LA VISION DE MONTGOMERY
Au même instant, perçant la nuit de son regard,
Il voit l'Esprit vainqueur debout sur le rempart.
La femme, à ses genoux comme une esclave, rampe.
Et TEsprit tient serré la glorieuse hampe
De l'étendard anglais. La femme a rejeté
Le voile de vapeur qui cachait sa beauté,
Et, d'un œil triste et morne elle cherche la trace
Du bel ange vaincu disparu dans l'espace.
Alors le général eut un sourir amer.
3on cœur fut tout à coup troublé comme la mer
^uand souffle, vers la nuit, les vents froids de l'automne,
3n l'entendit crier comme le ciel qui tonne :
— " Je le ferai mentir, ô présage odieux !'
Et, dans son désespoir, il parut radieux.
[1 courut en avant de sa troupe vaillante.
Le vent soufflait toujours, et la neige mouvante
Toujours tourbillonnait comme les noirs pensers
Dans un cerveau malade.
Au pied des hauts rochers Dû Québec dort assis dans sa parure neuve Serpente un noir sentier. Au midi le grand fleuve îerme, de ses flots verts, le chemin tortueux.
170 UNB GERBE
C'est par là que s'envient le chef impétueux. L'audacieux, il croit escalader l'enceinte, Pendant que vers le nord, sur une attaque feinte. Accourt la garnison. Il s'avance sans bruit. Déjà le dernier poste apparaît dans la nuit : Il semble enveloppé dans un morne silence. On n'entend que le fleuve, et le vent qui balance, Dans le cap Diamant, les sapins rabougris. Montgomery tressaille. Il s'élance surpris De voir tant de succès couronner son audace. Soudain l'ange vainqueur, comme un éclair qui pas
Descend du haut des airs Est-ce l'ange de Dieu ?
Il touche les canons de son glaive de feu. Un choc épouvantable ébranle la montagne. On entend les échos gémir dans la campagne. Un cri monte dans l'air, un cri long, douloureux.... La mitraille a fauche le guerrier valeureux !
Le vent souffle toujours, et la neige éclatante Prête au mort son linceul. D'une main palpitante T/Esprit vainqueur reprend le drapeau d'Albion.