‹ Une Grande dame dans son ménage au temps de Louis XIV, d'après le journal de la comtesse de Rochefort (1689) (volume 2)Chapitre 45 sur 68 · XI. — L'union entre les irères · texte numérisé non relu

XI. — L'union entre les irères

L'ordre des devoirs est de savoir bien vivre avec Dieu, avec ses supérieurs, avec ses égaux, avec ses inférieurs et avec soi-même.

Je vous ai dit comment on vit bien avec soi-même, lorsqu'on vit bien avec Dieu. J'arrive maintenant à votre vie dans la famille et hors d'elle.

Aimez -nous comme de bons parents qui vous chérissent tendrement et sans préférences ; mais ne vous aimez pas moins les uns les autres comme de bons frères.

Il faut que vous vous aimiez non seulement aujourd'hui , mais toujours, de manière à n'avoir qu'un seul esprit, à vous dire avec confiance et sans réserve toutes vos pensées et vos actions, et à vous entr'aider mutuellement pendant le cours de votre existence. Il y aura peut-être quelques sacrifices à vous imposer pour garder une harmonie si nécessaire; mais vous en serez dédommagés au delà de ce que vous pouvez croire. L'union qui subsistera entre vous vous sera aussi agréable qu'avantageuse, et elle vous fera un honneur infini.

Donc, au nom de toute mon affection et de ma puissance paternelle, je vous conjure, je vous commande de garder entre vous, après ma mort, la parfaite amitié et la concorde fraternelle, que j'ai nourries entre vous de mon vivant. Promettez-lemoi, et je mourrai content. Instruisez -vous par l'exemple des familles heureuses. Ne sont-ce pas celles qui se maintiennent et se conservent? Dieu lui-même n'a-t-il pas dit : « Mon esprit se plaît en trois choses qui soiit en honneur devant Moi et devant les hommes : l'union entre les frères, l'amour entre les proches , un mari et une femme qui vivent dans un parfait accord x . — Un frère qui est aidé par son frère est une cité forte-. — Oh! qu'elle est douce, qu'elle est délicieuse l'union qui règne dans une société de frères! C'est au sein de la concorde que rAeuvent les doyis célestes; c'est là que Dieu donne des jours sans fin 3 ? »

Quant aux autres , voyez où les conduisent la iésunion, les discordes intestines et surtout les procès; leur ruine est presque fatale. Malheur à celui l'entre vous qui troublerait la paix de la famille. |i Le Seigneur, est -il dit dans les Livres saints, \ en abomination celui qui sème la discorde entre ses rères*. » C'est encore une maxime que l'expérience i'a jamais démentie.

1 Eccli. xxv, 1, 2.

| 2 Prov. xvin, 19.

j 3 Ps. cxxxn, 1-3.

4 Prov. vi, 16-19.

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