P. Poirier
l'isthme. 49
Une troisième convention générale fut tenue, le 15 août 1890, à la baie Sainte-Marie et, le 2- novembre suivant, les Pères Eudistes inauguraient, dans cette même baie, le premier collège français de la Nouvelle-Ecosse.
Enfin, une quatrième réunion eut lieu, le 15 çï l^ 16 août 1900, dans la petite ville d'Arichat, chef-lieu de nie Madame, voisine du Cap-Breton; le premier ministre du « Dominion », sir Wilfrid Laurier, y assistait, et de tous les discours qui furent prononcés, celui de M. le juge Landry est un des plus frappants, car, en quelques phrases suggestives, il indique bien les immenses progrès sociaux accomplis depuis trente-cinq ans : « Autrefois, dit-il, les Acadiens commençaient à se regarder comme une race inférieure : — - Yoici un Anglais qui vient, s'écriait la mère de famille, et elle faisait rentrer les enfants à la maison. Lorsque nous allions chez les Anglais, il fallait entrer par la porte de derrière, tandis que, eux, ils passaient par la porte de devant, sans frapper et le chapeau sur la tête... Les temps sont changés... Nous sentons maintenant que nous avons de Tinfluence et nous la faisons sentir. »
Pour revenir au collège Saint-Joseph que dirige avec . tant d'autorité, de savoir et de tact, le Révérend Père Roy, successeur immédiat du Père Lefebvre, c'est une construction monumentale près de laquelle est venu récemment s'adjoindre un pavillon élevé à la mémoire du fondateur, à l'aide d'une souscription des anciens élèves. Cette annexe renferme un musée, plein de reliques acadiennes, un laboratoire de chimie, un cabinet de physique, môme un charmant théâtre qui peut contenir huit cents spectateurs. Sur
le rideau se trouve l'image de Longfellow, le chantre d'Evangéline,
Parmi les plus précieux souvenirs que possède le collège, on peut citer la clef de cette tragique église de la Grand Prée où furent enfermés les Acadiens avant leur embarquement, et un calice aux armes de France qui avait été enterré par les fabriciens pour le soustraire à la cupidité des soldats anglais et que Ton eut Theureuse fortune de retrouver longtemps après.
Il y a environ trois mille Français à Memramcook, composant six cent trente familles, dont cent treize portent le nom de Le Blanc. Comme les saints du calendrier ne sont pas inépuisables, les habitants, afin de pouvoir se distinguer entre eux, ont été obligés d'ajouter à leur prénom celui de leur père et parfois de leur aïeul; ils sont ainsi des généalogies vivantes et s'appellent, par exemple : Ephrem à Pacifique, Anastase à Rufin, Zoël à Thadée, à François, etc. Ils s'étendent et progressent dan^ les paroisses environnantes, s'implantent même dans des milieux anglais, sourdement hostiles, d'où l'on ne peut plus les arracher, dès qu'ils y ont pris racine; un Acadien, du nom de Cormier, vint s'installer à Sackville, vers 1880; pour l'expulser, on faillit en venir aux coups, mais son courage et sa résolution finirent par imposer à ses adversaires; on le laissa tranquille; quelques autres le suivirent, et il y a actuellement quatre-vingts familles françaises dans la paroisse.
Cette vallée de la Memramcook et les hauteurs qui la dominent, émaillées de bouquets d'arbres d'où, çà et là, émergent des clochers, sont aussi bien cultivées que les