‹ Une gerbe; poésiesChapitre 42 sur 43 · ADORATION · texte numérisé non relu

ADORATION

Je t'adore, ô mon Dieu ! Du fond de ma misère J'ose élever vers toi, vers toi qu'on dit sévère,

Mes mains pleines d'iniquités.

Mon front est prosterné devant ta face sainte. Je reprendrai, Seigneur, dans l'amour et la crainte,

Les sentiers droits que j'ai quittés.

Je t'adore, ô mon Dieu, quand les brises tiédies ' Font chanter des forêts les cimes reverdies

Et que les nids font leurs concerts ; Quand l'hiver se revêt de son linceul de givre, Que l'aquilon mugit comme un cornet de cuivre

Sur les chemins partout déserts !

Quand le soleil levant, d'une brillante gerbe Inonde ma fenêtre, et que le lis superbe

S'ouvre pour l'autel du saint-lieu ; Quand l'airain, vers la nuit, de vallée en vallée, Pour louer ton saint nom, sonne à toute volée,

Je t'adore encore, h mon Dieu !

Car c'est par toi, Seigneur, que le soleil se lève, Que les veines des bois sentent courir la sève,

Que les fleurs étoilent les champs I Tu sais creuser un lit à la sombre rivière, Tu jettes dans l'espace ainsi qu'une poussière,

Des flots d'astres étincelants !

Tu fais briller réclair, tu fais gronder la foudre, imandos aux vents et tu réduits en poudre Tout ce qu'élève un soi orgueil!

îence est sans borne ei ta gloire, infinie 1

ÀDDÔEÀTION 257

Ton pouvoir est loué, ta sagesse est bénie Dans le berceau, dans le cercueil 1

Qui suis-je devant toi pour t'offrir ma prière ? Un atome perdu dans les flots de lumière

Que tu verses sur l'univers !

Je ne suis qu'une feuille au hasard emportée, Et qu'une goutte d'eau par l'orage jetée

Dans le gouffre profond des mers \

Qui suis-je moi, Seigneur, pour t'appeler mon père ? Pour entendre ta voix me dire : Enfant, espère ;

Mon ange veillera sur toi ?

Qui suis-je pour paraître en ta sainte présence? J'ai fait souvent le mal sans craindre ta puissance,

Quand j'aurais dû sécher d'effroi.

Que de jours j'ai passés oublieux de ta gloire I De tes bienfaits, Seigneur, j'ai perdu la mémoire :

J'ai senti chanceler ma foi !

J'ai douté de ta grâce et ri de ta promesse ! Je te voyais si grand que, dans ma petitesse,

J'ai dit : Dieu pense-t41 à moi ?

Et pourtant, sut mon front, je ne sais pas quel tigne

Me dit que de ton ciel je puis devenir digne,

Et que mes yeux devront te voir.

Un rayon merveilleux, une éternelle flamme, Pour s'élancer vers toi, s'échappent de mon âme Comme le feu de l'encensoir.

Non, l'homme tout entier n'est pas pétri de boue 1 Une étincelle ardente en son âme se joue

Comme une étoile en un ciel noir.

C'est le foyer brûlant qui fait luire le phare, C'est l'éclat, le parfum dont l'humble fleur se pare,

C'est la foi, l'amour ou l'espoir I

Quand le chêne orgueilleux tombe dans la tempête, L'humble roseau, souvent, relève encor la tête :

Je me relèverai, Seigneur.

Le remords a déjà brisé mon cœur de marbre, Comme le ver caché qui fait périr un arbre

Dont il vient de mordre le cœur.

Je t'adore, ô mon Dieu ! Que le fier incrédule, Sur son luth profané, chaque jour ne module

Que des refrains blasphémateurs, Je ne rougirai point de mes saintes livrées :

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