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une sorte de clocheton pour le muezzin. Trois fois par jour, le petit drapeau noir ou bleu foncé le vendredi, blanc les autres jours, flotte au-dessus du minaret 1 pendant que l'appel du muezzin se fait entendre au loin : Allah Oukbar! (Dieu est grand !) « Allah Oukbar! » la voix retentit, pareille au son d'une cloche argentine et les pieux musulmans se prosternent en prière, les yeux tournés vers l'Orient. A Fez, il existe une institution particulière due à la libéralité d'un riche Fasi qui, en souvenir d'une maladie durant laquelle il trouvait bien longues et pénibles à passer les heures de la nuit, fit une donation à la mosquée Karaouine afin que, du haut de son minaret, des muezzin chanteurs se succédassent et se fissent entendre durant les cinq dernières heures qui précèdent le lever du jour. On les appelle les c compagnons des malades».

A l'intérieur, la partie principale est le Mihrab, sorte de niche tournée vers la Mecque. La chaire est peinte en vert. Pour satisfaire aux ablutions prescrites, il y a des fontaines.

De même que certains sanctuaires, les mosquées servent de refuge. Dans celle de Moulay Idriss, par exemple, si le réfugié, pendant qu'il discute avec les autorités les conditions de sa grâce, a besoin, pour la facilité des pourparlers, de quitter momen-

1. Quand la mosquée, très petite, n'a pas de minaret, le muez* zin crie sur le pas de la porte ou dans la rue.

tanément son refuge, il conserve l'immunité en emportant avec lui un morceau de bois sur lequel sont gravés quelques versets du Coran et dont on prétend que se servait jadis Moulay Idriss. Il est rare qu'en dehors des heures de prière publique, les mosquées restent tout à fait fermées, bien que les grandes portes le soient. Ce sont les muezzin qui sont généralement chargés de la garde et de l'entretien de ces asiles de prière.

En principe, les musulmans seuls peuvent franchir le seuil d'une mosquée. Au Maroc, cette loi est absolue, et aucun Européen ne peut pénétrer dans l'enceinte sacrée, parce que le pays n'a pas été conquis par les armes. C'est du moins ainsi que les Marocains expliquent les choses : en Algérie, les roumi peuvent entrer et sortir librement dans les mosquées parce que, s'étant rendu maîtres du pays par la force, ils usent de leur droit de conquête. A Tunis, la mosquée de Kairouan est seule accessible aux Européens depuis l'occupation française, parce qu'elle a été envahie.

A Fez, les rues mômes qui avoisinent la mosquée de Moulay Idriss sont fermées par une chaîne ou un barrage. Elles sont pavées de briques rouges, et ni chrétien, ni juif, ni quadrupède ne peut les traverser ; les musulmans ne sont cependant pas tenus d'y ôter leurs babouches. Il est vrai que cette mosquée passe aux yeux des indigènes pour recevoir

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périodiquement la visite de l'ange Gabriel, ce qui la leur rend doublement sainte.

Les mosquées 1 possèdent des biens nombreux, terres, boutiques, etc., appelés h&bou qui, pour la plupart, proviennent de donations faites à une intention déterminée, comme, par exemple, des récitations de prières, des distributions de pain, d'aumônes, etc. Ces biens sont administrés par des nader, qui s'occupent en même temps des travaux d'utilité publique. Les mosquées ont aussi un adel, ou notaire, chargé de tenir les comptes, qui sont vérifiés par le cadi.

Chaque mosquée est dirigée par un fokîh-iman, assisté du muezzin; un hazzaba fait la lecture du Coran, dont on parcourt chaque jour deux chapitres, afin que chaque mois le livre ait été lu en entier. Le Coran prescrit cinq prières par jour 8 , précédées de purification complète ou partielle, selon le cas. Si le fidèle manque d'eau et ne peut s'en procurer, la purification peut se faire avec du sable ou, parfois aussi, simplement en plaçant les mains sur une pierre propre ou même le sol et en accomplissant un simulacre approprié des ablutions prescrites. On

1. Dans les petits villages, la mosquée sert parfois d'abri aux pèlerins fatigués.

2. En voyage, les étapes sont calculées d'après les heures de prière qui sont : fedjer, une heure et demie avant l'aurore, oseur; à midi oulie ; moghreb au coucher du soleil et achâ.

ne dit pas les prières en dehors des heures fixées, mais on peut égrener des chapelets en répétant des centaines et même des milliers de fois certaines formules courtes. Pour prier, les musulmans ôtent leurs babouches, qu'ils placent devant eux, et se tiennent sur un tapis, après avoir enlevé, si besoin est, les objets de valeur qu'ils portent sur eux.

Il n'y a pas, à proprement parler, de clergé musulman. Tout individu qui croit en Mahomet peut accomplir les actes de sa religion, et il est même de son devoir de le faire, à défaut d'une personne plus autorisée. Tout homme assez instruit pour cela peut donc remplir le rôle de prêtre, et un chef de famille est iman, ou directeur de la prière, dans sa propre maison.

Les devoirs de l'iman sont de réciter les prières à haute et intelligible voix et de maintenir l'ordre. Dans les mosquées de quelque importance, un des principaux fokih fait, le vendredi, la lecture de la kotba, en l'honneur du sultan ; si c'est un message direct du sultan qui est lu, le canon retentit au dehors pendant ce temps.

Une des plus formelles injonctions du Coran concerne l'aumône : < Donnez les aumônes légales », est-il écrit. Un dicton musulman ajoute : « La prière nous conduit à mi-chemin du Paradis, le jeûne à la porte, mais l'aumône y fait entrer », et parmi les châtiments qui attendent les méchants, un serpent

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autour du cou est attribué à ceux qui n'ont pas payé les aumônes légales.

Celles-ci, appelées zakas (sanctification), sont distinctes de celles des sadakah ou aumônes de bonne volonté, en ce qu'elles doivent être données une fois l'an et proportionnellement à la fortune actuelle de chacun, à la fête de l'Achour, plus particulièrement consacrée à la bienfaisance et où les pauvres perçoivent l'impôt que prélève la loi religieuse. L'aumône tient une si large place dans les pratiques de l'Islam que les mendiants ne sont jamais oubliés, soit que leur dénuement ou leur sainteté leur attire les offrandes.

Nombreux sont les mendiants qui répètent sans cesse : « Al Allah » (pour Dieu) ou : « pour Dieu et Monseigneur un tel » — un chérif quelconque, fréquemment Abd el-Kader. Souvent s'ajoutent à ces appels des bénédictions : « Que Dieu protège leurs enfants », ou « ait pitié de leurs parents », ou encore « leur donne la prospérité ! » ou aussi : « Que Dieu garde leur bourse remplie I » A quoi, si celui que l'on sollicite de façon si pressante ne veut rien donner, il sera répondu par des formules non moins aimables : « Que Dieu te donne de quoi donner », ou « nous ouvre à toi et à moi le chemin de la prospérité ».

Celui qui fait l'aumône ne doit point choisir une petite pièce de monnaie, sans quoi il perdrait tout

le mérite de sa bonne action; le mieux est de tendre au pauvre ce qui tombe sous la main, étant donné qu'un homme vraiment généreux doit partager volontiers ce qu'il possède. La mendicité n'est pas une chose déshonorante, et on dira de ceux ou de celles qui en font leur métier qu'ils « se tiennent à la porte de Dieu ». Ce qui est donné à un mendiant s'appelle « la part de Dieu » et si un repas est offert gratuitement à des pauvres, on les invite à manger la « nourriture de Dieu ».

Il est des marabouts vivant entièrement des dons faits par les fidèles qui les vénèrent et sont trop heureux de pouvoir respectueusement baiser l'ourlet de leur habit. Ces marabouts se distinguent parfois par l'originalité de leur costume, témoin le vieillard aux longs cheveux blancs, drapé dans un burnous vert (couleur sainte) qui, les jours de marché, se tient ordinairement assis, un trident à la main , près d'une des portes du Soko à Tanger. Quelques hommes sont supposés, dans l'imagination populaire, être en contact tellement étroit avec là divinité que leurs actions terrestres, si elles sont extravagantes, ne comptent pour ainsi dire plus ou sont considérées comme des inspirations incompréhensibles aux mortels.

Des aumônes sont plus particulièrement distribuées après le Ramadan, tous les vendredis, et aussi les jours de jeûne. Après un enterrement, on distribue de la nourriture près de la tombe, et, à l'occa-

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sion de mariages ou de réjouissances quelconques, la part du pauvre est toujours réservée. Une manière très méritoire de faire le bien, c'est de procurer de l'eau aux pauvres, soit en établissant une fontaine, soit en payant un marchand d'eau.

Parfois retentit le son aigrelet du fifre, alors qu'un petit groupe d'hommes, portant la bannière blanche et verte, passe dans la foule, la sébille à la main. Il s'agit alors d'une quête religieuse, et chacun donne dévotement selon ses moyens.

C'est encore une manière de donner que de pratiquer largement l'hospitalité. Les Maures des villes, qui l'accordent généreusement, n'atteignent peutêtre pas en cela les Arabes des campagnes. Le voyageur s'enquiert généralement du village le plus hospitalier; arrivé là, il s'approche de la mosquée et n'a qu'à se dire daif Allah, c'est-à-dire « hôte de Dieu » pour que chacun s'empresse autour de lui. On le nourrit, on l'héberge, et s'il veut continuer sa route, on lui indique vers quel autre village il doit aller pour avoir meilleur accueil; s'il lui arrive quelque mal, il est vengé par son dernier hôte.

Le jeûne est rigoureusement observé aux jours prescrits et pendant le Ramadan. Jeunes et vieux, pauvres et riches ne s'en dispensent que s'ils ne peuvent faire autrement. L'âge de la puberté est le moment où l'on considère que les enfants doivent commencer à jeûner. Bien des gens, qui négligent

quotidiennement leurs prières, n'en observent pas moins fidèlement le Ramadan, et il y a lieu de supposer que ceux qui, en cachette, le transgressent sont peu nombreux.

Les musulmans, on le sait, sont essentiellement fatalistes : « A quoi bon, disent-ils, se proposer les choses, si Dieu en a déjà disposé », et l'impassibilité est chez eux une marque de bonne éducation. Des formules pieuses sont mêlées à chaque conversation, même quand celle-ci prend une tournure peu édifiante, et le Coran est cité à tout propos, même en plaisanterie. Cependant les Arabes évitent toute discussion religieuse, se rappelant ce précepte: « Lorsque tu vois les incrédules entamer la conversation sur ces enseignements, éloigne-toi d'eux jusqu'à ce qu'ils entament un autre sujet. »

Quand arrive le moment de mourir, le pieux musulman ne manifeste pas de craintes, et ses amis, ses proches évitent de témoigner du chagrin.

Parfois même, pour les jeunes gens, les vierges, les accouchées, on pousse des cris de joie quand le cadavre est emporté. Les femmes ne doivent pas se lamenter : ce serait causer préjudice au mort ; de même, les hommes ne portent point le deuil et se contentent de ne plus prendre part à des fêtes pendant un certain temps. Les veuves, sitôt après la mort de leur mari, sont enroulées dans un grand haïck jusqu'à ce qu'on leur ait apporté des

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vêtements neufs en calicot, qu'elles doivent porter durant quatre mois et douze jours 1 . Elles peuvent visiter leurs amies, mais pas se rendre à des fêtes.

Dès que le mourant a rendu le dernier soupir, on recouvre son visage d'un drap et des cris annoncent son trépas. Les amis viennent alors apporter leurs condoléances et réciter des formules de bénédictions pour le mort. Le cadavre est lavé à l'eau tiède parfumée d'eau de rose, puis placé dans un drap que l'on replie et noue à la tête et aux pieds, et ensuite déposé seul dans une pièce écartée avec des cierges et de l'encens allumé. Quelquefois aussi, le corps est porté dans une sorte de chapelle mortuaire attenante à la mosquée, afin que le défunt ait une dernière fois le privilège d'assister aux prières publiques. Cependant, sauf dans des cas particuliers, un cadavre ne peut être apporté dans l'enceinte d'une ville.

Après l'avoir aspergé d'eau et de safran, ou aussi d'eau provenant du puits sacré de Zem-Zem, on met le mort dans une bière ouverte 2 que l'on recouvre d'un haïck ou d'une couverture spéciale, ou encore du drapeau qui flotte sur un sanctuaire. Si le défunt

1. Pendant cette période, leur linge doit être blanchi à part.

S. Ces bières ne servent que pour le transport au cimetière et appartiennent aux mosquées. Les familles riches en font faire exprès parfois pour leurs membres, et, après cela, les donnent à la mosquée pour servir en général.

laisse une femme enceinte, on place sur la bière la ceinture de celle-ci. Quand il s'agit d'une femme, on dispose au-dessus de la bière une sorte d'arcade de roseau sur laquelle est jetée une couverture, et fermée d'un léger rideau, blanc pour une femme mariée, en couleur pour une vierge.

Le cortège funèbre se rend au cimetière en chantant des louanges à Dieu. Arrivé à la fosse, le corps est sorti de la bière [et enterré dans le linceul, dont on a soin de défaire les nœuds pour que le mort ne soit pas entravé au jour de la résurrection. On ne met jamais deux cadavres dans la même fosse, de crainte qu'au jugement dernier leurs ossements soient confondus, et que chacun ne retrouve point son corps intact.

La cérémonie accomplie, le muezzin se fait entendre et les tolba récitent quelques chapitres du Coran, pendant que l'on distribue aux pauvres des aumônes composées de pain, d'eau et de fruits séchés. Durant trois jours, les membres de la famille se réunissent pour distribuer des aumônes et réciter le Coran; quand les hommes se sont retirés, les femmes viennent à leur tour apporter sur la sépulture des fleurs et des branches vertes, puis l'on y verse une outre d'eau. Au bout de quinze jours, la famille se réunit encore une fois sur la tombe pour distribuer des aumônes et y laisser des fleurs et des branches; cette fois encore, le mar-

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chand d'eau, auquel son outre a été largement payée, vient la vider. Après quoi, la cérémonie est terminée. En ville, les femmes n'assistent généralement pas aux enterrements.

Les musulmans croient à deux anges inquisiteurs qui font, après la mort, la somme des actions bonnes et mauvaises qu'un homme a commis dans sa vie. Une foule de superstitions, telle que la croyance au mauvais œil (aïn) et aux mauvais esprits (djenounn) sont fortement enracinées chez les Marocains 1 . C'est à la tombée de la nuit que les djenounn, hôtes habituels des lieux suspects, se mettent en mouvement, et il y a une foule de choses qu'il faut éviter de faire & ce moment pour ne pas les attirer. Cependant, en disant : « Au nom de Dieu, clément et miséricordieux » on les force à reculer à trois cents journées de distance. Pour les apaiser, on leur prépare quelquefois un repas que l'on met la nuit dehors, de préférence près d'un puits ou d'une fontaine, afin qu'ils ne pénètrent pas dans les habitations, et, pour le môme motif, on place aussi de l'huile et de la farine dans les coins des maisons dont la construction vient d'être achevée.

i. Durant le Ramadan, les Arabes supposent que les djenounn ont été emprisonnés, aussi pour prévenir leur retour, dés que le mois est fini, la dernière nuit du jeûne, des femmes répandent du sel sur le seuil de leur porte en disant : « Au nom de Dieu, clément et miséricordieux ».

Quelquefois ces malins esprits ee font la courte échelle pour grimper jusqu'au ciel et aller espionner les petits anges, et les étoiles filantes que Ton voit ne sont autre chose que des pierres lancées à ces polissons pour les faire déguerpir. Souffler une bougie ou pour refroidir son repas porte malheur. Les lundi, jeudi et samedi sont des jours heureux; le mardi est néfaste : il ne faut pas porter pour la première fois des habits neufs un mardi ou un dimanche.

Pour conjurer le mauvais sort, les Marocains ont des charmes divers qu'ils portent sur eux. Ce sont soit des fragments de roseaux remplis de terre provenant d'une tombe de saint, soit des amulettes renfermées dans des poches de cuir ou des boîtes en argent.

Je me souviens avoir vu jadis au Maroc un musulman vénéré, arrivant tout ' droit dé Tombouctou, et qui prétendait être à l'abri des balles, grâce au talisman qu'il tenait renfermé dans un petit sac en cuir. Certaines sentences écrites pour conjurer les démons sont aussi préparées et conservées comme charmes. Pour écarter les mauvais esprits du chevet des malades, on met parfois des couteaux et des poignards sous leur oreiller. Le meilleur préservatif contre le mauvais œil est une main étendue. Le nombre sept porte malheur; il ne faut pas mentionner le nombre cinq, on ne doit pas

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prédire un malheur, c'est l'attirer. Pour conjurer le mal on dit fréquemment la basa!

Ce sont surtout les femmes et les esclaves qui s'attachent à ces superstitions, dont quelques-unes ont été importées au Maroc par les nègres.

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