VIII. - Le travail
Le véritable et unique moyen de conserver vos mœurs est l'occupation et le travail.
Bien employer le temps, c'est savoir vivre; être désœuvré, c'est végéter. Le premier est de l'homme, le second est de l'animal.
Levez -vous malin , c'est d'ailleurs salutaire pour la santé. Réglez le temps que vous devez donner au sommeil; on blesse la tempérance en dormant trop, comme en buvant et mangeant au delà du nécessaire.
Raisonnez sur la nouvelle journée que Dieu vous donne, distribuez vos heures, ayez de Tordre et de l'exactitude, et ne renvoyez jamais au lendemain ce que vous pourrez exécuter le jour même. Quand on renvoie, les travaux ou les affaires s'accumulent, on les fait avec précipitation et l'on a plus de peine.
Fuyez l'oisiveté ; celui qui ne fait rien pense à mal faire; or il ne suffit pas de ne point faire mal et du mal, il faut faire bien, mieux et du bien. Lorsque vous songerez à moi, souvenez -vous des conseils que je vous ai donnés pour vous rendre heureux. La vie est un présent du ciel; nous devons en" user
avec reconnaissance. C'est le plus grand des bienfaits pour ceux qui en font bon usage, et un don funeste pour celui qui ne sait pas en jouir.
Lorsque vous aurez quelques mauvaises pensées, détournez -en tout de suite votre esprit; occupezvous d'un autre objet qui fasse diversion. S'il vous arrive malgré votre bonne volonté de faire quelque chose de mal, ne vous découragez pas, mais tenezvous sur vos gardes et redoublez d'ardeur pour bien agir.
Défîez-vous du penchant à ne rechercher que les choses qui plaisent, et préservez -vous de cette inconstance trop naturelle aux jeunes gens qui les jette dans des résolutions extrêmes. Apprenez à vous connaître, étudiez -vous, instruisez -vous par les exemples des autres, et vous verrez que nul bien ne nous arrive jamais sans peine, et qu'il est moins difficile de l'acquérir que d'en user sagement.
Ayez sans cesse en vue que vous devez rendre gloire à Dieu, combler de satisfactions vos parents et être utiles à votre patrie. Pour y réussir, il vous faut des talents et la sagesse; voilà plus qu'il n'est nécessaire pour vous encourager.
Pensez aussi que vous n'êtes que les dépositaires de notre nom, et que vous aurez à le transmettre avec honneur à vos enfants. S'il ne vous est pas donné de l'illustrer, au moins rendez-le recommandable par vos vertus; ce nom n'a jamais eu une tache, soyez -en dignes.
Voici une des maximes dans lesquelles nos pères nous ont élevés : « Celui qui ne travaille pas ne mérite pas de vivre*. » Je vous la rappelle pour que vous en fassiez votre profit, et je finis par une autre dont l'observance vous conduira à la perfection : « Quelle que soit la vocation que Dieu vous inspire de suivre, dans vos rapports avec vos supérieurs comme dans ceux que vous avez avec nous et avec vos maîtres, aimez la vérité qui vous reprend, et craignez la vérité qui vous flatte. »
1 Saint Paul, II Thess., v, 12.