LA KASBA DE LARACHR DOMINANT LA MER
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à l'excès. Ils ont, comme tous ceux de leur race, l'esprit de famille, et peut-être d'autres qualités encore, mais sont totalement dépourvus de courage. Ceux-ci donc manquèrent de grandeur d'âme et, craignant un mauvais parti s'ils cachaient le prisonnier ou des difficultés s'ils le faisaient évader, préférèrent les conseils de la prudence à ceux de l'humanité.
L'Arabe fut condamné à être fustigé de deux cents coups de bâton, à l'entrée de la Kasbah, c'està-dire de la forteresse qui domine la ville. Pour n'être point fatigués, les bourreaux se relayaient et le malheureux succomba bientôt sous les coups.
Une des dix dernières nuits du Ramadan s'appelle Lailat el Kader (Nuit de la Puissance) et commémore celle où le Coran fut, soi-disant, dicté k Mahomet. Elle est dite aussi < meilleure que mille mois » car la croyance générale est que les portes du ciel sont ouvertes, que toutes les prières sont exaucées et que les anges descendent sur terre pour apporter mille bénédictions aux fidèles.
Les maisons et les mosquées restent éclairées, les cafés sont achalandés, quoique un grand nombre de gens préfèrent passer la nuit en prières. Les ,zaouia reçoivent en offrande de nombreuses bougies, et les sahars parcourent la ville en quêtant de petites pièces de monnaie supplémentaires à la légère rétribution que leur accorde la mosquée. Mais
le trait particulier du Laïlat el Kader, c'est que, cette fois seulement de toute l'année, les femmes arabes se rendent à la mosquée. L'aube suivante est annoncée par un canon spécial.
Le Ramadan se termine par les réjouissances de VAîd es Seghir. Quand a paru au ciel le croissant de la lune nouvelle, ce sont les muezzin qui le signalent, et un coup de canon — plus ardemment attendu que les autres, celui-là — annonce la fête du lendemain. Il se peut que le croissant n'ayant point été aperçu, même fugitivement, ce soir-là au firmament, la cérémonie soit remise de vingt-quatre heures; aussi devine-t-on l'anxiété avec laquelle chacun guette le signal libérateur. Ajoutons qu'il est d'ailleurs fort rare que cet ajournement ait lieu, car il cause de si vives déceptions, capables, dans certains cas, d'amener des révoltes, que les autorités musulmanes préfèrent user de subterfuge et entrevoirie bienheureux croissant avec les seuls yeux de l'imagination.
Et le lendemain, tout le monde est en fête, il oni mes, femmes, enfants vont et viennent dans un empressement joyeux. On se salue, on se visite, on échange des compliments et même l'on fait ou reçoit quelquefois des cadeaux de gâteaux et de friandises. Un grand nombre de boutiques restent fermées.
Les devoirs religieux à accomplir ce jour-là corn-
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portent un service spécial avec sermon danslam'salla c'est-à-dire en plein air, dans une enceinte réservée à cet usage. Il est vraiment impressionnant et beau de voir tous ces hommes drapés dans leurs burnous blancs, chacun dans la même attitude et la face tournée vers le Levant. Un chant, ou plutôt un appel rythmique s'échappe de leurs lèvres, et cette multitude blanche, prosternée, invoquant Allah dans un même élan de foi, revêt un caractère de noble simplicité, qui ne laisse pas que de nous impressionner. En plus d'une circonstance, la dévotion des musulmans, leur attachement à une religion grossière et rigoureuse, leur obéissance rigide à ses prescriptions, pourraient nous servir d'exemple, à nous chrétiens, et nous faire rougir de nos tiédeurs.
La prière terminée, les cavaliers enfourchent les chevaux richement caparaçonnés, aux selles de velours clair brodé d'or et d'argent, et lentement, gravement leur cortège se déroule entre deux haies de soldats du Maghzen, revêtus de l'uniforme d'infanterie : large pantalon bleu foncé et veste pareille, à col et parements rouges, serrée à la taille par une ceinture de cuir; la tête recouverte du tarbouch rouge à gland bleu.
Des Arabes quelconques ouvrent la marche.
Quelques-uns sont à pied, les autres à cheval; puis viennent les étendards rouges du Maroc, l'éten-
dard vert de la Mecque, portant l'étoile et le croissant et d'autres encore; puis les soldats qui faisaient la haie se joignent au cortège, suivis de la ■. :i rdo du pacha, entourant le pacha, les chorfa, les hauts dignitaires.
La procession se déploie maintenant aux sons aigrelets et mélancoliques à la fois du fifre et du hautbois — c'est pourtant une musique joyeuse! — accompagnée des tam-tams. Les femmes, massées sur le passage comme de gros pigeons blancs, poussent leur you-you d'allégresse, et, de temps à autre, résonne le canon, tandis qu'une légère fumée y 1 élève en volutes blanches dans le ciel azuré.
Un grand nombre de femmes se rendent au cimetière pour placer des branches de myrte sur les tombes des membres de leur famille ; elles emportent aussi avec elles des friandises et des gâteaux pour les distribuer aux pauvres qu'elles rencontrent.
Ueux mois plus tard, le dixième jour du Doul IJxdja, (dernier mois de l'année musulmane) a lieu la Grande Fête (Aïd el Kébir), ou fête du mouton, réminiscence du sacrifice offert par Abraham et que tes Arabes racontent de la façon suivante :
û Quand Abraham (la paix de Dieu soit sur lui) fan da la Mecque, le Seigneur voulut qu'il lui offrît un sacrifice. Alors Abraham (l'ami de Dieu) demanda au Seigneur ce qu'il voulait recevoir comme
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offrande. Il lui répondit: Offre-moi ton fils Ismaël 1 . Dooile au commandement de Dieu, il emmena Ismaël à la Kaaba pour le sacrifice, et, l'ayant couché sur la pierre, il lui donna vainement plusieurs coups de couteau à la gorge. Alors Ismaël observa : « Comme vos yeux ne sont pas bandés, c'est par pitié et par compassion pour moi que vous laissez votre couteau me manquer : il vaudrait mieux les bander avec le bout de votre turban et me sacrifier ensuite. » Abraham agit ainsi que le lui conseillait son fils, et ayant répété les mots : c Au nom de Dieu! Dieu est grand! » il poussa son couteau au travers du cou de son fils. Mais, à ce moment-là, Fange Gabriel substitua un mouton au jeune Ismaël et Abraham, découvrant ses yeux, aperçut avec surprise l'animal égorgé et son fils se tenant debout derrière lui. »
L'événement caractéristique se place après les prières dites à la m'sallah. Dès que celles-ci sont terminées, le cadi égorge un mouton en disant : « Au nom de Dieu ! » Au même moment, un morceau d'étoffe que l'on agite annonce l'accomplissement du sacrifice, et, du haut de la mosquée, l'on donne le signal aux batteries, qui tirent vingt et un coups de canon. Alors les chefs de famille, qui sont
1. On remarquera que les Arabes, descendants d 'Ismaël, le subs tituent ici à Isaac, et que leur version s'éloigne quelque peu du récit de la Bible.
restés chez eux à cet effet, coupent à leur tour la gorgé à un mouton, devant leur porte. L'animal que le cadi a égorgé est instantanément porté chez lui par des hommes qui courent à toute vitesse, tandis que d'autres, armés de bâtons, leur ouvrent un chemin en courant devant eux et frappent de droite et de gauche pour mieux écarter tous les obstacles — car si le mouton était déjà mort avant d'arriver à la maison, ce serait un funeste présage, l'annonce de malheurs prochains.
A la cour, c'est le sultan lui-même qui, avec le même cérémonial, tue son mouton, ainsi porté au Palais; puis le souverain baise les étendards de Moulay Idriss et d'autres grands saints. Un cortège se déroule, pareil à celui du Ramadan et un baisemains a lieu à l'issue de la cérémonie, c'est-à-dire que les plus hauts personnages, les chorfa reçoivent les hommages de fidèles qui viennent embrasser leur main ou un pan de leur habit. Entre eux, les hommes échangent encore des poignées de mains, qui signifient pardon et oubli des offenses et réconciliation entre ennemis, puis chacun rentre chez soi.
A midi, ce jour-là, l'on consomme le foie et le cœur du mouton ; le soir et le lendemain la viande, à midi la tête. Ce qui reste de chair est salé et conservé; mais les pauvres ont eu leur part, et les gens riches tuent quelquefois plusieurs moutons à leur intention : l'usage étant qu'un tiers, au moins, soit
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donné aux membres de la famille et un tien aux pauvres.
L'Aïd el Kébir est le grand jour des pèlerinages de la Mecque, celui où les fidèles, accourus de toutes les parties du monde musulman, s'y trouvent réunis.
Durant les mois les plus importants, c'est-à-dire ceux d'Achour, Rajab, Ramadan, Doul Kaïda et Doul Hadja les musulmans ne doivent pas combattre entre eux. Cette prescription est surtout formelle en ce qui concerne le Ramadan; mais il est fort probable que l'absorption d'une tribu trop faible pour se défendre n'est pas considérée au même point de vue, et il doit y avoir moyen de tourner le précepte.