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CHAPITRE VIII

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Vestiges d'autrefois. — Architecture mauresque. — Mosquées. — Type de la maison d'habitation. — Décoration. — Cacophonie musicale. — Cuirs de Fei, tapis de Rabat, cuivres et autres produits de l'industrie indigène. — Partie de l'ameublement d'un intérieur marocain. — Ce que l'on trouve dans les baxars.

LE long état d'engourdissement dans lequel s'est trouvée la civilisation marocaine a été fort peu favorable au développement de son industrie, tout comme aussi à celui des arts. Quelques-uns prétendent que tous deux furent jadis florissants, mais qu'ils déclinèrent depuis l'époque où les Maures furent refoulés en terre africaine, tandis que, selon d'autres versions, il faudrait supposer que l'état de civilisation et de culture des Marocains fut en réalité moins avancé que certains auteurs l'ont prétendu et qu'à l'époque où ils occupaient l'Espagne, la supériorité qu'on leur attribue aurait été extrêmement exagérée. Toujours est-il que les étrangers

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jouèrent un certain rôle dans l'édification de quelques chefs-d'œuvre.

En architecture, les monuments les plus remarquables sont les trois tours sœurs : Giralda à Se ville, Koutoubyia de Marrakech et tour Hassan de Rabat, élevées vers Tan 1200, par le Maure Ghuever aidé d'esclaves chrétiens, sous le règne du sultan Yacoub el Mansour; et l'on a déjà fait remarquer que, dans toutes trois, l'époque de leur construction, de même que celle de Rabat, révèle seule l'emploi de la pierre sculptée comme mode d'ornementation, alors que les mosaïques ou la brique émaillée sont la caractéristique de la maind'œuvre indigène.

Il est certain qu'à un moment donné, l'architecture atteignit un haut degré de perfection, et que de beaux monuments sont là pour en témoigner; mais, en cela comme en tant d'autres points, le Maroc vit sur son passé, et l'on ne construit plus guère d'édifices publics. Les anciennes mosquées et leurs minarets restent donc les monuments les plus remarquables. Les premières n'ont point de coupoles, mais de simples toits en pente, généralement recouverts de tuiles vertes en briques vernissées. Les minarets, qui les dominent, n'affectent point la forme élancée qu'ils ont en Orient. Ce sont ici des tours octogones ou quadrangulaires, à plusieurs étages avec ogives. Les arabesques, des

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combinaisons variées de faïences jaunes, noires, vertes, leur servent de motifs de décoration. Dans beaucoup de monuments se retrouve la même profusion de colonnes, d'arceaux mauresques, de portes à ogives, de cintres rétrécis; les murailles sont généralement massives.

Le type de la maison d'habitation, au Maroc, est un quadrilatère un peu irrégulier, dont trois côtés intérieurs sont occupés par des chambres, qui ne mesurent guère plus de quatre à cinq mètres de large, et le quatrième est réservé à la cuisine et dépendances, passage avec escalier dans le coin. Le centre forme une cour carrée, découverte, mais entourée d'arcades faisant un passage couvert sur les quatre côtés. Une colonnade semblable, sur laquelle ouvrent les chambres, se retrouve à l'étage supérieur, quand la maison est surélevée. La cour centrale est pavée de carreaux de faïence ornementés d'arabesques noirs, jaunes, bleus sur blanc, ou simplement de briques rouges ou blanches ou encore de marbre vrai ou imité, noir et blanc; les colonnes qui l'entourent sont blanchies à la chaux et réunies entre elles par l'ogive caractéristique du style mauresque. Le corridor est le plus souvent coudé en forme d'L.

Comme décoration, ce sont encore les carreaux de faïence qui jouent un grand rôle ; de même aussi le bois, plus ou moins délicatement fouillé et tra-

vaille ou peint de multiples couleurs. Pas de motifs d'ornementation représentant des êtres vivants, des Heurs ou des plantes : rien que des arabesques variés à l'infini, des combinaisons de lignes droites, courbes, brisées. La stricte interprétation du Coran, qui défend la reproduction de la figure humaine, tant en peinture qu'en sculpture, font qu'au Maroc ces deux arts n'existent absolument pas.

La musique n'est, à notre appréciation européenne, qu'une cacophonie incompréhensible. Plus bruyante qu'harmonieuse, elle doit cependant charmer les oreilles indigènes, à en juger par le rôle qu'elle joue dans toutes les fêtes et les réjouissances. Les instruments, comme le rythme, comme J 'harmonie, sont des plus primitifs. Ils consistent principalement, pour la musique de chambre, en une mince guitare de construction grossière, à deux ou trois cordes, c'est le guïmbri. Une sorte de mandoline (aoud) à plusieurs cordes rentre déjà dans une catégorie plus perfectionnée. Elle se touche, de même que sa sœur espagnole, au moyen d'une plume de corne. Il existe aussi une mauvaise imitation du violon, le rabab, qui a deux cordes, et est plus particulièrement usité par les musiciens Israélites t

Dans les processions on joue généralement du fifre et du hautbois, et durant le Ramadan il est fait usage d'une longue trompette mince, le na/ir.

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Certains campagnards, émules de Pan, se construisent aussi des espèces de doubles flûtes avec des roseaux, et un autre instrument assez caractéristique formé de deux cornes courbes accouplées à des roseaux et débouchant, le plus souvent, dans une espèce de cornemuse.

Les sons aigres des fifres s'accompagnent des battements de tambourins, qui sont de plusieurs sortes : les uns allongés et étroits, d'autres à deux faces, d'autres encore formés d'un cylindre en terre de dimensions variables, sur lequel est tendue une peau. Les tambours sont battus avec deux bâtons de dimensions différentes, et l'ensemble discordant produit par un orchestre dans lequel on fait résonner tous ces instruments réjouit les oreilles de nombreux auditeurs, à l'occasion de toutes les solennités joyeuses.

Voici pour les arts. Quant à ce qui concerne l'industrie, elle est aussi peu florissante, car l'isolement systématique du Maroc et son horreur des changements, quels qu'ils soient, en ont entravé le développement. Là, comme partout ailleurs, rien n'a varié et les procédés de fabrication, l'outillage sont aussi, à quelques exceptions près, ceux qui furent employés, il y a des siècles»

De tous temps, les cuirs marocains ont eu leur réputation. Le fameux maroquin, tanné à l'écorce de grenade, se fabrique moins à Marrakech qu'à

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Fez, qui est aussi un centre de production pour les briques, les poteries aux tons gris et bleus, parfois aussi, mais plus rarement, bruns et jaunes, ornées d'arabesques, comme on en fabrique également à Safli. On fait aussi à Fez des armes blanches, et particulièrement les koumya ou poignards recourbés, richement damasquinés. Le tissage des étoffes de laine, de soie, de coton y est prospère, de môme que celui des fameux couvre-chefs auxquels la ville a donné son nom. C'est une des cités les plus riches et les plus industrieuses du Maroc, tant à cause de son commerce que par la maind'œuvre, et ses produits sont parmi les meilleurs du pays. Tapis, harnachements, nattes en alfa, riches broderies de soie au dessin serré comme une étoffe, tout cela y est fabriqué. Les cuirs rouges, très recherchés, le sont moins cependant que le fameux « filali » qui vient du Tafilelt et est le plus estimé, et en ce qui concerne l'industrie des tapis, Rabat vient en première ligne.

Quoique assez beaux et tissés en haute laine, les tapis marocains ne peuvent guère rivaliser avec ceux d'Orient. Leur forme étroite, par rapport à la longueur, et surtout l'opposition des couleurs les plus crues — qui ne se fondent qu'avec le temps, lorsqu'elles se fanent un peu — - font qu'ils sont moins appréciés en Europe. Rabat, où l'on fabrique aussi des babouches, des couvertures, des poteries,

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est surtout renommé pour ses teintureries et pour ses tapis, un peu au-dessous desquels on place ceux de Casablanca et de Mazagan.

Les maroquins sont tannés en divers points : ceux qui affectent une belle couleur rouge viennent du Tafilelt ou aussi de Fez, tandis que les jaune citron se font plutôt à Marrakech et à Tetuan. On prépare aussi du maroquin blanc, violet, bleu ou vert, mais ces diverses couleurs, moins solides, sont aussi moins recherchées. A Marrakech se fait encore le tissage des étoffes de soie, les travaux de broderie et les passementeries qui ornent à profusion les costumes indigènes.

Une des villes les plus prospères au point de vue de l'industrie locale est, sans contredit, Tetuan. On y fabrique une foule d'objets : meubles en bois vernissé et articles en bois peint de multiples couleurs, soieries brochées, poignards artistement travaillés, longs fusils, que les Rifains se plaisent à ornementer plus ou moins richement d'incrustations faites de morceaux de turquoise, de corail et d'autres fragments précieux ou d'arabesques d'argent; djebira ou sacoches en cuir brodé, etc.. On y exécute aussi ces magnifiques et lourdes broderies en fil d'or et d'argent sur velours et sur cuir, dont les riches Marocains se plaisent à ornementer leurs selles et les harnachements de leurs chevaux, ou qui servent à la confection de tant d'objets divers :

poches à poudre, bourses, babouches, etc., etc. C'est à Tetuan aussi que se fabriquent ces fameuses foutah ou serviettes rayées, qui composent une partie du costume des femmes de la campagne.

Le travail des métaux, et particulièrement du cuivre, occupe également une large place dans l'in- . dustrie marocaine. Il se fait surtout dans le Sous et jusque dans le sud-est marocain. Un peu partout, au Maroc, se font les plateaux et objets divers en cuivre ouvragé et ciselé. Ceux-ci, moins délicatement travaillés que ceux de Tunisie, par exemple, ne sont point sans mérite ; malheureusement, la fabrication moderne tend à exécuter, du moins pour les bazars de la côte, des articles dont les ciselures à la main sont remplacées par un travail assez grossièrement fait à l'emporte-pièce.

Dans les riches intérieurs marocains, le mur est tendu à mi-hauteur d'un hafti, c'est-à-dire d'une draperie en damas de soie ou en velours brodé, à panneaux de tissus différents, et dont l'ornementation forme des arceaux mauresques ; le long du mur courent des matelas recouverts d'étoffe de couleur imprimée ou rayée et voilés d'un tissu blanc opaque ou mi-transparent, dont les extrémités sont souvent couvertes de broderies unicolores et sans envers, à de sain très serré. Des coussins de velours brodé, de cuir ciselé ou brodé sont jetés sur ces matelas. Le aol est couvert de nattes ou d'épais tapis marocains.

1*1. lb, page 162.

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L'industrie indigène, on le voit, offre des produits assez variés et caractéristiques, et pourtant, malgré leur diversité, l'amateur européen trouve relativement peu de choses à sa convenance dans les bazars de la côte. Quantité d'objets manquent de finesse ou sont d'un usage trop spécial. Point de ces délicats bibelots d'étagères, de fines sculptures en bois ou en ivoire, point non plus de bijoux originaux aux arrangements capricieux. Les magnifiques soieries brochées qui composent les cafetans, les foulards des femmes riches viennent en grande partie de Lyon; les fameuses broderies de Fez, très belles sans doute, sont exécutées sur de si laides étoffes que l'on est obligé de les découper pour les réappliquer sur un tissu mieux approprié... De lourds bracelets en argent, des périscélides de même métal, quelques boîtes à amulettes et flacons de formes diverses, également en argent, des babouches, des cuivres : plateaux, samovars ou chandeliers — voilà, avec des colliers de perles baroques, de lourdes boucles de ceinture en métal, toute la pacotille des bazars tangériens offerte à l'appréciation des voyageurs européens.

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