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Pttaviens'is
de préjugés, ceux de la vanité, par exemple, nous furent longtemps inconnus1. »
Ne prolongeons pas davantage nos citations ; car rien ne saurait remplacer la lecture réfléchie de cette notice vraiment exquise.
Un fait nous frappe par-dessus tout : l'esprit qui animait cette femme éminente du xvme siècle est exactement le même que celui qui avait donné un si puissant ressort à la modeste famille du xvie, dont Jeanne du Laurens nous fait admirer la rapide élévation. Esprit positif, qui s'inspire des plus hautes vertus, comme de l'expérience la plus pratique ! Les enfants se rendent parfaitement compte du profit qu'ils en ont tiré , et ils sont unanimes à le déclarer.
Après avoir suivi de la sorte leurs parents dans leur vie intime et dans les principaux événements de leur plus ou moins longue carrière , les enfants relatent LEUR SAINTE MORT, LEURS DERNIÈRES RECOM- MANDATIONS ET BÉNÉDICTIONS.
Les pères et mères au lit de mort ne manquaient jamais autrefois, lorsque la maladie le leur permettait, de bénir leur famille, avec des rites tout religieux , et en employant la formule même de l'Église. Il n'était pas rare qu'ils priassent leurs fils de s'embrasser, pour mieux cimenter l'union qui
1 Vie de Mme de Lafayette, par Mme de Lasleyrie, sa fille; précédée d'une Vie de sa mère, Mme la duchesse d'Ayen (1737- 1807). Paris, Techener, 1868, p. 15 et suiv.
devrait régner entre eux. Toujours les pères les conjuraient de respecter, honorer et servir la mère survivante , et de se montrer obéissants envers elle. Lorsque ceux-ci étaient encore enfants, et bien qu'ils ne fussent pas en état de comprendre la scène dont ils étaient témoins, ils les faisaient appeler près d'eux , comme leurs aînés , afin d'imprimer cet esprit de respect jusqu'au fond de leur âme 1 .
Les dernières recommandations paternelles et maternelles, ainsi faites dans le moment suprême, sont textuellement relatées dans le Livre domestique. Les enfants les recueillent avec vénération ; ils veulent en rendre le souvenir ineffaçable pour eux et pour leur postérité; ils regardent les parents comme inspirés directement de Dieu , à cette heure solennelle entre toutes , et même comme ayant des vues surnaturelles sur leur avenir.
« Ce 11 juin 1669, dit l'un d'eux, mon père rendit l'âme à Dieu. Il avait vécu en grand homme de bien. Il prophétisa le jour de sa mort. » Livre de raison de Bernardin de Pellicot , écuyer de Marseille.
Puis ils marquent avec l'année, le mois, le jour
ET L'HEURE DE LA MORT, ET APRES LA MENTION DES OBSÈQUES , LEURS DIVERS LEGS PIEUX ET CHARITABLES, ET L'ACQUITTEMENT AUSSI PROMPT QUE POSSIBLE DE CES
i Les Familles, t. II, liv. III, chap. m, « la Bénédiction paternelle »>t la Vie future. » — La Vie domestique, t. I, p. 352- 353, 367-368.
LEGS *, — LES MESSES DITES POUR LE REPOS DE LEUR AME ET QU'ILS ONT FAIT ÉGALEMENT CÉLÉRRER SANS DÉLAI l J — LE LIEU DE LEUR SÉPULTURE ET L'ENTRE- TIEN DONT EST L'OBJET LEUR TOMBE ; — LEURS PRINCI- PALES DISPOSITIONS TESTAMENTAIRES , ET LES ARRAN- GEMENTS DOMESTIQUES INTERVENUS A CETTE OCCASION.
« Mon père nous avoit recommandé la paix et amitié, et de nous garder de discord, afin que nous pussions jouir en repos du bien qu'il nous avoit acquis. Nous trouvâmes un papier qui portoit ce commandement : ce que nous avons exécuté heureusement, Dieu mercy, et avons partagé sa succession sans aucun procès ni différend... Le commandement d'un si bon père et la bénédiction que Dieu avoit donnée à ses travaux nous ont garantis de procès, et tout ce que mon père a laissé est dans la maison et a esté plus tost augmenté et accru par ses enfans que diminué. » Journal d'André Lefèvre d' Ormesson, 1576-1665.
Les images vénérées du père et de la mère rempli-
1 Un fils mentionne dans son Livre de raison qu'il fait dire chaque semaine une messe pour le repos de l'âme de son père. Il continue pendant bien des années l'accomplissement de cette œuvre de piété filiale ; puis il ajoute :
« Il n'y a point de fondation pour cela. Cependant je prie ceux qui viendront après moy de ne point manquer à faire dire cette messe toutes les semaines, sans prétendre néanmoins charger leur conscience, laissant cela à leur volonté et dévotion. » (Livre de raison d'Antoine de Fresse-Monval;.Valensolle, 1704.)
ront cette première partie du Livre de raison ; mais , à côté ou non loin d'elles, on devra ménager une place pour les frères et sœurs , pour les proches auxquels on est étroitement uni par les liens du sang; et l'on n'oubliera pas non plus les amis de la famille, qui sont des parents par le cœur, à moins qu'on ne préfère réserver ces détails pour le journal des principaux événements domestiques », en suivant l'ordre des temps.
Les devoirs de parenté ont toujours été regardés comme étant de la même nature que ceux que commande la piété filiale; et les pères et mères avaient coutume autrefois d'habituer de bonne heure leurs enfants à les observer très exactement. Avant de mourir, même, ils leur demandaient de conserver, surtout pour leurs oncles et tantes, les sentiments d'affection et de respect qu'ils avaient nourris chez eux de leur vivant. Souvent, ils les plaçaient sous leur protection, s'ils étaient encore en bas âge2. Un de leurs principes était encore qu'il ne faut jamais rougir de ses proches, et que les rapports ne doivent se ressentir en rien des inégalités de position et de fortune.
« Les parents sont à cultiver, soit qu'ils nous fassent honneur, soit que nous leur en fassions, qu'ils soient riches ou pauvres. Nous devons par préférence à ceux-ci nos bons offices et des services,
1 Ci-dessous, IIe partie, § vi.
2 La Vie domestique, t. I, p. 233-234.
autant que la chose se peut. » Instructions de Ange- Nicolas de Gardane à ses fils, Marseille, 1764.
C'est par ces mœurs que la solidarité existe réellement dans les familles, et c'est par là aussi que l'esprit d'union s'établit aux divers degrés de l'échelle sociale.