I. — La religion
Dans l'incertitude où je suis, mes chers enfants, u moment où il plaira à Dieu de me retirer de ce londe, ne sachant pas si j'aurai le temps, avec le îcours de sa grâce, de vous élever en sa crainte et i son amour, comme je le souhaite, et étant encore icertain si, quand cela serait, je me trouverai en état 3 vous parler avant ma mort, je prends le parti d'y îppléer, en vous disant ce qu'il me semble que je dus dirais en ce dernier moment.
Recevez ces sentiments comme ceux d'un père qui ms aime tendrement ; regardez ce qu'il y aura de )n comme venant de Dieu, seul auteur de tout bien;
reconnaissez dans ce qu'il y aura de mauvais la corruption du cœur humain, qui se mêle dans tout, et prenez- en occasion de prier Dieu pour moi.
La première recommandation que j'ai à vous adresser est d'être fidèles à notre sainte religion catholique, de l'aimer, de la pratiquer, comme l'ont fait vos pères, et de ne pas laisser passer un jour de votre vie sans penser à la grande affaire de votre salut. Croyez-moi : c'est ce qu'il y a de plus solide et de plus nécessaire au monde , et c'est la meilleure satisfaction que je puisse recevoir de vous.
Vous en ferez un jour l'expérience par vousmêmes : les principes de notre foi ne sont pas moins utiles pour la vie présente que pour la vie future. Soyez de bons chrétiens, songez à quoi vous oblige cette qualité; et vous mériterez la grâce que Dieu fasse de vous de véritables gens de bien , ayant une conduite qui réponde à l'éducation que nous avons tâché de vous donner; et vous serez aussi heureux qu'il est possible de l'être ici- bas.
Lorsque vous entrerez dans le monde, vous ne trouverez que trop de gens qui se font un faux point d'honneur de douter de tout, et qui blasphèment ce qu'ils ignorent. Ne vous laissez pas ébranler par leurs railleries, ni séduire par leurs systèmes; vous perdriez le repos de votre âme, vous vivriez sans espérance, et vous mourriez sans consolation.
Pour vous préserver d'un tel malheur, mes enfants , commencez par bien vous remplir des vérités de la religion; apprenez à connaître" tout ce
u'il y a en elles de noble et de beau; faites-vous es principes sur chacune d'elles, traduisez-les en ègles de conduite, rapportez à cette étude toutes 3S autres, et attachez-vous à des pratiques solides ans lesquelles votre foi ne tarderait pas à s'affaiblir, fous serez obligés de vous instruire sur bien des hoses qui , pour l'ordinaire et à moins d'une grande ttentionsur soi, dissipent l'esprit ou le dessèchent. ros maîtres vous enseigneront les sciences humaines ; ppliquez-vous-y; mais n'oubliez pas que Jésuschrist, dans lequel est le fondement de notre foi, st aussi l'unique objet qui mérite notre amour.
Aimez-le donc par-dessus tout, comme votre divin hef , et prenez plaisir à le servir de tout votre cœur. )ue la crainte de Dieu ne cesse d'être devant vos eux; que ses commandements et ceux de la sainte Cglise soient la règle de votre esprit et de vos acions. C'est de lui que nous tenons l'être ; lui seul •eut faire prospérer nos entreprises. S'il vous donne ette prospérité, remerciez -le humblement , en sorte [ue vous ne soyez pas pires par orgueil. S'il vous nvoie l'adversité, recevez- la avec patience , comme ine expiation de vos fautes, et regardez -le comme n père qui ne vous manquera pas dans vos beoins.
Dès que vous serez accoutumés à cette douce iiçon de vivre, vous serez contents, et tous vos lentours le seront avec vous. Est-il rien de meilleur ue d'avoir la paix en soi et dans sa maison? Plus îird, vous aussi, vous deviendrez chefs de famille; h vous ressentirez l'impression de tendresse que la
Providence a mise dans les entrailles des pères et des mères. Alors vous reconnaîtrez pleinement ce ce que nous devons à Dieu , et aussi vous comprendrez combien il nous est nécessaire pour nous aider à remplir les devoirs de notre état, qui sans lui sont des croix bien difficiles à porter. Ces devoirs consistent à veiller sans cesse sur ceux qui sont sou< notre charge, afin de les tenir sous l'ordre de Dieu, à avoir soin de nos affaires, à nous en instruire pai toute sorte de moyens , pour pourvoir à nos besoins à ceux de notre famille et des pauvres, et nou: mettre en état de rendre un jour bon compte di notre administration temporelle , aussi bien que d la spirituelle.
Vous ne serez bien avec Dieu, et vous ne sere bons chrétiens, qu'en restant fidèles aux pratique que nous vous avons enseignées et dont nous vou avons de notre mieux donné l'exemple dès le bei ceau.
Au sortir du lit, ne manquez jamais de vous mettr i à genoux, et commencez par offrir votre journée Dieu : c'est ainsi qu'on attire ses bénédictions ( ses grâces sur soi, sur ses études et ses travaux, < qu'on se rend digne de sa miséricorde, sans laquel l'homme est plus malheureux que la bête.
Gardez un grand respect pour le saint jour d f dimanche ; il nous est donné pour nous occuper d< deux grands bienfaits de Dieu envers les homme: la création et la rédemption.
Soyez en état de fréquenter assidûment les s;
crements. Pour le repos de votre conscience, choisissez un directeur sage et éclairé : ne prenez pas le premier venu; traitez votre âme au moins comme votre corps; car vous ne prendriez pas un médecin sans savoir s'il est habile. Lorsque vous aurez trouvé ce bon médecin spirituel, placez -vous sous sa conduite, et ne perdez pas de vue les salutaires avis que vous en recevrez.
Contractez et ayez l'habitude de ne pas passer un jour sans lire quelque chose du nouveau Testament; si le chapitre est trop long, bornez-vous à la moitié ; faites de même pour Y Imitation de Jésy,s- Christ et les Vies des Saints.
Quand vous serez chefs de maison, établissez chez vous la coutume de faire la prière du soir en commun; examinez votre journée, voyez en quoi vous avez manqué à Dieu, et souvenez -vous de vous en corriger.
Après la pratique du premier et du plus grand des commandements, celui d'aimer Dieu, je vous demande, mes enfants, celle du second, l'amour du prochain et la charité envers les pauvres; car, sachez-le de moi, elle vous profitera beaucoup pour l'âme et pour le corps ; non seulement vous n'en serez pas appauvris, mais vous en recevrez la récompense dans ce monde -ci même. Les familles chrétiennes ont eu de tout temps là-dessus des règles que vous aurez à suivre. C'est aux charités faites par leurs parents que les enfants ont toujours particulièrement attribué les grâces dont leurs maisons
se trouvaient comblées et les biens dont ils jouissaient.
Ces biens ne sont pas pour nous seuls; nous sommes comptables envers Dieu de l'usage que nous en faisons. Rien n'est plus important pour vous que d'avoir des principes solides sur l'étendue de ce grand point de morale.
La charité doit s'exercer selon notre état; mais ne vous y trompez pas, on s'illusionne facilement là-dessus, on se crée souvent des nécessités imaginaires, et l'on croit qu'on peut employer son bien selon son caprice, puisqu'on en est le maître. Ne vous laissez pas tromper par ces fausses maximes; réglez -vous à faire une dépense honnête, mais modeste et sage. Ne pensez pas qu'il soit permis à un chrétien de s'accorder toutes les petites commodités, que l'on recherche si fort à présent dans le monde. Cette attention que l'on a sans cesse à éviter toute incommodité, toute peine, si légère qu'elle soit, rend l'esprit non moins que le corps mou et languissant 1 . Donnez tout ce que vous retrancherez de vos dépenses superflues, et craignez plutôt sur cet article d'être au-dessous de votre devoir que d'aller au delà. Consultez des gens éclairés et pleins de l'Évangile, pour proportionner vos aumônes avec vos revenus; faites-les avec ordre.
Si vous avez des parents pauvres, leurs besoins doivent être préférés. Puis viennent vos serviteurs, les familles de votre paroisse, de vos terres, etc.
1 « L'éducation, disait Joubert, doit être tendre et sévère, et non pas froide et molle. »
Que votre cœur et votre bourse soient ouverts aux indigents; que vos conseils, vos lumières, votre crédit, s'emploient à leur venir en aide, selon les différents genres de misère. Mais souvenez-vous que leurs corps ne sont pas les seuls , et que vous devrez, autant que vous le pourrez, faire servir votre charité au salut de leurs âmes, procurer surtout dans les campagnes de bons livres et de solides instructions, afin d'attirer sur vous et sur ceux qui dépendront de vous les grâces du ciel.