CHAPITRE VII
L'ÉDUCATION
Autour d'un nouveau-né. — Les premières années. — Respect des enfants pour leurs parents. — Événements mémorables d'une existence enfantine. — Instruction primaire. — Rétribution du fokih. — Principales étapes dans les études. — Un taleb. — A l'Université de Fez. — Vie des étudiants dans les medersa. — Les études. — La discipline. — Les professeurs. -— Fôte des tolba. — Carrières ouvertes.
Dans une famille marocaine, la venue d'un nouveau-né est accueillie par une série de fêtes traditionnelles qui, de môme que celles du mariage, se prolongent durant plusieurs jours. Nombreux sont les visiteurs qui viennent féliciter les parents à l'occasion du joyeux événement, et, pour les bien traiter et n'être pas prise de court, la ménagère s'approvisionne longtemps à l'avance de beurre, d'œufs, de volaille, de miel, de farine, de semoule, etc., et l'on achète un mouton ou un bélier. La naissance d'un fils est saluée de cris de joie et fêtée en conséqnence, aussi arrive-t-il assez fré-
quemment que, pour ne pas diminuer l'éclat des fêtes ou enlever le prétexte des réjouissances, lorsqu'une fille est née,on cache le sexe de l'enfant jusqu'au moment du baptême.
La première toilette du nouveau-né se fait en présence d'amis accourus pour y assister. Elle consiste à frotter le bébé par tout le corps avec de l'huile et du henné, à noircir ses yeux à l'antimoine, à dessiner de même les sourcils, puis à enduire la bouche de jus de noix et d'huile. A la jeune mère, on fait boire un mélange d'huile et de miel' aromatisé de cumin, ou simplement de l'eau sainte, c'està-dire rendue telle par le contact d'un saint personnage, qui y a trempé le doigt.
Pendant tout une semaine, l'enfant ne sera pas lavé et sera vêtu seulement de vieux habits, jusqu'au huitième jour, qui est celui des ablutions prescrites pour la mère et le nouveau-né, et aussi le baptême de ce dernier. Pour attirer le bonheur sur la tête de l'enfant, on place auprès, la nuit qui précède ce grand jour, une jarre d'eau et un peu de sel avec de la graine de fenouil. L'eau est celle qui servira au premier bain du bébé, et, après cette opération, on la fait passer devant chaque personne de la société assemblée, avec un plateau où les convives placent une pièce de monnaie à l'intention de la garde. Le sel et le fenouil sont versés à terre pour écarter les envieux. Après ce premier bain solennel, le petit
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L'EDUCATION
être n'en doit plus avoir durant douze mois ; il ne doit non plus quitter la maison les quarante premiers jours, de crainte que sa santé n'en souffre ; mais, par contre, la mère, qui a été purifiée au bain, y retourne tous les quinze jours.
La mère est généralement consultée au sujet du nom que doit porter l'enfant, dont le baptême a lieu de la façon suivante : le père ou, à défaut, le plus proche parent mâle tue un mouton en disant, pendant qu'il enfonce le couteau dans la gorge : < Au nom du Dieu puissant, pour nommer un tel, fils (ou fille) d'un tel. »
Si les parents en ont les moyens, il y a journellement table ouverte durant la première semaine. Aux femmes on offre du pain et du miel ou du thé avec des gâteaux, et si le nouveau-né est un garçon, les hommes aussi reçoivent le matin une collation, servie à part, naturellement. Le huitième jour, la réception, plus solennelle encore, comporte une réunion de femmes richement habillées qui se tiennent accroupies par terre à côté des brûle-parfums et des plateaux de thé, tandis que se font entendre des musiciennes arabes, et que la jeune mère, élégamment attifée, est assise toute souriante sur un lit de parade richement tendu de satin brodé, où l'on vient la féliciter et admirer le nouveau-né. Le soir a lieu un festin, dont le mouton égorgé fait les frais; la toison et un pied de devant sont offerts à