‹ Une Grande dame dans son ménage au temps de Louis XIV, d'après le journal de la comtesse de Rochefort (1689) (volume 2)Chapitre 21 sur 68 · LA FAMILLE DE LA MERE · texte numérisé non relu

LA FAMILLE DE LA MERE

Aujourd'hui, la presse publie des articles nécrologiques sur des personnalités qui ont fait quelque figure dans le monde; mais le foyer n'a plus ses annales , où se perpétuait la mémoire des existences à la fois les plus humbles et les plus méritantes ; il perd de plus en plus sa tradition, son génie tutélaire. N'est-il pas temps de travailler à les lui rendre, en sorte que le souvenir des parents, lorsqu'ils ont été dignes de ce nom, demeure toujours vivant et présent, qu'il continue à inspirer et diriger les enfants ?

Il s'agit ici de ce qu'il y a de plus profond dans notre cœur, avec le sentiment religieux, de ce qui

ne s'oublie jamais jusque dans la vieillesse , lorsque la vie commence humainement à devenir triste et pesante, et nous rend toujours jeunes, toujours heureux, lorsque nous y pensons : — la douce image d'un bon père et d'une bonne mère; — leurs traits, empreints du doux sourire dont, aux premiers jours de notre vie , ils égayaient notre berceau , en séchant nos larmes, — l'ineffaçable impression laissée en nous par les témoignages de leur tendresse; — leur inépuisable dévouement; — la confiance sans bornes que nous avions en leur sagesse, confiance si grande, si absolue, qu'en les perdant nous avons cru voir s'en aller la meilleure partie de nous-mêmes!

Évocations intimes de tout ce que la vie de famille a de plus saint! Quelle reconnaissance éternelle ne devons-nous pas à ceux qui nous ont faits ce que nous sommes, en retour de l'affection qu'il nous ont portée et dont nous recueillons les fruits !

André Lefèvre d'Ormesson, âgé- de quatre-vingtun ans, lit et relit la biographie qu'il a écrite sur son père :

« J'ai relu toute cette vie le samedi, 28 juillet 1657, ne pouvant la relire trop souvent à mon gré, pour l'affection que je luy ay portée et que j'ay dû luy porter, comme un fils qu'il a bien aymé. »

Il y a des dates à noter tout d'abord. Les enfants font pour leurs parents ce qu'ils ont déjà effectué pour leurs autres devanciers; mais ici ils prennent un intérêt plus spécial à relater des détails qui les

touchent de plus près, et ils s'attachent à bien mettre en relief les heureuses influences auxquelles ils doivent leur propre formation physique et morale.

« Je suis né à Guers , le 19 décembre 1696 , de parens chrétiens. Mon père, Jacques M..., étoit marchand, de la même profession que son père, et très honneste homme, aimé et considéré dans le pays.

« Ma mère étoit Mlle Victoire G..., fille et sœur des constructeurs des vaisseaux du Roy, de Toulon. C'étoit une femme accomplie pour élever ses enfans dans la crainte de Dieu, et pour leur donner une éducation convenable à son état, charitable envers les pauvres... » Livre de raison de Toussaint M..., marchand de drap, Aix, 1750.

— « Anne-Louise-Henriette d'Aguesseau, ma mère, naquit le 12 février 1737. Mmo de Fresnes, sa mère, étant morte peu de jours après l'avoir mise au monde, son père, fils du chancelier d'Aguesseau , la remit aux soins d'une nourrice, avec qui elle fut envoyée , dès l'âge de trois ans , au couvent de la Visitation de Saint-Denis, et confiée particulièrement à Mme d'Héricourt, religieuse de cette maison, personne d'un esprit et d'un mérite distingués, et qui réunissait des talents rares pour l'éducation. Elle savait surtout présentera ses élèves tous les charmes de la vertu. Le cœur de ma mère était fait pour elle : ce fut dès sa plus tendre enfance qu'elle s'y attacha, avec cette droiture et cette force qui furent son caractère distinctif... Toutes les impressions qu'elle

reçut furent sérieuses et réelles... » Notice sur la vie de A.-L.-H. d'Aguesseau, duchesse d'Ayen, par Mme de Lafayette, sa fille.

La date du mariage des parents et les conditions dans lesquelles il s'est effectué sont rappelées. Il est fait mention de la dot apportée par

LA MÈRE, DE L'AVOIR PATRIMONIAL DU PÈRE, DE LA PROFESSION OU DE L'INDUSTRIE EXERCÉE PAR CE DER- NIER, DE LA MAISON ET DU LIEU OU ILS ONT VÉCU, DU DOMAINE DE FAMILLE Qu'lLS ONT CONSERVÉ, AMÉLIORÉ,

accru. On dit CE que sont devenus cette maison et

CE DOMAINE, ET s'iLS ONT CHANGÉ DE MAIN.

Les développements, en un tel sujet, peuvent être très étendus; mais il convient, toujours par les motifs que nous avons exposés, de réserver pour le Livre de raison les traits essentiels, ceux qui doivent se graver dans l'esprit et la mémoire des descendants.

A ces détails succèdent les dates des naissances

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