TISSERANDS A RABAT
UN POTIER A MARRAKECH.
PI. 20, page 168.
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négociants et de propriétaires sont Touhàmiyn. L'ordre de Moulay Abd el-Kader Oilali est un des plus en honneur dans Us quatre rites de l'islamisme. On prétend même que le sultan de Gonstantinople en fait partie. Les Kouan de cette confrérie prennent le nom de Kaddryia ou celui de Gilali. (Ces derniers prient un peu plus bruyamment.) Au Maroc, les adeptes d'Abd el-Kader ont pour cheikh le trop célèbre Ma el-Alnin, qui réside à Ghenguit, dans les régions du Dràa, où il vit retiré pendant quelques mois. Chaque année, il entreprend, à la tête de ses fameux « hommes bleus 1 », un voyage vers le Haouz ou le Gharb, recueillant les ziara sur son chemin et pratiquant entre temps le commerce d'esclaves. Abd el-Aziz s'est toujours montré très généreux envers lui, et bien des gens lettrés, de même qu'une grande partie du Maghzen, passent pour affiliés à la confrérie dont il est le chef*. L'année dernière, les habitants de Marrakech durent lui donner trente mille douros, imposés par le gouverneur, et ceux de Mogador, qui l'hébergèrent avec trois cents hommes et deux cents bêtes de
1. On appelle ainsi ses compagnons sahariens, à cause de la couleur de leur vêtement.
2. Abd el-Kader Gilali ou Gallan vivait au douzième siècle de notre ère. Beaucoup de musulmans, qui ont accompli le pèlerinage de la Mecque, continuent jusqu'à Bagdad pour visiter sa tombe.
Une zaoula est aussi à Marrakech.
charge, furent allégés encore en sa faveur de dix mille douros. Ma el-Aïnin est connu comme un agitateur dangereux et un homme violent qui, aux yeux des gens des tribus, jouit d'un prestige énorme et a la réputation de posséder un pouvoir presque surhumain.
Les Derkaoua se divisent en plusieurs branches principales {Kettaniym, Skalliyn, auxquels appartiennent un certain nombre d'ouléma). Leur cheikh réside dans la zaouïa de. Bou-Brih, chez les Béni Zeroual, dans les Djebala, au nord de Fez. Leurs origines premières remontent au xii* siècle, à Abou Médian ou Bou Médine, très vénéré à Tlemcen, où se trouve son tombeau. Un de ses disciples les plus fameux fut Àbd es-Selam Ben Me chiche, lequel fut maître de Sidi Ghaddeli de Ceuta, fondateur de Tordre des Chaddelyia, qui réunit un grand nombre d'adeptes et se divise à son tour en plusieurs autres ordres. Moulay el-Arbi el-Derkaoui, qui modifia à son tour le dheukhr, eut également beaucoup de disciples et forma Tordre des Derkaoua. Cette confrérie passe pour s'occuper beaucoup de politique, quoique son chef, Moulay el-Arbi, qui mourut en 1822, ait affecté de rester complètement neutre au commencement du xix« siècle, quand plusieurs prétendants se disputèrent le trône chérifien 1 . Quel-
i. Les dernières années du règne de Moulay Sliman furent passablement troublées, et son neveu Moulay Brahim s'empara de
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ques-uns affirment même que leur doctrine secrète est de ne reconnaître aucun pouvoir temporel, parce que « Dieu seul est le maître ». Les Derkaoua affectent de mépriser les riohesses et les biens temporels; les khouan laissent croître leurs cheveux et portent des vêtements sordides ; on a même prétendu que les riches ne peuvent se faire admettre que pieds-nus et avec un burnous déchiré, et que les adeptes ne sont reçus qu'après avoir vécu un certain temps d'un peu de bouillie de farine et d'orge. Leur influence domine dans le sud du Grand Atlas, et jadis l'émir Âbd el-Kader trouva en eux des amis et des soutiens fidèles, au Maroc.
Les Naceria, ou disciples de Sidi Mohammed ben Nacer, sont nombreux dans la région de l'oued Dràa et de l'oued Sous. Leur zaouïa principale est h Tamegrout.
Les Zyanyia, qui ont leur zaouïa à Kenadsa, dans les régions du sud-est marocain, ont le privilège d'écarter les voleurs par la seule protection du fondateur de leur ordre, Moulay Bou Zian, qui, originaire d'une famille de chérifs de l'oued Dràa, vivait au xvii* siècle. Les anges eux-mêmes se mirent à la poursuite des brigands qui avaient volé ses troupeaux, disent les légendes marocaines, et ils les
Fez. Le chef de l'insurrection, Moulay Sald fut exilé au Tafilet, et, avant de mourir, Moulay Sliman désigna comme son héritier And el-Rhaman.
châtièrent de si exemplaire façon, qu'au souvenir seul de la punition infligée, les voleurs sont tenus en respect, puisqu' aujourd'hui encore la vengeance du saint homme est si redoutée des malfaiteurs que le chapelet de Tordre sert de sauf-conduit, et que les Zyanyia ont pour mission spéciale de guider les caravanes dans les chemins du désert, ce qui est pour la confrérie une assez importante source de revenu.
Les Zyanyia, qui sont de proches voisins de la frontière sud-oranaise, exercent une grande influence dans la région. Parmi leurs affiliés sont des Douï-Menia, Béni Guil, Ouled Djerir, etc. C'est un ordre plutôt paisible et peu fanatique.
Les Kerzazyia, qui sont également une confrérie d'Extrême-Sud, dérivent des Chaddellyia. Leur fondateur est Sidi Ahmed Mousa, qui vivait au xvi« siècle de notre ère, et leur marabout est à Kerzaz, vers l'oued Saoura. De même que les Zyanyia, ils forment un ordre peu belliqueux et de mœurs plutôt paisibles; mais ils interviennent cependant pour la défense des ksouri contre les incursions des nomades. La vie rude et mouvementée de ces régions les a obligés à simplifier passablement le dheukhr, et ils ne sont tenus de s'y conformer qu'en hiver.
 citer encore, parmi tant d'autres, l'ordre des Snoussyia, très fanatique, et celui des Ouïsirim, qui forme une véritable société secrète dont aucun étranger ne connaît les statuts et qui a des émis-
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saires partout. Ses membres agissent dans le plus profond mystère.
Chaque congrégation se rattache à une zaouïa située soit au Maroc, soit dans d'autres pays musulmans. L'endroit de ces zaouïa qui est plus spécialement affecté aux exercices des adeptes prend le nom de r'bat (lien) ; les chefs se disent m'rbout (attaché à). Le chef des confréries est le plus souvent un personnage qui appartient à la famille du saint auquel il se rattache. Il prend le nom de khalifa, et a sous ses ordres des cheikhs, (vénérables) et des mohaddem (chefs subalternes) ; avant sa mort il désigne son successeur, sinon celui-ci est nommé par les mokaddem ou par les khouan. Le nombre des affiliés est d'autant plus grand qu'un même musulman peut à la fois faire partie de deux sectes différentes ; comme les jours de réunion ne sont pas les mêmes, il lui est loisible d'assister aux assemblées de toutes deux.
Les fondateurs d'ordres sont des marabouts connus pour leur science ou leurs vertus ; ils produisent, pour recruter des adeptes, une chaîne mystique, c'est-à-dire une filiation spirituelle qui, par les vénérés maîtres de l'Islam, fait remonter leur enseignement jusqu'au Prophète lui-même. Ces chaînes mystiques, qui sont quelquefois d'une interminable longueur, établissent que l'enseignement a été transmis de celui-ci à un tel, puis à un
tel, et de lui à un tel, etc., et ainsi de suite jusqu'au titulaire actuel. Pour se faire admettre dans la confrérie, le postulant se rend dans un r'bat de Tordre, fait une demande au cheikh et dépose une offrande à ses pieds.Celui-ci lui enseigne le dheukhr, les prières qu'il devra dire à certaines heures sur un chapelet, généralement des formules courtes à réciter des centaines de fois, et les exercices religieux auxquels il devra se livrer quotidiennement.
Les zaouïa importantes deviennent lieu de refuge pour les individus qui s'y rendent en s'y déclarant mzaoug (suppliant). Ils y sont hébergés trois jours et peuvent rester autant qu'ils veulent en vivant à leur guise. En se cramponnant à la roue d'un canon, en saisissant les pieds du cheval de guerre d'un important personnage, on devient momentanément mzaoug.
Tout vrai musulman, digne de ce nom, caresse plus ou moins ardemment le rêve de revêtir Yirham 1 et de visiter les lieux sacrés, les deux villes du Prophète, la Mecque et Médine. Aussi, du Maroc, comme de toutes les parties du monde islamique, part chaque année un nombre important de pèlerins avides de contempler les villes saintes que n'a point encore souillées la présence du roumi, de baiser la
1. Costume que doit revêtir le pèlerin pour approcher de la Mecque.
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pierre noire de la Kaaba, de se désaltérer au puits sacré de Zem-zem.
Tout membre de la secte Maliki, qui a les fonds nécessaires pour entreprendre le voyage et les moyens de gagner sa vie en route, entreprend le voyage.
Sou par sou, le croyant marocain économise en vue de la réalisation de son rêve, et quand il possède un petit capital de 500 francs environ, il se juge assez riche pour entreprendre le voyage. Il part pour la terre sacrée, berceau de sa foi, et quand il retournera auprès des siens, auxquels il pourra désormais raconter les merveilles qu'il aura vues, son nom sera précédé du titre glorieux de El Hadj (le pèlerin).
C'est ainsi que s'explique le nombre respectable de Marocains établis en Tunisie, en Egypte et dans le Levant. Ce sont des gens qui, pour une raison ou une autre, le plus souvent faute d'argent, ne sont plus retournés chez eux. Quelques-uns, depuis, ont acquis la fortune. A Tunis, les gens du Sous abondent, formant entre eux une association dont les membres sont responsables les uns des autres, et si recommandables qu'on les recherche comme gardiens. Sur la route qui s'étend de Médine à Damas, là où les puits ont besoin d'être gardés, ce sont eux aussi que l'on établit de préférence comme garnison.
Le pèlerin qui vient de la Mecque acquiert la vé
aération de tous, et si grande est l'influence exercée par ce centre de l'islamisme, que souvent un mot d'ordre parti de la Mecque ou des confins de l'Egypte, se répandant parmi les adeptes d'une même secte, a été l'étincelle qui a allumé le fanatisme de tribus nord-africaines et déchaîné quelque soulèvement religieux.
Jadis le voyage était assez pénible et entravé par des difficultés sans nombres. D'immenses caravanes se rendaient annuellement du Maroc à la Mecque, en revenaient de même, prenant et rapportant parla même occasion des marchandises et unissant ainsi les affaires et la religion. Maintenant, 6 ironie des choses, grâce à l'aide des roumi eux-mêmes, auxquels les fidèles musulmans les plus fanatiquement farouches ne dédaignent pas de recourir, les difficultés sont bien aplanies. Le pèlerin n'a qu'à prendre passage à bord d'un des nombreux vaisseaux que les compagnies de navigation mettent spécialement à sa disposition pendant le Ramadan, et, en échange des périls d'autrefois, on ne lui demande que ia soumission à certaines mesures prises en vue de l'hygiène publique.
Les pieux musulmans arrivent à la côte par groupes plus ou moins nombreux et campent dans les ports en attendant le bateau, le plus souvent quelque marchand frété pour Alexandrie, Port-Saïd, Djedda par un spéculateur qui entasse à bord