LES MONDES
Avez-vous des forêts tout pleines de mystères,
pace, De chants d'oiseaux, de bruits et de douces senteurs ? L . x Avez-vous des coteaux, des monts, des pics austères ASsSC 1 ta! Des souffles embaumés et des vents destructeurs ?
Sur vos flots avez-vous les reflets d'une lune : Comme des fils d'argent qui traversent |: it ? cé Dés, les fils d'argent qui traversent la nuit ?
| Comme une frange blanche avez-vous, sur la dune,
taux cienz L'écume d’une mer qui s'avance et s'enfuit ? Le « + nn
ble Ou comme cette terre où, nous autres, nous sommes
Naissant, mourant toujours depuis des milliers d’ans, sensible Astres .:v-'6#riaux, avez-vous donc des hommes Créés d’une j troie à l'aurore des temps ?
Et, comme nous encor, quelque péché funeste Les a-t-il dépouillés de leur glorieux sort?
vrofondes,
Et, comme nous aussi, l'holocauste céleste Les a-t-il rachetés de l’éternelle mort ?
Et chaque monde a:t:il son destin ? Et la vie Diffère-t-elle partout dans cette immensité ? Chaque globe qui roule en la plaine infinie, Comme un roi de sa cour, est-il donc escorté D'astres pareils entre eux mais différents des autres ? O séjours inconnus, avez-vous tour à tour,
Guerre et paix, joie et pleurs ? Avez-vous des apôtres Qui vont proclamant Dieu, la science et l'amour ?
LA PREMIERE NEIGE
La neige, ce jour-là, s’'échappant de la nue, Couvrait le sol durci d'un voile sans couleurs. Dans son coquet boudoir, seule avec ses douleurs, Ainsi parla Nanette, une fille déchue :
Tombez, à blancs flocons, Prêtez aux champs flétris votre mystique lange ! O blancs flocons, volez comme des ailes d'ange Au-dessus de nos fronts!
LA PREMIÈRE NEIGE
Mon Dieu l le ciel est sombre au-dessus de ma tête, Mais la terre à son tour éclate de blancheur.
Sans fleurs étaient les prés. La dernière tempête Avait emporté loin le canot du pêcheur,
La feuille du bosquet et le rire des lèvres.
Du sol où tout gisait mourant naissaient les fièvres, Ces sinistres poisons que respirait l'enfant,
Et plus d’une jeune mère, inquiète et livide,
Pressait contre son cœur un petit front brûlant, Ou s'asscyait rèveuse auprès d'un berceau vide !
Tombez, à blancs flocons.
Prôtez aux champs flétris votre mystique langel O blancs flocons, volez comme des ailes d'ange Au-dessus de nos fronts !
Bien des rameaux sont nus, et, dans les sombres landes
Les oiseaux ont laissé leurs pauvres nids muets : 1r's. L'on cherche vainement, pour faire des guirlandes, buleurs, Les feuilles de l’érable ou les fleurs des bleuets.
La terre dépouillée a l'air d’un cimetière ;
Les sapins, dirait-on, ont des dômes de pierre,
êt l’on croirait errer au milieu des tombeaux.
Le ciel n’a plus pour nous sa caressante flamme,
Et la neige remplit les doux nids des oiseaux
Ainsi que le remords, hélas ! remplit mon âme
Tombez, à blancs flocons, Prêtez aux champs flétris votre mystique lange ! O blancs flocons, volez comme des ailes d'ange Au-dessus de nos fronts!
arbre se drape, ici, dans un manteau d'hermine, Et là, sous les cristeaux s’endorment les sillons. Ah! je n'ai plus, mon Dieu! la chasteté divine Qui revêtait ion corps d'un manteau de rayons | Je dors depuis longtemps sous un voile de glace. Mon nom est un objet de honte, Et ma place Est avec cette fleur qui n'a plus de parfum Et que la main rejette après l'avoir cueillie ! Où sont ceux qui m'aimaient ? L'amour est jinportun Quand il naît ou survit dans une âme avilie !
Tombez, à blancs flocons, Prêtez aux champs flétris votre mystique lange! O blancs flocons, volez comme des ailes d'ange Au-dessus de nos fronts !
Comme vous autrefois ma jeune âme était blanche, Et ses pensers naïfs voltigeaient comme vous.
Elle ignorait le mal, croyait toute âme franche, Son espoir était noble et son chant était doux.
Elle pouvait voler à sa céleste source ;
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LA PREMIÈRE NEIGE
Elle pouvait aussi, dans sa joyeuse course,
Toucher sans les flétrir les objets les plus purs,
Maintenant les regrets la tourmentent, Pour elle Les cieux ensoleillés sont devenus obscurs, Le jour est disparu, la nuit est éternelle!
Tombez, à blancs flocons, Prètez aux champs flétris votre mystique lange ! O blancs flocons, volez comme des ailes d'ange Au-dessus de nos fronts !
Qui me rendra, mon Dieu, la blancheur de la neige, Et qui rendra la paix à mes sens tourmentés ?
Quel voile tombera sur mon corps sacrilége,
Comme sur le sol froid les flocons argentés,
Pour dérober aux yeux mes nombreuses souillures ? J'ai bu les voluptés à des sources impures :
Mon cœur a toujours soif. Dans mes tristes ennuis, Remontant le passé, j'évoque les mensonges
Que le monde disait pour me perdre. Mes nuits, Mesnuits sont sans sommeil ou pleines d’affreux songes!
Tombez, à blancs flocons, Prêtez aux champs flétris votre mystique lange ! O blancs flocons, volez comme des ailes d'ange Au-dessus de nos fronts 1”
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