‹ Une gerbe; poésiesChapitre 21 sur 43 · LOIN DE LA FOULE · texte numérisé non relu

LOIN DE LA FOULE

Le vent souffle avec rage, et sa brûlante haleine Réchauffe, à son réveil, chaque fleur de la plaine r

Chaque léger brin de gazon ; Puis la forêt frémit dans sa verte parure, Jetant au ciel de feu son immense murmure,

Comme une divine oraison.

Un voile de fumée obscurcit les campagnes : Il ouvre ses replis au-dessus des montagnes

Jusqu'à l'azur du firmament.

On dirait que d'un temple aussi grand que la terre C'est le suave encens qui monte avec mystère

Vers le trône du Dieu clément.

Le soleil apparaît dans ce vaste nuage Comme un boulet rougi qui se fraie'un passage

Dans la cime épaisse des bois.

Le fleuve soulevé s'élance vers la grève, Et de la côte abrupte où chaque jour je rêve

Il ronge, en hurlant, les parois.

Près de moi le bouleau traîne sa robe blanche, Le chardonneret d'or saute de branche en branche

Avec le merle et le pinson.

Quand le printemps renaît sur nos rives si belles Ils reviennent toujours, ces compagnons fidèles,

Nous chanter leur douce chanson.

Oh ! qu'il fait bon, mon Dieu, d'être loin de la foule Dont l'existence aride et s'agite et s'écoule

Au milieu d'un frivole bruit !

Qu'il fait bon d'être seul et de lire une page De ce livre éternel — la Nature— où le sage,

Chaque jour, de nouveau s'instruit 1

Page 1