‹ Une Grande dame dans son ménage au temps de Louis XIV, d'après le journal de la comtesse de Rochefort (1689) (volume 2)Chapitre 48 sur 68 · XIV. — Le dévouement au prochain et les rapports sociaux · texte numérisé non relu

XIV. — Le dévouement au prochain et les rapports sociaux

A cette union intime joignez un commerce plus général avec vos semblables; mais connaissez -les bien, étudiez-les avant de vous lier à eux. En règle générale, parlez peu de vous-mêmes et de vos affaires. Soyez prudents.

La prudence est. la première des vertus cardinales, parce qu'elle conserve toutes les autres : c'est la plus utile des qualités, et cependant comme elle est souvent oubliée !

Plus la prudence se manifeste, plus elle donne d'autorité à celui qui la possède. Elle ne se trouve que dans les personnes de bon sens qui ont l'esprit juste et solide. User en toute occasion de ménagement et de réserve pour soi et pour les autres, savoir parler à propos et se taire, projeter des choses justes et raisonnables, et prendre les moyens convenables et légitimes pour y réussir : voilà en quoi elle consiste. Voyez comme Jésus- Christ loue les enfants du siècle de leur prudence pour leurs intérêts temporels, et comme il propose en eux presque des exemples à suivre aux enfants de lumière. Les chrétiens ne doivent pas être prudents , selon l'es-

prit du monde qui sacrifie tout au succès; ils ont à exercer cette vertu en vue de Dieu, pour se ménager des jours saints qui leur assurent la vie bienheureuse.

Cette prudence vous empêchera de vous brouiller avec personne. Pour cela, habituez-vous à avoir avec tout le monde des procédés honnêtes : le dernier des hommes, qu'on a pour ennemi, peut créer bien des désagréments.

Méfiez -vous de votre vivacité, n'ayez pas des airs de hauteur, ni un amour- propre mal entendu. Évitez la raillerie : elle est un effet de l'envie, c'est-àdire d'un des sentiments les plus bas et les moins avouables.

Montrez-vous nobles de cœur, c'est-à-dire généreux, dévoués, désintéressés. Observez fidèlement ce principe simple et sublime : « Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qui vous fût fait; faites à autrui ce que vous voudriez qui vous fût fait. » Vous réussirez à le pratiquer, si l'amour de Dieu et celui du prochain sont la règle de vos actes. Le premier vous empêchera de rien faire contre votre conscience, et le second de porter tort à personne. Par là, vous serez bénis de Dieu en ce monde, et récompensés par lui dans l'autre. Tous ceux avec lesquels vous aurez des rapports vous estimeront; ils vous regarderont comme de parfaits gens de bien, et l'édification produite sur eux par vos exemples fera qu'ils tâcheront de vous imiter.

Les hommes ne seront bienveillants pour vous qu'autant que vous le serez pour eux. Le grand art dans la vie est de s'oublier, de parler aux autres de ce qui les intéresse, et de les faire valoir sans les flatter. Là est la vraie politesse : elle fera que vos supérieurs seront touchés de recevoir de vous le respect auquel ils ont droit; vos égaux, de trouver l'estime qu'ils ambitionnent; et vos inférieurs, la bonté qu'ils rencontrent souvent si peu.

Mais que le désir de plaire ne vous jette pas, non plus, dans un autre défaut, aujourd'hui trop commun. Sachez qu'il ne faut pas avoir des égards pour des gens qui ne les méritent pas, et qu'à cela se reconnaît la dignité du caractère. Tl y a là -dessus une ligne de démarcation à laquelle se sont toujours arrêtés les hommes d'honneur. La droiture de votre esprit et votre expérience vous la feront discerner en pratique.

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