‹ Une francaise au MarocChapitre 24 sur 52 · I. Qui dépendent des mosquées · texte numérisé non relu

I. Qui dépendent des mosquées

vilège d'obtenir en don du Maghzen, à l'occasion des grandes fêtes, un habit neuf, du blé et de la viande avec une somme d'argent. A mesure qu'ils montent en grade, — car il leur faut passer par tous les degrés — leur traitement augmente d'importance. La première classe, qui est le couronnement, leur donne seule le droit de prendre place au haut d'une estrade élevée de quatre marches, d'où ils dominent leur auditoire.

Une fois par an, les tolba célèbrent une importante fête traditionnelle dont l'origine remonte, paraît-il, à Moulay Rechid IL Elle a pour but de commémorer l'assistance que prêtèrent jadis à ce sultan les étudiants de Taza, alors que, soulevé contre son frère Moulay Mohammed, il combattait pour soutenir ses droits au trône et, appuyé par les tribus orientales, cherchait à se frayer la route vers Fez. Le juif Ben Mechaal, qui s'était rendu maître de Taza, jouissait d'une influence considérable dans les montagnes du Djebel, lorsque quarante tolba, enfermés dans des caisses qui étaient censées contenir des présents, arrivèrent jusqu'à lui et le tuèrent. En souvenir de cet acte de dévouement, Moulay Rechid et ses successeurs instituèrent les fêtes du Solthan el tolba.

Quelque temps avant la fête, les étudiants se rendent en délégation auprès du sultan, duquel ils obtiennent audience. Ils sollicitent l'autorisation

L'EDUCATION

de procéder à l'élection d'un « sultan des tolba », ce qui leur est toujours octroyé en môme temps qu'une petite somme d'argent destinée à aider aux frais de la fête. Alors ils choisissent le souverain, ou plutôt mettent la dignité aux enchères pour la vendre au plus offrant. Le sultan nommé forme aussitôt sa cour, composée sur le modèle de la vraie cour marocaine. Il choisit son porte-parasol, son chambellan, un trésorier, un premier ministre, etc., etc., puis il parcourt dans toute sa gloire, entouré d'une suite nombreuse, les rues de la capitale, va faire sa prière à la mosquée d'El Andalous et visite la koubba du patron des étudiants, Sidi Ali ben Harazem 1 . Les négociants offrent des cadeaux et les tolba vendent, pour un bon prix, des figues, des oranges et des dattes aux gens désireux d'acquérir leur baraka. Enfin, le sultan des tolba s'en va camper, suivi de toute sa cour, de ses sujets et d'un grand nombre de gens de la ville, attirés par la curiosité et le désir de se divertir, à quelque endroit bien choisi au bord de la rivière. Son règne dure juste une semaine, durant laquelle on vient quotidiennement lui rendre hommage. Tour à tour, et chacune à son jour déterminé, les diverses corporations des cordonniers, marchands d'étoffes, ouvriers en cuivre, etc., etc., lui apportent leur tribut. Le sultan

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