XIX. — Les serviteurs et subordonnés
D'autres obligations vous attendent encore comme maîtres ou maîtresse de maison. N'oubliez jamais que vous devrez à vos domestiques, et en général à tous ceux qui vous seront subordonnés, secours dans leurs maux, indulgence pour leurs faiblesses, justice pour leurs réclamations, bon exemple et instruction pour tout ce qui a rapport à leur conduite chrétienne.
Les serviteurs doivent être mis au rang des enfants pour le soin que l'on est tenu d'en prendre; et les femmes sont plus spécialement chargées de ce soin.
Il ne suffît pas de leur payer exactement leur salaire, chose essentielle et qui s'impose à tout honnête homme; il faut veiller aussi à leurs mœurs et leur témoigner l'intérêt qu'ils méritent.
Dieu n'a pas fait des créatures semblables à nous uniquement pour nous servir. Sa providence a établi différents états, afin qu'ils s'aident réciproquement et que tous concourent au salut les uns des autres. Les maîtres répondront des vices que leurs serviteurs auront contractés chez eux, faute de s^oc-
cuper d'eux, de les corriger et de leur donner de bons exemples.
Vous serez obligés de les reprendre , c'est un devoir pour vous; mais faites-le avec douceur, charité et affection , c'en est un autre non moins commandé par Dieu. Ils sont hommes comme nous; ils sont assez malheureux d'être astreints à se plier tout le jour à nos volontés, sans avoir la liberté de s'en plaindre. Y a-t-il rien de plus dur que cet état? Et, quand on sait penser, ne doit-on pas chercher à l'adoucir par un air de bonté, en les louant et les récompensant pour ce qu'ils font bien?
On juge ordinairement de ce que nous sommes par la manière dont nous nous conduisons envers nos serviteurs, et l'on a raison. C'est d'après cela que vous serez jugés vous-mêmes.
Prenez garde de tomber dans un défaut non moins fâcheux, celui de la familiarité. Les gens de cette condition se croient vite des gens nécessaires dont on ne peut se passer. Lorsqu'on se livre trop à eux , ils en mésusent et veulent devenir les maîtres. Rien n'est plus dangereux pour une jeune personne, pourune jeune femme, que de faire des confidences à ses domestiques.
Connaissez-les bien; apprenez ainsi à les bien commander et à n'exiger rien d'eux au delà de leur portée.
Ne les oubliez pas dans leurs vieux jours, s'ils vous demeurent attachés et fidèles. Réservez-leur une place dans votre testament.
Agissez de même pour ceux qui, sans être au service de votre personne, emploient toutes leurs forces à faire valoir vos biens.
Par cette conduite, vous serez aimés et respectés de vos gens; ils vous regarderont presque comme si vous étiez leur père ou leur mère. C'est le moyen sûr pour vous d'être bien servis et d'attirer sur votre maison les bénédictions célestes.