LA VIE
Et je disais : Pourquoi la vie, Ce grand banquet où Ton convie Tant de pauvres cœurs soucieux !
Les longs sanglots de la misère Qui s'élèvent de cette terre Deviennent-ils chants dans les cieux?
Pour celui, mon Dieu, qui t'oublie, C'est un bien peu digne d'envie Que ce mystère si profond.
La vie est comme une colline Dont la pente abrupte s'incline Vers un précipice sans fond.
46 UKB GERBE
Sur le sommet tout est verdure, Tout est mélodie et murmure, Tout est parfum et volupté 1 On y voit folâtrer l'enfance, Et son œil plein de confiance Va se perdre en l'immensité !
Mais à mesure que Ton glisse
Vers l'insondable précipice
Le brillant tableau s'obscurcit :
La fleur s'éteint parmi la mousse,
Le sol est froid, l'herbe est moins douce,
Et l'horizon se rétrécit !
Et, sur cette rapide pente,
Pour cueillir une fleur brillante,
On voudrait s'arrêter parfois ;
Mais une étrange voix nous crie :
" Marche I marche ! " et la fleur chérie
Echappe à nos débiles doigts î
Et nous marchons avec vitesse, Poussant de l'épaule, sans cesse, Ceux qui cheminent devant nous.
Et l'enfance à son tour nous presse ;