Pluriel de taleb
acquerra des notions de géométrie et d'astronomie nécessaires au calcul des heures; il étudiera les livres de loi et "surtout les divers commentateurs du Coran, parmi lesquels Sidi Bokhari 1 vient en première ligne. S'il veut pousser ses études très loin, il se rendra à une université marocaine. Celle de Fez, de beaucoup supérieure aux autres, est surtout célèbre, bien qu'elle ne soit plus que l'ombre de ce qu'elle fut jadis, au quinzième et au seizième siècle.
Pas toujours très fortunés, les étudiants apportent généralement avec eux quelques provisions : du beurre, de la viande séchée, les ingrédients nécessaires à la préparation du couscouss, en même temps que quelques vêtements et un matelas. Ils sont logés dans des sortes de collèges ou medersa et doivent, au moment de prendre possession de leur chambre, en « acheter la clé » au dernier occupant, moyennant une somme qui varie entre cent et cinq cents francs. À leur tour, ils la revendent à leur successeur. Cela réglé, ils n'ont rien à payer comme loyer et peuvent séjourner aussi longtemps qu'ils veulent — généralement entre trois et cinq ans 2 .
1. Célèbre docteur musulman, auteur d'un livre intitulé Recueil de Vérités, qui est révéré au Maroc presque à l'égal du Coran. Tous les ans, le sultan, entouré des plus savants docteurs de la cour, en fait la lecture avec un cérémonial spécial.
2. Leur séjour a cependant été quelque peu limité maintenant, car au bout d'un certain temps on exige qu'ils donnent une preuve
L'EDUCATION
Chaque matin, aux frais de la mosquée — quoique cette libéralité soit plus communément attribuée au sultan — une miche de pain est glissée par l'ouverture de la porte dans chacune des chambres ; pour ce qui est du reste de leur entretien, les étudiants reçoivent des provisions ou de l'argent que leur envoie leur famille. Ceux qui sont trop pauvres pour compter sur cet appoint se créent quelques ressources en faisant des copies, transcrivant des lettres ou lisant le Coran, à moins qu'ils ne trouvent en ville des amis généreux qui les invitent à leur table.
Il existe à Fez cinq ou sept medersa contenant des chambres pour environ quinze cents étudiants qui lisent à la Karaouine. Chaque medersa est confiée à la garde d'un mohhadem, qui en assure le nettoyage et l'entretien, et distribue le pain. Elle héberge aussi un imam chargé de la prière. L'instruction est exclusivement donnée à la mosquée par des ouléma, ou hommes sages, dont l'entretien provient de legs et dotations faites à l'effet de fonder des chaires. Les élèves se rendent d'un édifice à l'autre, suivant les différents cours qui y ont lieu. Toutes les matinées sont consacrées à l'étude de la religion, qui inclut aussi la loi, (c'està-dire les cours de droit) et les après-midi à celle de l'arabe (grammaire, syntaxe, éloquence, rhéto-
de leur savoir et ils ne peuvent plus prolonger leurs études indéfiniment.
rique, prosodie). Les autres sciences : astronomie, mathématiques, etc, sont enseignées par des professeurs de moindre importance. Le maître lit généralement un passage du livre, qu'il explique et développe ensuite; ses élèves, qui l'écoutent toujours avec la plus profonde et respectueuse attention, prennent çà et là quelques notes et ne l'interrompent jamais. Si l'un ou l'autre désire quelque éclaircissement complémentaire sur un point quelconque, il attend le professeur au passage après la leçon et demande l'explication. Les jeudis et vendredis sont jours de vacances. Pour ce qui est des livres, les étudiants peuvent en consulter dans certaines bibliothèques, notamment à la Karaouine, ouverte le vendredi et accessible aux fokîhs de notoriété. Bien qu'un grand nombre des volumes que contenait la fameuse bibliothèque ait disparu, elle en renferme cependant encore une collection dont le nombre, évalué à plusieurs reprises, est difficile à déterminer 1 . Ceux-ci sont rigoureusement refusés aux étrangers
1. La fondation de la bibliothèque Karaouine date du xm* siècle. Elle provient de livres qui faisaient partie du butin conquis au roi chrétien de Séville. En 1861, Rohlfs a estimé à 5 000 le nombre des volumes; d'après Erpenius (van Erpe) il y en aurait eu 32 000 en 1613. Les étudiants ne rendaient pas toujours ceux qui leur étaient prêtés et plus tard Moulay Hassan fit enlever les ouvrages de quelque valeur pour les transporter dans les Dar el- Maghzen des villes impériales (Fez, Marrakech, Mékinès et Rabat). Aujourd'hui, les évaluations ne montent plus guère qu'à 1 000 ou 1 200 volumes.
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et aux juifs, mais les étudiants peuvent en prendre des copies. Le vendredi, après les prières du milieu du jour, ont lieu des ventes de livres aux enchères, et quelques libraires ont des échoppes derrière la Karaouine. Les jeunes gens qui ne peuvent acheter les volumes nécessaires en sont réduits à les emprunter à des condisciples plus fortunés ou à les copier, suivant le cas. Quand un taleb déchire un papier quelconque, il en ramasse avec soin les morceaux pour que le nom de Dieu, qui s'y trouve souvent répété, ne puisse être foulé aux pieds. C'est pour ce motif aussi que ce nom ne se trouve pas gravé sur les monnaies.
Les étudiants sont responsables entre eux pour tout ce qui pourrait entraver ou troubler le bon ordre et la discipline à l'intérieur de la medersa. Ils ont aussi voix en ce qui concerne la nomination des professeurs. Ceux-ci, en dehors de la mosquée, n'ont plus aucune autorité sur leurs élèves et ne peuvent intervenir dans leur vie privée. Les délits commis sont justiciables du cadi, dont l'opinion prévaut aussi pour l'élection du professeur. Les fokîh, qui sont des tolbade plus grande réputation, sont tout d'abord nommés professeurs de cinquième classe, ce qui leur donne droit à une rétribution fournie par les biens /tabous 1 , et leur octroie le pri-