaissance de nos institutions leur ont communiqué des idées plus larges et plus généreuses, un sens plus net de la justice, et plus d'une fois leur grande influence, mise au service de l'humanité, a obtenu des résultats importants.
Il y a quatre ou cinq ans, quand le pacha de Tanger fut cerné par des rebelles, et que, réduit à la fuite, il rentra précipitamment dans la ville en abandonnant piteusement son caïd mechouar entre les mains des révoltés, ce furent les deux chorfa d'Ouezzan qui, courageusement, partirent délivrer le prisonnier. Hélas ! s'ils arrivèrent à temps pour le sauver de la mort, ils trouvèrent cependant le malheureux déjà effroyablement supplicié et les yeux crevés.
Plus récemment encore, c'est à leur intervention que l'on eut recours et c'est eux que l'on chargea des pourparlers avec le fameux Erraïssouli, lorsque M. Harris ou MM. Perdicaris et Varley furent ses prisonniers. Eux aussi se chargèrent de négocier avec Valiente la liberté des deux officiers anglais capturés par le frère du brigand. Leur prestige les rend médiateurs tout désignés entre le Maghzen, c'est-à-dire ce qui devrait représenter l'ordre public, si pareille chose existait seulement de nom au Maroc, et les brigands les plus redoutés; c'est pourquoi, plus d'une fois, le sultan appela un chérif d'Ouezzan auprès de lui, lorsqu'il se trouvait dans des circonstances plus particulièrment délicates vis-à-vis de tribus insoumises.
Mais la chériffa d'Ouezzan n'a pas uniquement placé dans son voisinage immédiat sa sphère d'action. Femme intelligente et active, elle occupe une situation bien trop prépondérante pour ne pas exercer une certaine autorité, et parmi les bons effets dus à son influence, il faut compter la part active qu'elle prit jadis à l'introduction et la propagation du vaccin. La petite vérole est, hélas! un des terribles fléaux du Maroc, où elle cause d'immenses ravages, et les Arabes, par principe religieux, se refusaient formellement à toute mesure préventive. Elle trouva l'occasion de vacciner, à l'insu de leurs parents, quelques enfants arabes, et
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bientôt on s'apercevait que ces enfants restaient indemnes, alors que dans leur entourage plusieurs étaient atteints de la variole. Ce fait fut considéré comme une protection spéciale d'Allah, due à la bénédiction chérifienne, et depuis lors, peu à peu, un certain nombre d'Arabes voulurent acquérir cette protection providentielle. Cela ne veut point dire cependant que le terrible fléau, qu'elle aida à combattre, ait disparu. Si les malades sont peut-être moins nombreux à Tanger, ils existent en grand nombre encore dans l'intérieur où l'on en coudoie presque journellement dans certaines villes.
Quand, après avoir quitté la Marine de Tanger, l'on s'est engagé dans la rue principale qui grimpe vers le Soko> il faut, la première porte franchie, tourner à droite pour arriver à une montée très raide conduisant à un plateau qui, bordant la mer au nord, domine à l'est une partie de Tanger la Blanche. C'est le Marshan. À droite, un peu en retrait, est située une maison déjà ancienne qu'entoure un mur élevé; la vue s'étend sur la mer bleue resserrée entre les deux colonnes d'Hercule : là-bas, en face, la côte d'Espagne; le rivage africain est dominé par le Djebel-Moussa, dressé en face de son rival européen, le Djebel-Tarik, dont il est séparé par le détroit.
Dans cette maison résident les chorfa d'Ouezzan et leur mère européenne. Celle-ci, après avoir
choisi à chacun de ses fils, dans des familles notables du pays, une épouse marocaine, vit actuellement auprès d'eux de la vie d'une grand'mère qui se consacre à l'éducation de petits-enfants qu'elle chérit tendrement. Moulay Ali et Moulay Ahmed sont pères de beaux enfants et les deux chorfa ont laissé à leur mère pleine autorité en ce qui concerne les soins et la première éducation de leurs babies. La chériffa s'est donnée tout entière à cette douce tâche. Il est probable que les deux mères arabes ont tout d'abord trouvé pénible de voir leurs enfants soignés d'une manière* si différente de celle à laquelle elles étaient accoutumées; mais elles s'y sont résignées et, cédant devant son autorité et son expérience, elles vivent en assez bonne intelligence avec leur belle-mère.
Les jeunes chorfa sont donc élevés et vêtus à la façon des babies anglais et s'en trouvent fort bien. C'est un piquant contraste que de voir l'un d'eux dans les bras de sa mère, revêtue des riches atours de son costume arabe, parée de bijoux exotiques ou près d'une nourrice indigène ou négresse. Cependant, si dans leur intérieur les enfants sont habillés à l'européenne, pour la promenade au dehors, la petite robe de piqué blanc est recouverte d'une mignonne djellab et la tarbouch à gland bleu coiffe la petite tête.
Les jeunes ménages et la chériffa-mère, tout en
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habitant très près les uns des autres, occupent cependant chacun un pavillon séparé situé dans le même jardin. Après avoir franchi une porte massive, on pénètre dans une enceinte aux allées étroites ^ bordées d'arbustes, formant autant de couloirs de verdure, et disposée, comme les jardins arabes, de façon à ce que la vue ne puisse s'étendre au delà. Tout un monde de pigeons roucoule au-dessus de la vieille maçonnerie; dans les allées vont et viennent des domestiques indigènes dans leur pittoresque costume, des fillettes négrillonnes ou arabes, enfants des serviteurs de la maison, vêtues de leurs chatoyants cafetans de soie voilés de mousseline ou de tulle brodé et retenus par la haute ceinture.
Le salon de Son Altesse la Chériffa d'Ouezzan est meublé à l'européenne; mais avec les banals fauteuils rembourrés, le canapé, le piano fraternisent les tapis marocains, les poteries de Fez aux arabesques bleues ou jaunes. Les tentures à rayures et à franges, qui tapissent les murs, furent tissées sous les tentes de farouches Zemmour et, çà et là, sont accrochés des trophées de poignards damasquinés, d'épées au fourreau de velours et à la poignée richement travaillée. Mais l'ornement principal, la pièce la plus remarquable du mobilier est une riche tenture de velours rouge — El kessivah — couvert de broderies d'or exécutées par les femmes de Fez. Le dessin forme des arceaux mau-
resques brodés en relief et les panneaux sont remplis de versets du Coran, également brodés au fil d'or. C'est une offrande que firent jadis les fidèles pour la couverture du cercueil de Sidi El Hadj Abd es-Selam.
Depuis son veuvage, la chériffa a repris une vie tout européenne; elle a de nombreuses relations dans la colonie étrangère et, le plus généralement en compagnie de ses deux fils, va dans le monde aussi souvent que ses goûts l'y portent. Il va sans dire que ses belles-filles arabes, fidèles aux traditions, ne partagent point son genre de vie et que ses fils ont, malgré toute leur déférence et leur affection pour leur mère, conservé les mœurs et les usages de leur pays, tout comme s'ils n'avaient point d'attaches européennes.
Tel est le cadre où s'écoule actuellement une existence qui ne manqua point de vicissitudes ni de péripéties et qui, maintenant encore, n'est point sans originalité.