FORTIFICATIONS PORTUGAISES DE MAZAOAN
PI. 24, page 216.
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européen ont dû s'entourer d'une escorte qui, le plus souvent, a beaucoup nui à leurs expéditions. Plus un explorateur arrivera à passer inaperçu, le mieux cela vaudra. Afin de ne pas éveiller les soupçons et d'apaiser les curiosités, il est bon aussi qu'il ait en vue quelque but ostensible et qu'il semble gagner sa subsistance en exerçant un métier quelconque. A cet effet, la médecine et le commerce ont été de grand secours; il est même des Européens qui, déguisés en bateleurs, ont pénétré jusque dans les régions de l'Atlas.
M. de Foucault, qui arriva à Tanger en 1883 et fut un des premiers Européens à visiter Chéchaouan, se déguisa en juif; Lenz se fit passer pour un docteur turc; d'autres choisirent des .habits marocains. Caillé et Rohlfs se firent mendiants, mais celui-ci exerça aussi un peu la médecine. M. de Segonzac dut plus particulièrement à l'amitié des chorfa d'Ouezzan de pénétrer incognito dans des régions dangereuses, et ainsi de suite.
L'époque la plus favorable pour voyager, c'est le printemps et l'automne. En été, la chaleur est pénible et l'hiver, la pluie rend les pistes impraticables. Dans les régions côtières, le terrain sablonneux ou pierreux se transforme moins vite; mais dans les régions agricoles et vers les pentes des collines, il devient impossible de s'aventurer à certaines époques, alors que des rivières grossies
démesurément ferment le passage durant de longs jours. Les Arabes s'en accommodent et, répétant avec leur résignation fataliste : < Ma shah Allah » (ce que Dieu veut) ils attendent patiemment que les eaux aient baissé,,
Les ponts, excessivement rares et espacés, n'existent qu'aux endroits où ils sont indispensables pendant la presque totalité de l'année. Il y a aussi des bacs à certains passages ; mais l'accès des uns et des autres est si souvent rendu difficile par des bourbiers que bien des gens préfèrent accomplir un long détour pour rencontrer un mauvais gué, qui, lui non plus, ne se passe pas sans encombre. Ce qu'il faut d'efforts, de coups de bâton et de cris de la part des conducteurs arabes 'pour stimuler les bétes et leur faire atteindre l'autre rive est inimaginable. Bienheureux encore quand tout le chargement arrive à sec et qu'une des bêtes de somme n'a point glissé, entraînant avec elle dans l'eau tout son fardeau qu'il faut repêcher !
Les abords des villes de quelque importance sont également impraticables en temps de pluie : le vaet-vient continuel et surtout le passage quotidien du bétail ayant souvent abîmé les chemins au point que l'on n'y peut marcher qu'à grand'peine et nu-pieds.
Rien de plus traître que ces fameux bourbiers : on a devant soi un petit sentier qui paraît tout à fait
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praticable; mais, hélas! à peine s'y est-on aventuré que la mince couche de boue séchée qui le couvrait cède sous le poids du cavalier imprudent. Après un ou deux vains essais de se relever, son cheval glisse de plus en plus et il n'est d'autre remède que de le décharger complètement de tout fardeau, alors que plusieurs hommes s'emploient à le tirer de la vase. Pour éviter pareil contre-temps, l'on fait parfois passer devant un piéton qui sonde le terrain.
Pour le transport des fardeaux et des marchandises, les chameaux sont vivement appréciés. Ces animaux sont, en un certain sens, ainsi qu'on l'a prétendu, les vrais faiseurs de route au Maroc, car leurs pieds spongieux tassent la terre à demi desséchée et ne s'y enfoncent pas. Cependant, lorsque la boue est très glissante, il leur est presque impossible de marcher, et il y a danger à s'en servir. Pour peu que l'un d'eux glisse, qu'il tombe les jambes écartées, il lui est impossible de se relever, et ses guides n'ont pas d'autre ressource que de l'abattre surplace, de le dépouiller et de se partager sa chair.
Ceux donc, qui entreprennent de voyager l'hiver, doivent s'attendre à mille vicissitudes, sans compter encore celles qui peuvent résulter de la difficulté de planter une tente sur un sol détrempé, de façon assez solide pour qu'elle ne s'effondre pas à un
moment donné. Il leur faudra aussi s'armer d'une forte dose de patience pour le cas où le mauvais temps les mettrait dans l'impossibilité absolue de continuer leur route, et, à moins d'y être absolument obligés par les circonstances, le plus sage parti qu'ils puissent prendre c'est de remettre leur voyage à une autre époque de l'année.
L'importance et la grosseur d'une caravane dépendent, tout naturellement, de la situation du voyageur. Un simple mortel, dans tous les pays, voyage plus obscurément que les grands de ce monde et emmène une suite moins nombreuse.
Le sultan du Maroc, dans ses déplacements, entraine toujours avec lui toute sa cour, ses ministres et leur maison, sa garde, les serviteurs de son entourage, etc., soit de vingt-cinq à trente mille personnes, et pour ses bagages seuls, il faut mobiliser dix-sept cents mules. Est-il besoin d'ajouter que le soir, quand on fait halte, le campement offre l'aspect pittoresque d'une immense ville en toile, vraie capitale, qui suit le souverain quand il se rend dans l'une ou l'autre de ses deux résidences principales : Fez et Marrakech, les deux villes saintes du Maroc, les deux ampoules du sablier. En dehors de ces voyages, le sultan se déplace peu. Retenu par des considérations politiques, et malgré le désir que, très probablement, il a dû éprouver plusieurs fois déjà, Abd el-Aziz n'est jamais allé à Tanger.
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Son prédécesseur, cependant, y séjourna quelque temps. Un sultan du Maroc ne peut voyager en dehors de son pays : le seul fait de quitter, ne fût-ce que pour vingt-quatre heures, le territoire marocain entraînerait sa déchéance, et Ton peut assez vraisemblablement supposer que ce fut là une des raisons pour lesquelles Àbd el-Aziz, au plus beau moment de ses engouements européens, ne manifesta jamais le désir de visiter, môme incognito, aucune partie de notre continent.
On a déjà parlé à plusieurs reprises d'établir des chemins de fer, de relier par voie ferrée Tanger à Fez, à Larache, etc. Ce ne sont encore que projets vaguement ébauchés, dont la réalisation ne semble pas devoir être probable dans un avenir très rapproché, étant donnée la résistance qui leur est opposée par les préjugés religieux et sociaux des Marocains. Abd el-Aziz s'en serait lui-même rendu compte, s'il faut réellement lui attribuer ces paroles : « Mes sujets se lèveraient contre moi et vous, si, dans ce territoire, il se donnait un coup de pioche pour la voie ferrée. »
Tôt ou tard, il arrivera pourtant, amenant avec lui des transformations immenses, le jour où le vieux Maroc se laissera pénétrer par des idées nouvelles, et les amateurs de pittoresque et de couleur locale soupireront peut-être un peu en regrettant l'époque où l'on voyageait de façon
moins confortable et moins sûre, mais combien plus originale !