ENTREE DE CASERNE
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pointa les canons à Oudjda et assura ainsi la victoire du Maghzen, fut demandé.
Au mois de janvier eut lieu l'attaque de ce repaire qu'était Zinat, par les forces commandées par le ministre de la Guerre Mohammed el-Guebbas et Bouchta Bagdadi, et c'est avec grand enthousiasme que l'on annonça, en l'amplifiant, la grande victoire des troupes chérifiennes, qui avaient bombardé la forteresse, pillé, razzié et capturé nombre de têtes de bétail, alors qu'Erraïssouli leur avait habilement glissé entre les doigts — peut-être non sans complicités — pour se réfugier tour à tour chez les Ouled-Rass, les Beni-Msaouer et les Beni-Arous, où il avait jadis emmené MM. Perdicaris et Varley. Une fois en lieu sûr, il sollicita l'amam (pardon) chérifien, et c'est durant les pourparlers qu'il accomplit son dernier coup d'audace, en enlevant le caïd Mac Lean, qui s'était chargé des négociations pour le sultan, et s'aventura quelque peu imprudemment chez les Ëlkmès. Cette capture d'un Anglais, qui est investi de toute la confiance du sultan de Fez et jouit à sa Cour d'une situation tout exceptionnelle 1 , le rend momentanément maître de la
1. Mac Lean, ancien officier dans l'armée anglaise qu'il dut quitter pour des motifs personnels, fut d'abord, sous Moulay Hassan, un obscur instructeur des troupes; il fut un des premiers et des plus chers amis européens d'Abd el-Aziz, réussissant à s'élever sans exciter les défiances des Marocains habitués à sa modeste présence.
situation, et il tient à en profiter pour acquérir une protection étrangère, qui le mettrait pour un certain temps à l'abri. De son côté, le Maghzen avait tout intérêt à négocier avec le fameux brigand, afin de pouvoir retirer les troupes envoyées à sa poursuite et les envoyer rétablir d'un autre côté l'autorité du sultan.
La proclamation de Moulay Hafid, à Marrakech, vient encore d'augmenter les difficultés dans lesquelles se débat Abd el-Aziz, en embrasant cette fois définitivement les régions du sud, qui, depuis plusieurs mois, étaient en pleine effervescence. L'assassinat odieux du docteur Mauchamp avait trahi déjà violemment l'explosion d'un fanatisme poussé à l'état aigu, et depuis lors, les tribus du Haouz ne se sont point calmées. Pour elles, le sultan de Fez, qui pactise avec les Européens, est suspect, et, déjà au mois de mai, elles manifestèrent le désir de proclamer sultan Moulay Hafid, alors khalifa de Marrakech, et de se défaire des étrangers. La tragédie de Casablanca a eu sa répercussion dans ces régions, et Moulay Hafid, jusqu'alors connu comme très dévoué à son frère, est soudain devenu son rival. Fanatisées par la présence du grand sorcier du sud, qui accomplissait avec ses « hommes bleus » l'exode annuel aux environs de Mogador, les tribus ont poussé le cri de « guerre sainte ». Fort heureusement, la leçon donnée par nos troupes aux Chaouïa
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a calmé quelques ardeurs; mais jusqu'à quand?... Moulay Hafid, à l'heure actuelle sultan de Marrakech, rival de son frère Âbd el-Aziz, sur lequel il semble chaque jour gagner du terrain, n'est encore qu'un prétendant, ni plus ni moins que celui qui s'établit du côté du Rif, quoiqu'il ait paru dans des circonstances différentes, et que sa personnalité lui vaille quelque influence. Devant la gravité de la situation, Abd el-Aziz a tenté un coup décisif qui, fort heureusement pour lui, a bien réussi. Mal en sûreté au milieu du Gharb, il a quitté Fez pour Rabat, ralliant les tribus sur son passage, et se plaçant aussi, le cas échéant, à la portée d'un secours. Il est toujours le souverain du Maroc reconnu par les Puissances, et, à ce titre, peut solliciter leur concours ou tenter un emprunt, tandis que son adversaire n'a point cette ressource. Le manque d'argent qui se fait sentir chez le sultan de Marrakech a déjà détaché de lui quelques tri bus, et ne lui permet pas de s'en attacher certaines autres. Les Rehamna et les Doukalas qui, avec les. Ouled Zenizan et les Segharna ont contribué à son élévation témoignent déjà moins d'enthousiasme; les caïds de l'Atlas, Si Taïeb caïd du Goundalfl, Si el- Madani chez les Glaoui, ceux du Guelloulé et du M'tongi se sont ralliés à sa cause; les Azemmour l'ont reconnu, mais les Zemran ont montré fort peu d'empressement à rendre hommage, et le caïd Aïssa
ben Omar de Saffi a fait quelques réserves, tandis que Bargach, à Mogador, n'a pas manifesté de velléités de soumission au nouveau sultan. Dans cet imbroglio aux aspects toujours changeants qu'est, à l'intérieur, la politique marocaine, avec les perpétuelles agitations des tribus, les luttes de villes à campagnes, de Berbères à Arabes, il est difficile de préjuger ce que seront les événements, car la face des choses a des revirements inattendus. Abd el- Aziz, en sa qualité de souverain reconnu des Puissances, peut jouir de ressources pécuniaires qui ont, juqu'à présent, fait défaut à son rival — réduit à faire courir le bruit de la découverte d'un trésor — à moins que les agissements mystérieux des Holzmann et des Steinwachs ne réussissent à lui gagner l'argent nécessaire. Ma el-Aïnin, le grand agitateur, mettra son appoint danp la balance, selon qu'il se souviendra des libéralités d'Abd el-Aziz à son endroit, et restera fidèle à sa cause, ou qu'il se tournera du côté de Moulay Hafid. La contrebande de guerre, qui jette audacieusement armes et munitions sur la côte marocaine, favorise la continuation du désordre et des luttes qui, de toute part, déchirent le Moghreb et dont nous subissons le contre-coup sur nos frontières.
Le champ est ouvert à toutes les. suppositions, à tous les imprévus, tant que le Maroc continuera d'être ce qu'il est : un composé de tribus fanatiques,
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belliqueuses et indépendantes, réunies dans une même haine de l'étranger, à quelque nationalité qu'il appartienne ; mais qui parait le plus en mesure de modifier quoi que ce soit ou d'exercer une influence quelconque au Moghreb.