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LE LAC SAINT-JEAN

Roberval. — Les Montagnais. — Missionnaires français.

Le « ouananiche ».

A mesure que le train s'éloigne dans la plaine, Québec s'élargit avec sa majestueuse perspective de clochers et de tours; on repasse devant Lorette, puis Ton atteint bientôt le pays des montagnes entrelacé de bois, de rivières et de lacs.

Truites et saumons y abondent dans des proportions inconnues en Europe : étant descendu pendant un arrêt à je ne sais quelle petite station où le convoi se trouvait en partie engagé sur un pont, je vis avec étonncment le préposé aux bagages jeter dans la rivière, du haut de son fourgon, une ligne qu'il avait préparée d'avance pour les quelques minutes que devait durer l'arrêt; et ce fanatique eut encore le temps d'attraper une truite de moyenne grosseur.

Le pays, peu à peu, devient tout à fait sauvage et les traces de colonisation se font de plus en plus rares : la

rivière Baliscan que Ton suit pendant une trentaine de milles, coule si près de la montagne, qu'elle laisse à la voie juste assez de place sur Tun de ses bords; son cours n'est qu'une succession de cascades et de rapides écumants, avec, de temps en temps, des nappes d'eau calmes et sombres contrastant étrangement avec les fureurs qui précèdent et suivent.

A mi-chemin environ de notre trajet, et à cent treize milles de Québec, nous côtoyons le lac Edward — ou des Grandes Iles — dont les entours sont remarquablement boisés; on arrive ensuite au cœur de la région montagneuse et, par moments, du train qui longe les précipices, on aperçoit au-dessous de soi, très bas, le sommet des futaies.

Après avoir franchi ces solitudes, on entrevoit, à cent soixante milles de Québec, les lacs Gros- Vison et Bouchette, qui brillent de loin, au fond d'une vallée. A partir de là, les traces de colonisation réapparaissent en augmentant graduellement jusqu'au lac Saint-Jean et, de son « sleeping », le voyageur peut contempler à Taise les humbles débuts des nouveaux défricheurs, attirés, comme autant de limaille, par l'aimant de la voie ferrée, qui bâtissent et labourent aux dépens de la forêt vierge.

Chambord — suprême hommage rendu par les Canadiens-Français au drapeau blanc qui fut celui de leurs pères, — Chambord est à cent soixante dix-sept milles de Québec et l'endroit où l'on atteint le lac Saint-Jean, ou Pikouagami (lac plat), ainsi que l'appellent les Indiens. Cette mer intérieure, découverte en 1647 par le Père de Quen, est de forme ronde et tellement large, qu'on en distingue difficile-

ment les rives opposées; le pays est plat et en^dronné par de hautes montagnes.

A cette station de Chambord, la ligne se subdivise en deux branches, dont Tune, bordant le sud du lac, se dirige à FEst, vers Chicoutimi, tête de navigation du Saguenay; Tautre, qui va vers TOuest, en contournant aussi le Saint- Jean pendant quatorze milles, jusqu'au point terminus de Roberval. Un peu avant d'arriver à cette dernière étape, on aperçoit, du train, la chute du Ouiatchouan, formée par les eaux du lac Bouchette ; elle a deux cent trente-six pieds de haut, et peut, par sa beauté et la grandeur sauvage de son site, rivaliser avec celle de Montmorency.

Vers six heures du soir, enfin, on descend du train, heureux de se dégourdir les jambes sur le quai de Roberval, grande paroisse française, riveraine du lac. On trouve à quelques centaines de mètres de la gare, un hôtel aménagé en club de chasse et de pêche, ne laissant rien à désirer au point de vue du confort.

Les jours sont longs au mois de juin; aussi, ayant appris qu'il y avait en ce moment beaucoup d'Indiens montagnais à la Pointe-Bleue, sur la grève, non loin de Roberval, je pris une voiture et m'y fis conduire.

Ces Montagnais, à moitié nomades, chassent l'hiver dans les bois immenses qui s'étendent vers la baie d'Hudson et redescendent l'été à cette réserve de la Pointe-Bleue, échanger au poste de traite, leurs fourrures contre les provisions dont ils ont besoin pour passer Tannée. Quand le gibier est rare, dans ces déserts où ils s'enfoncent, avec femme et enfants, les malheureux souffrent cruellement de la faim, et parfois même en meurent. Ils sont extrême-

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