‹ Une gerbe; poésies [par] Pamphile LeMayChapitre 3 sur 51 · LA DÉBÂCLE 3I · texte numérisé non relu

LA DÉBÂCLE 3I

" Mais rien n'est beau pour moi, car tout espoir est vain I

" Je voudrais que le jour n'eut plus de lendemain !

" Ceux qui m'aimaient le plus m'ont laissé, sur la terre,

* Achever, triste et seul, mon chemin solitaire !

" Je cherche autour .le moi les êtres regrettés,

" Que le ciel, en un jour, hélas! m'a tous otés !

" Partout je n'aperçois que ruines, désastres !

" La nuit est dans mon âme et mon ciel est sans astres!

" 0 rivages chéris, où sont ces toits riants

" Qui naguère brillaient au milieu de vos champs

" Pareils à des rubis au bord d'un diadème ?

" Pourquoi vois-je partout la face morne et blême

" De quelques malheureux qui pleurent comme moi ?

" L'aspect de l'avenir me fait trembler d'effroi.

" Roule, ô beau Saint-Laurent, roule calme et tranquille 1

" Viens caresser nos bords de ta lame docile I

•' Ta vengeance est parfaite, ô fleuve souverain !

" Mais réponds à ma plainte, et redis mon chagrin !

" Murmure, comme moi dans ma douleur amère,

" Le nom de mon amie et le nom de ma mère I

" Et, quand je vais prier sur leurs humbles tombeaux,

" Unis à mes accents le doux bruit de tes eaux I "

Ainsi chantait Damas, et sa muse plaintive,

Sa muse attendrissait les échos de la rive.

Et puis, de temps en temps, deux noms mélodieux

S'échappaient de sa lèvre et montaient vers les cieux.

Page 1