Sorle de renne que les Anglais appellent moose
imposant édifice en font un véritable ministère, le plus puissant agent de colonisation de ces Provinces Maritimes si vastes et, relativement, si peu peuplées. La ville renferme bon nombre de maisons solidement construites avec ces beaux grès multicolores dont j'ai déjà eu Toccasion de parler; les enseignes des magasins révèlent beaucoup de noms d'origine française et les Acadiens forment, m'a-t-on dit, une minorité assez importante de la population. Quant à la barre ou « bore » pour laquelle je m'étais arrêté, ce mascaret quotidien est la plus grande attraction de la ville et lui amène de fort loin des étrangers curieux d'assister au singulier spectacle qui se passe dans la rivière du Peticodiac. Ce phénomène est dû aux marées de l'Atlantique dont le flux, après avoir balayé les lignes incurvées de la côte à partir du cap Cod, près de Boston, se heurte à l'éperon formé par la péninsule de Nouvelle-Ecosse, puis s'enfonce comme un coin dans l'étroite baie de Fundv, s'y engoufl're à de prodigieuses vitesses, emplit les innombrables anses qu'il rencontre sur son passage, et quand ces dernières sont traversées par d'étroites rivières, le flot, étranglé, devient alors une barre menaçante de la hauteur d'un mur. Ce « refoul », comme l'appellent les Acadiens, varie d'altitude suivant la force des marées et oscille entre
une petite vague et un mascaret de près de dix pieds.
Le lieu où la ville est située s'appelait jadis Le Coude, car la rivière en fait un à cet endroit que les navires ne peuvent atteindre qu'à marée haute; à basse mer, on pourrait presque le traverser à pied. Arrivé sur le quai, peu d'instants avant l'heure indiquée, je contemplais le lit rougeâtre et envasé du Peticodiac, au fond duquel coulait un