‹ Une francaise au MarocChapitre 38 sur 52 · Soldat marocain de cavalerie · texte numérisé non relu

Soldat marocain de cavalerie

trajet quotidien étant parcouru, le voyageur peut, avec la conscience du devoir accompli, goûter les douceurs du repos et retremper ses forces dans les délices de la sieste, puis repartir vers quatre heures du soir pour gagner le lieu où a été dressé le campement pour la nuit. Une manière très luxueuse de se déplacer — mais qui n'est pas à la portée de tous — c'est d'avoir deux installations pour les repas : l'une faisant partie du bagage de la caravane et voyageant avec elle, l'autre précédant à chaque étape, de façon à ce que le voyageur, en arrivant au lieu désigné comme halte, n'ait qu'à se mettre à table. Mais pour jouir de ce confort, il faut avoir un guidé très expérimenté, et, naturellement, ne pas être pressé, car de cette manière on franchit à peine une trentaine de kilomètres journellement, alors que la distance moyenne parcourue par une caravane ordinaire est de quarante à quarante-cinq kilomètres par jour.

Rien n'est plus vague et plus décevant aussi pour un étranger que la notion qu'ont les Marocains des distances. Tout près (kèrib), dans leur bouche, peut très bien signifier à une demi-journée de voyage à cheval. Il peut arriver quelquefois que l'état actuel du pays exige de façon absolue que telle ou telle région soit atteinte avant qu'il soit possible d'établir un campement sûr, et alors le chemin semble s'allonger désespérément sous les pas du pèlerin fatigué.

LA VIE EUROPEENNE

Les voyages, on le voit, ne laissent pas que d'être très fatigants, et il faut jouir d'une bonne santé pour ne pas craindre de les affronter. Pour les invalides, les vieillards, les femmes ou les enfants en bas âge, les choses se compliquent quelque peu, et il est naturel que pour une personne d'un certain âge, qui n'a point l'habitude de l'équitation, il serait pénible de rester à cheval six ou huit heures par jour et qu'il lui faudra, peut-être, essayer d'un autre moyen de transport, tel la chaise à porteur. On en fait très rarement usage, mais enfin on s'en sert parfois, dans des cas extrêmes. Le véhicule consiste en une sorte de caisse à longs brancards avec des rideaux de cuir qui se tirent à volonté; on y place une chaise sur laquelle trône le voyageur, pendant que deux mules, attelées l'une au brancard de devant, l'autre à celui de derrière, le transportent par monts et par vaux. C'est de cette façon qu'une jeune femme put faire parcourir la distance qui sépare Tanger de Fez à un bébé de quelques mois, lequel voyagea sur les genoux de sa nourrice.

Ce n'est pas le dernier mot du confort, mais c'est déjà un grand raffinement.

Pour circuler en ville et pour les promenades alentour, on recourt généralement aux ânes ou aux mulets. Les Arabes, la population qui grouille dans les rues étroites de la ville de Tanger, ont le plus parfait mépris du piéton, car, pour peu qu'un jour de

marché on se trouve pris dans la foule, que Ton passe dans la grande rue ou entre les portes du SokOy ce sont des bousculades, des heurts, des cris d'avertissement : « baleck, baleck! » qui vous ahurissent de toute part, et Ton a fort à faire de se garer entre les troupeaux de petits ânes aux couffins chargés de sable, de grosses pierres, de charbon de bois et d'autres articles moins agréables à la vue ou à l'odorat. De tous côtés on est poussé, et les vêtements propres subissent une rude épreuve.

— « Oh, ce n'est rien », disait à un malheureux passant européen un Arabe qui venait de répandre sur ses habits le contenu d'un pot qu'il tenait à la main, « ce n'est que de l'huile ! »

Rien n'est plus curieux et plus amusant que la façon dont on se rend en soirée. Les messieurs montent à cheval, les dames, vêtues de leurs froufroutantes et légères toilettes, vont à âne. On s'habille beaucoup le soir, et les délicates robes de gaze, les volants de mousseline de soie, les dentelles, le tulle sont bien fragiles pour aller se promener ainsi, sans compter que l'humidité du soir défait les frisures, les ondulations savantes, le vent décoiffe... Mais qu'importe! On s'emmitoufle bien dans la longue et ample douillette fourrée; une légère écharpe de gaze serrée autour de la tête retiendra, sans toutefois les écraser, les cheveux fous ; et l'on se hisse, tant bien que mal, sur le barda

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