‹ Une grande dame dans son ménage au temps de Louis XIV d'après le journal de la comtesse deChapitre 2 sur 13 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

SOHM&IKE : RochEfoit, soii cbilcau cl sa baronnic au maytn âge. — Son site pitioresqae. — Ses forètj, où l'on chassait le chevreuil il y a deux cents ans. — Familles qui l'ont successîvenienl possédé. — L«s Porcellels, sts Douveaui seigneurs en 1668.— Le 5 aoât 16B;, poné en dot par Madeleine des Porcellets ^ André de Brancas. — Les Brancas-Cetesie el les Braucas-Villars. — Ceux-ci, exemples de ce qu'étaient alors certaines familles de cour. — Le jeu achevant de ruiner tes familles. — Crise agricole venant aggraver lear situation besogneuse. — André de Brancas, comte de Rochefort, criblé de dettes.

IL y a plusieurs Rochefort en France. Celui qui va nous occuper est presque provençal, tant il est voisin d'Avignon , de l'autre côté du Rhône : c'est un village ressemblant beaucoup à tous ceux

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du Midi, qui s'étage en amphithéâtre sur les flancs d'u^ rocher complètement isolé des hauteurs environnantes, et auquel la vieille église romane dont il est couronné prête un aspect très pittoresque. Aujourd'hui, il n'est plus qu'une petite commune du département du Gard. Jadis, il fut le siège d'une importante baronnie, et son nom, qui n'a jamais changé depuis le xii® siècle ^'\ indique ce qu'il fut dès l'origine comme place forte et lieu de défense. Posé en sentinelle aux confins du Languedoc, du Comtat et de la Provence, entre Avignon, Beaucaire et Uzès, le castrum de Rochefort commandait à un grand massif montagneux, où s'échelonnèrent de nombreux villages, à mesure que s'étendirent les défrichements accomplis par les moines agriculteurs du moyen âge : Pujaut, Saze, Estezargues, Domazan, Tournés, et, un peu plus haut, Tavel, Saint-Hilaire d'Oizillan, Valliguières. La plupart de ces villages avaient pris naissance autour de prieurés. Quand s'organisa la féodalité, le tout dans un intérêt mi- Utaire, fut érigé en baronnie ^^\ et ce camp re-

(i) Le cartulaire de l'abbaye de Franquevaux, près Vauvert, nous donne la date la plus ancienne qui soit connue sur Rochefort. C'est un texte de 1169, où ce village est mentionné sous Iç nom de Roca Fortis. Aux archives de Valliguières, un acte de 13 12 parle du caS' trum de Rupe Forti, et un autre de 1329 cite terrant et baroniam Rupis Fortis. — Communication du regretté M. A. Canron.

(2) A la baronnie de Rochefort appartenaient tous les villages que nous venons de nommer, d'après M. E. Germer-Durand, Dictionnaire topographique du département du Gard, 1868.

tranché eut un gouvernement seigneurial, dont Rochefort fut le chef-lieu. Comment les seigneurs des derniers siècles échangèrent-ils leur titre de baron contre celui de comte? Aucun texte n'a pu nous l'apprendre, et la chose, du reste, ne vaut pas la peiae d'être recherchée.

Il ne subsiste rien de l'ancien château fort, et ses ruines mêmes ont disparu. S'il fallait en croire une tradition, il aurait été détruit, en 1567, par les bandes calvinistes du 'baron des Adrets. Mais -des témoignages nous attestent, à ne pas en douter, son existence au xvii® siècle : d'abord un curieux dessin appartenant à un manuscrit de cette époque ^'^, où il est représenté avec son donjon, sa haute tour sur la plate-forme de laquelle veillait le guetteur, et l'ensemble de ses constructions imposantes ; puis une délibération communale du 3 mars 1658, où la tour seigneuriale apparaît toujours debout. Est-ce-là qu'en 1689 aurait résidé notre comtesse de Rochefort? serait-ce dans « la haute salle » du vieux donjon que^ le 8 novembre 1693, le comte de Rochefort aurait reçu les consuls et conseillers, suivis des gens du pays, venant le complimenter « sur son nouvel office et dignité », et lui auraient rendu « très humbles

(i) Ce manuscrit, intitulé : les Églises et Chapelles dédiées à la Mère de Dieu, et contenant une notice sur Notre-Dame de Rochefort, eut pour auteur un Père Laudun, dominicain du couvent d'Avignon. Il est conservé au musée Calvet.

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grâces de ce qu'il avoit bien voulu acquérir ledit office, pour être à double titre le père et le protecteur de la communauté ^'^? » Nous manquons à cet égard d'indications précises; ce que nous savons, c'est que sauf un petit nombre de donjons primitifs transformés plus tard en de superbes résidences seigneuriales, comme celui des Monteynard à Montfrin^*^, presque tous se trouvaient abandonnés par leurs propriétaires, qui leur avaient préféré des habitations d'un moins difficile accès et plus commodes. A l'entrée du village, s'élève une maison d'assez belle apparence, servant aujourd'hui d'école, et que l'on suppose avoir été la demeure des seigneurs, dans les années qui précédèrent la Révolution. En fait de souvenirs, les nouvelles générations ne vont pas loin dans une histoire qui devrait leur être familière,, celle de leur pays.

Q.uoi qu'il en soit, à défaut de l'ancien château, l'emplacement, où il commanda longtemps à la baronnie, continue à charmer les amateurs du pittoresque. De ce point, on jouit d'une de

(i) On sait quelle prodigieuse quantité d'offices de toute nature fut créée à cette époque, dans un intérêt exclusivement fiscal. Parmi eux, l'établissement de maires perpétuels, édicté le 27 août 1692, émut au plus haut point les populations du Midi, accoutumées depuis des siècles à s'administrer elles-mêmes en toute liberté. En Provence, le pays se racheta, en corps, par un abonnement.

(2) Il fut reconstruit grandement et magnifiquement sous le règne de Louis XV, par le Monteynard, qui fut ministre de la guerre.

ces vues comme le Midi a le privilège de pouvoir les faire admirer, sans nuages et illuminées des splendeurs de son soleil: — au premier plan, la vallée elle-même, qu'entoure un immense cirque de collines ; puis, au delà, un horizon indéfini de montagnes.

Veut-on agrandir et embellir encore le tableau ? qu'on gravisse un rocher se dressant en face du village, à environ 1,500 mètres, et dont le côté tronqué est plus élevé. Très abrupte, il porte également une église, mais celle-ci n'ayant pas cessé de servir au culte, et même gardîenne par excellence de cette foi qui, datant des premiers âges, devait faire et fait de Rochefort, depuis des siècles, un lieu de pèlerinage des plus populaires. C'est le célèbre sanctuaire de Notre-Dame de Grâce ; Nostre-Dame de Roque-Vermeille, disait-on poétiquement autrefois ('>. Bientôt il revivra sous nos yeux dans sa belle époque, et il y aura là, pour nous, un frappant contraste entre les mœurs sérieusement chrétiennes de la province et celles de Versailles et de Paris. Dans le moment, soyons tout entiers au panorama qui se déroule : ici le Ventoux, les sommets du Luberon, les cimes dentelées des Alpines; là, les montagnes de la Drôme et de l'Isère, et, dans le lointain, les con-

(i) E. Germer-Durand, Dictionnaire topographique du département du Gard, au mot Rochefort.

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treforts des Alpes ; au nord, les soulèvements éta

gés de TArdèche, etc Charlemagne, dit-on,

aurait été le premier fondateur de cette église, qu'il aurait dédiée à la Vierge Marie et à sainte Victoire, après une bataille gagnée sur les Sarrasins à Arles; assurément, nul site- ne convenait mieux à un pareil ex-voto.

Le pays où nous sommes est un de ceux où les moindres coins de terre témoignent du haut degré de liberté foncière auquel, de bonne heure, s'élevèrent bien des communes rurales. Rochefort fut du nombre de ces communes, et toujours il mit un légitime orgueil à rappeler que, dès la fin du xu* siècle, en 1198, Raymond VI, comte de Toulouse, lui avait concédé, moyennant un cens très modique, la quasi propriété de la meilleure partie de son territoire, même celle des bois <*).

Nous venons de nommer les bois. Que n'y aurait-il pas à dire à leur sujet ? Ce ne sont plus guère que des taillis de chêne vert, et cependant ils sont une des principales ressources communales. Que serait-ce si on avait conservé les futaies d'autrefois, dont les peuplements étaient assez fourrés , encore il y a deux cents ans, pour abriter des chevreuils! Le 24 octobre 1689, une chasse, par laquelle fut fêtée l'arrivée du comte

(1) Cette charte a été publiée par M. Coulondres dans son travail sur la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon (Alais, 1877).

de Rochefort, revenu de Tarrière-ban, lui permit de régaler ses amis d'un chevreuil que lui portèrent les consuls de Saint-Hilaire. Et, pour peu que nous remontions au delà dans le passé, combien plus grande est la surprise ! Croira-t-on que, là, comme dans toute la Provence, n'étaient point rares, non seulement les sangliers, mais même les cerfs? De 1467 à 15 10, les criées qu'on avait coutume de faire dans le voisinage, au château des Issarts, les mentionnent parmi le gibier auquel il est interdit de tirer sans permission; les chasseurs à l'arbalète, ayant ce permis, sont tenus de porter au seigneur du lieu la tète, le quartier droit et la peau^'^ Or il en était ainsi jusque dans la région chaude, de Toulon à Nice. Il y a bien des années, retraçant l'histoire du déboisement de ce littoral, nous nous étonnions que certains vieux chroniqueurs eussent pu être crus là-dessus, sur parole, pour des contrées où lièvres et lapins ont peine à se nourrir, au milieu d' affreux rochers. La découverte de textes ^^^ on ne peut plus positifs met aujourd'hui le fait hors de doute.

(i) Communication de M. le marquis de Forbin des Issarts.

(2) Beaucoup sont du xv" siècle, quelques-uns du xyi" siècle, et tel est leur nombre que nous renonçons à les citer ; mais si curieux est le fait, que nous mentionnerons, d'après eux, comme lieux de chasse au cerf, notammejit : la Roque d'Antheron, la Tour d'Aiguës, Ginaservis, Orves, Barjols, OUières, Vidauban, le Muy, Callian, Vallauris, etc.

Quant à la Provence alpestre, cerfs et sangliers y faisaient de tels ravages^ au xiv* siècle, qu'en 1377, pour encourager leur destruction,

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Chose remarquable ! aux Issarts, dès le xv* siècle, nous voyons fonctionner des maîtrises forestières; de nobles personnages y exercent la charge de maître des eaux et forêts ^'\ et il y a lieu de penser que Rochefort avait un semblable régime. Partout alors, on trouve des défens rigoureusement soustraits aux droits d'usage et à la dent du bétail. C'étaient autant de massifs boisés, à l'image de cette forêt de la Sainte-Baume qui nous est un sujet toujours nouveau d'admiration, comme unique et merveilleux spécimen d'un monde végétal lui aussi disparu.

Ajoutons t}ue les fonds des vallées, tous plus ou moins marécageux, formaient de vastes pâtures. L'érudit même dont le précieux manuscrit est l'occasion de cette esquisse topographique, M. Coulondres, nous apprend que les eaux couvrirent longtemps la vaste plaine comprise entre Pujaut, Saze, Rochefort et les Angles. Sur d'autres territoires limitrophes du Rhône, à Jonquières, par exemple, les bénédictins avaient été les premiers initiateurs en fait de dessèchements. A Rochefort, telle était la configuration de la vallée, que l'entreprise paraissait impossible. Enfin, lorsque éclata la

le grand sénéchal libérait les chasseurs , pour cinq ans , du tribut ordinaire d'un quartier dû aux officiers royaux.

(i) Dans les criées du château des Issarts, de 1467 à 15 10, figurent noble Pierre de Sade, seigneur de Mazan, maître des forêts, et Jean de Galliens, maître des eaux. — Communication de M. le marquis de Forbin des Issarts.

renaissance rurale dont Henri IV et Sully avaient été les promoteurs, en 1603, un gentilhomme bourguignon, Claude de Monrconis, osa la tenter; il y réussit, mais il y sacrifia tout son avoir ^*^ Rochefort lui dut la mise en valeur de ses terres, aujourd'hui les plus fertiles.

Ce pays n'a pas seulement le mérite du pittoresque de son site , il ne s'est pas seulement distingué par une grande mission religieuse, dont on suit l'épanouissement d'âge en âge, et par une grande œuvre économique marquant les débuts de l'ère moderne. L'époque féodale lui a laissé une moisson de souvenirs, non moins intéressants, incorporés à son castrum.

Souvenirs tenant surtout aux familles qui l'ont possédé! Elles furent des plus illustres. Il commença par être la propriété des comtes de Toulouse. En 1228, la paix conclue entre Raymond Vn et la reine Blanche en rendit maîtres les rois de France. Peu après, Philippe-le-Bel, voulant agrandir le port d'Aiguesmortes , l'échangea avec Giraud Amie, de la maison de Sabran, pour une moitié de Lunel et autres domaines situés sur le littoral méditerranéen. Des Sabran, des mariages le firent passer successivement aux comtes des Baux, aux Laudun, aux AUemans de Montfrin,

(i) Voir l'histoire de ce dessèchement dans le travail de M.Coulondres sur la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon.

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aux La Baume-Suze. Sauf quelques exceptions, les fiefs primitifs s'étaient tellement morcelés par des partages, qu'à la fin du moyen âge la plupart étaient tombés en poussière presque à Tégal des censives. C'est, du moins, ce qui s'est produit en Provence, et il y a là tout un côté de l'histoire sociale, jusqu'ici à peu près inexploré, sur lequel nous essayerons un jour de jeter quelque lumière. En attendant, notons ce fait caractéristique pour la baronnie de Rochefort, que, par contraire, elle se conserva à peu près intégralement, du moins quant à la juridiction. Pendant quatre cents ans, une succession de familles se la transmirent par des alliances ('\ Pour là première fois, elle fut vendue dans la seconde moitié du xvii^ siècle; et c'est ainsi qu'en 1668, des La Baume-Suze elle arriva à Henry des Porcellets, marquis d'Ubaye.

Madeleine des Porcellets, l'auteur de notre journal, étant fille de cet Henry, pourrions-nous ne pas faire quelque peu connaissance avec les Porcellets ?

Dieu nous garde de nous lancer dans une généalogie sur leur compte ^^M Quel volume ne nous

(i) Nous [résumons ici l'histoire féodale de Rochefort, d'après divers mémoires de la fin du xvm* siècle.

(2) Il y en' a une et des plus étendues : Mémoire généalogique sutla maison des Porcellets. Commercy, 1744.

faudrait-il pas écrire! Jusqu'où n'aurions-nous pas à remonter, si nous devions les prendre à leur berceau, lors de l'expulsion des Sarrasins! Une légende attribuait à leur race et à leur nom des origines ridiculement fabuleuses, dont ils n'avaient nul besoin pour avoir le premier rang. Elle les faisait descendre d'un Porcellos, fils de Rodéric comte de Castille, ainsi appelé, disait-on, à cause du prodigieux accouchement de neuf garçons que fit la comtesse, sa mère, en suite de l'imprécation d'une pauvre femme, à laquelle elle aurait rctusé durement l'aumône, et qui lui aurait souhaité d'avoir autant d'enfants qu'une truie qui passait en menant une bande de petits porcs ou porcellets. Ce qui est sérieux et certain, c'est qu'étabhs à Arles dès le xi* siècle , ils y avaient eu une situation prépondérante, comme seigneurs du vieux bourg de cette ville qui, leur ayant emprunté leur nom, s'appelait la Porcelette ou le bourg des Porcellets^^^. Us y auraient même possédé une sorte de principauté, embrassant une certaine étendue des côtes méditerranéennes; et, encore vers la fin du xvn* siècle, les pêcheurs arlésiens, gardant la tradition d'un très ancien hommage féodal dû par leurs devanciers du moyen âge, leur portaient chaque année, au son des flûtes et des tambou-

(i) Anibert, Mémoires historiques et critiques sous Vancienne Repu» hlique d'Arles, t. I, p. 88.

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rins, le premier des esturgeons de lait péchés par eux dans le Rhône ^*>.

Nous ne les suivrons pas aux Croisades, où ils figurèrent à la suite des comtes de Toulouse ; en Italie, où Charles P'' d'Anjou entraîna avec eux la noblesse de Provence; à Naples, dont ils furent les capitaines et où ils fondèrent des seigneuries ; enfin en Sicile, au milieu des événements dont les Vêpres siciliennes furent le dénouement tragique. La famille regardait, à bon droit, comme un titre d'honneur peu commun, le fait que, seul des Français venus dans le pays en conquérants. Gui- Ihem des Porcellets avait été épargné, pour son esprit de justice qui l'avait fait respecter des populations. Plus tard, le roi René, auquel on prête bien des mots plus ou moins authentiques sur les plus anciennes et les principales familles de son comté, aurait dit d'eux : La grandeur des Porcellets. Lorsque la Provence eut été réunie à la France, après avoir été pendant plusieurs générations dans les conseils de la maison d'Aragon, dans ceux des deux maisons d'Anjou, ces grands Porcellets devinrent modestement gouverneurs et viguiers des château, ville et viguerie de Beaucaire; là,

(i) Artefeuil, Histoire héroïque de la noblesse de Provence, t. II, p. 239.

Il n'est pas un voyageur ayant visité les antiquités d'Arles, qui ne connaisse la chapelle fondée dans les Aliscamps, la vieille nécropole de cette ville, par Jean des Porcellets, seigneur de Galignan (10 janvier 1451). Le blason de la famille est gravé sur sa façade.

sans déchoir, ils tinrent une petite cour, d'autant plus brillante qu'ils comptaient dans leur parenté^ ou parmi leurs alliances, les familles issues des vicomtes de Marseille, des comtes de Forcalquier et des Baux, des comtes de Castellane... Autre trait par lequel ils s'y distinguèrent : en 1639, la peste ayant éclaté à Beaucaire, Antoine des Porcellets, non content de procurer à la ville le secours d'habiles médecins, fit fondre sa vaisselle d'argent et en distribua le prix aux indigents.

Jusque dans un temps où le régime féodal était décrépit, tous ils représentaient bien ce qu'à sa plus belle époque avaient été tant de puissantes dynasties seigneuriales, dont les innombrables et vivaces rejetons se provignaient au loin, comme on disait autrefois, par l'efifet d'une sève inépuisable. Sans compter ceux dispersés en Syrie et à Naples aux xn* et xm® siècles, et plus tard en Lorraine, dans combien de branches n'y aurait-il pas à les montrer se subdivisant en Provence? Mais, seuls, dans leur multitude, nous] intéressent et nous occupent ici les Porcellets, connus sous le titre de marquis de Maillane. Nous les voyons au XVI* siècle former de véritables peuplements, et c'est d'eux que sortirent alors les Porcellets, marquis d'UbayeW.

(1) Tout en voulant épargner à nos lecteurs des détails généalogiques, nous ne pouvons omettre ceux-ci, qui nous reportent à

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Chez ceux-ci, même fécondité. Les enfants y sont presque invariablement de six à neuf, bon nombre se marient, et, au lieu de s'amoindrir, leur situation ne cesse de grandir. Comment y réussirent-ils ? Leur secret s'est perdu avec eux ; mais il est hors de doute que le savoir-faire et l'économie furent pour beaucoup dans leur longue prospérité.

Sous Louis XIV, non seulement on n'épargnait plus, mais on dépensait au delà de toute mesure, et on eût pu citer peu de maisons, ayant quelque ancienneté, qui se fussent maintenues dans leur splendeur première. Les Porcellets faisaient exception parmi elles. Telle était leur fortune foncière qu'elle était devenue et qu'elle est restée proverbiale à Beaucaire, où l'on disait d'eux qu'ils pouvaient, sans sortir de leurs terres, aller le long du Rhône jusqu'à la mer.

une époque des plus brillantes et des plus prospères, celle de Louis XII.

Pierre II des Porcellets, seigneur de Maillane et gouverneur de Beaucaire , eut de Marguerite de Piquet , treize enfants , six fils et sept filles. — Des six fils, cinq laissèrent une postérité : de là quatre nouvelles branches , au nombre desquelles nous nous bornerons à mentionner celle dont fut Tauteur Jean des Porcellets, marquis d'Ubaye. — Des sept filles, cinq également se marièrent. L'une d'elles, Florette, épousa Claude de Grimoard de Beauvoir; on la retrouvera plus loin dans notre deuxième appendice. Une autre, nommée Louise, mariée avec Jean de Budos, baron de Portes, fut Taïeule de Charlotte-Marguerite de Montmorency, par laquelle les Porcellets devinrent les alliés de la maison de Condé et de la royale maison de Bourbon.

Hâtons-nous d'arriver à Henry des Porcellets, le père de Théroïne de nos récits. Il fut des mieux pourvus en plantureux domaines : au marquisat d'Ubaye, il joignait celui de Servies. Il était comte de Laudun, baron de Valérargues, seigneur de Sainte-Cécile, Saint-Christol, Jalène, Montan, Saint- Quentin, la Bouscarasse, Estezargues, Domazan, Tavel, Saint-Hilaire, Valliguières, Lascours, Saint- Maurice. En 1638, avait encore été ajouté à ces fiefs celui de Saint-Roman. Pour lui, trente années après, en 1668, nous le voyons couronner l'œuvre paternelle par l'achat de la baronnie de Rochefort. Comblé de biens, son sort semblait digne d'envie; et cependant il ne fut pas heureux. Marié, le 16 avril 1640,. à Louise d'Albenas de Saint- Ferréol, il n'eut d'elle un fils unique, François- Joseph, que pour le perdre , au moment où toutes ses ambitions étaient satisfaites. Il n'eut la joie, le 9 janvier 1668, de le voir marié avec Marie-Rose de Crussol d'Uzès, une des plus nobles héritières de France, et il ne reçut du roi, de la reine, des princes du sang, l'insigne honneur dont ils le comblèrent en signant à son contrat, que pour pleurer sa mort quatre années après. En 1672, la campagne de Hollande s'étant ouverte, François- Joseph, qui y prit part dans les chevau-légers, sous le nom de baron de Valérargues, fut tué devant Zutphen, sans laisser de postérité.

Deux filles restèrent à Henry : Madeleine-Ursule

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et Louise. Le i8 novembre 1681, celle-ci épousait Henry de Brancas, des barons de Villeneuve; c'était la cadette. Bientôt, un autre mariage était négocié pour l'aînée, Madeleine, avec André- Joseph de Brancas, le second des fils d'Honoré, des comtes de Forcalquier, baron de Cereste^'>; mais trois mois avant qu'il fût accompli, le 16 mai 1683, Henry des Porcellets disparaissait de ce monde.

Ses biens se partagèrent entre ses deux filles. Rochefort échut à Madeleine, et voilà conmient celle-ci, mariée le 5 août suivant, le porta en dot à André- Joseph de Brancas.

Ce que furent les mariages dans l'ancienne France, nous l'avons raconté ailleurs, en distinguant les milieux et les époques <*\ Quel intérêt et quel charme n'avons-nous pas trouvés à les considérer dans la noblesse rurale dé province, chez les gens de parlement et aux divers étages d'une bourgeoisie restée profondément chrétienne ! Là, très longtemps, et même jusqu'à la Révolution , grâce à une simplicité que n'avaient pas entamée les envahissements du luxe, se maintinrent une multitude de familles exemplaires, dont on peut bien dire qu'elles eurent, dans sa plénitude,

(i) D'un premier mariage avec Marie de Castellane-Adhémair, Honoré de Brancas avait eu un fils , Henry , qui fut après lui chef de la maison de Brancas. André-Joseph , qui épousa Madeleine des Porcellets, était né d*un second mariage d*Honoré avec Françoise de Camhis.

(2) Les Familles et la Société en France, avant la Révolution, t. II.

le bonheur domestique. Leurs Livres de raison en témoignent; ils nous disent quelle sollicitude les parents mettaient à concilier les intérêts du foyer et du patrimoine avec les convenances morales et avec les inclinations de leurs enfants. Mais aujourd'hui nous voilà transportés dans un monde très diflférent, où trop souvent l'orgueil du nom, l'éclat des alliances, des calculs et des intérêts d'ambition décidaient des mariages (*> ; et tel semble avoir été un peu le cas de Madeleine des Porcellets épousant un homme dont la famille était des mieux en cour, mais dissipateur.

Les Porcellets, disions-nous, avaient été jusque-là remarquables par leur esprit de conservation* Tout autres nous apparaissent les Brancas, et même la plupart d'entre eux furent typiques dans le sens contraire.

Pour eux, non plus, nous ne nous jetterons dans le dédale des généalogies. Ce qu'ils avaient été en Italie, au service de l'Église, qui compta dans leur famille jusqu'à six cardinaux, leur rôle à Avignon,

(i) M. Ernest Bertin n'a rien laissé à dire sur ce sujet , dans un livre dont la lecture est vraiment poignante. Les Mémoires de Saint- Simon sont la source où il a surtout puisé; et les familles de cour, soit celles qui en avaient pris les mœurs , sont presque exclusivement celles qu'il met en scène. Mais alors pourquoi intituler ce livre : les Mariages dans l'ancienne société française! La France auraitelle donc été toute à Paris et à Versailles? Non, elle n'était pas là; la vraie France se trouvait ailleurs, et nos études ont pour but de la restituer à l'histoire, d'après les textes.

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OÙ ils s'étaient transplantés sur la fin du xiv* siècle, est étranger à nos études.

Prenons-les du jour où, après avoir recueilli, d'une branche des Sabran, le peu de biens que des partages avaient laissé à ceux-ci dans l'héritage des comtes de Forcalquier ^^\ à leur tour ils se divisèrent en deux branches, les Brancas-Cereste et les Brancas-Villars, A force de se morceler, leur patrimoine à chacun s'était considérablement réduit ; mais grande était leur naissance , héréditaire leur bravoure, et cela leur mérita d'être comblés des faveurs royales.

Sous ce rapport, les Brancas-Villars, tout ca-

(i) Nous Tavons déjà observé, il y aurait toute une étude à faire sur le morcellement des fiefs en Provence au moyen âge. Ici , s*en offre à nous un exemple.

En I220, une sentence arbitrale, rendue entre Raimond Bérenger, qualifié comte de Provence et de Forcalquier, et Guilhem de Sabran, qualifié comte de Forcalquier, avait mis fin à leur compétition sur ce dernier comté, en le partageant en deux portions égales. Raimond Bérenger en avait eu la moitié septentrionale, de Mane à Sisteron, et Guilhem la moitié méridionale, les droits sur Avignon et sur risle demeurant communs aux deux intéressés.

Telle était encore la part de Sabran qu'elle constituait un véritable petit État, et que Guilhem put , sans outrecuidance ,. se parer de la vieille formule : « Comte par la grâce de Dieu. »

Mais, dès sa mort, son domaine se divisa, et bientôt de nouveaux partages vinrent le mettre en poussière» si bien qu'aucun de ses petits-fils n'osa garder le titre de comte, porté encore par un de ses fils. Sa descendance, soit directe, soit substituée, se ramifia en branches multiples, ayant chacune pour seigneuries quelques villages, les unes au midi, les autres au nord du Luberon. Parmi les premières, il faut citer celle d'Ansouïs , à laquelle appartenait Saint- Elzéar, et, parmi les dernières, celle de Cereste, dont héritèrent en 1483 les Brancas. — Communication de M. de Berluc-Pénissis.

dets qu'ils fussent, dépassèrent d'abord et de beaucoup leurs aînés. Sully avait connu l'amiral de ce nom ^'K C'était un grand batailleur et un ardent ligueur, un homme de fer qui avait soutenu en héros le siège de Rouen contre Henri IV, mais qui non moins fin politique, ne s'était pas oublié lui-même, quand il lui avait fallu se soumettre, se faisant maintenir dans toutes ses charges, plus 120,000 livres pour payer ses dettes. Et Sully de nous le dépeindre prenant alors le train d'un prince, paraissant à la cour escorté de plus de cent gentilshommes de la première noblesse de France. Georges, son cadet, était de la même trempe; l'amiral étant mort en 1595 sans postérité, il lui succéda dans ses biens et sa lieutenance de Normandie, pour s'élever ensuite plus haut encore. Ses devanciers lui avaient transmis et il possédait dans le diocèse d'Apt une terre sans château, un hameau sans remparts, mais dominé par une tour. Son nom de Villars seul était brillant. Sur cette terre de Villars, en 1627, il obtenait de Louis XIII, faveur inouïe! l'établissement de l'unique duchépairie qui ait jamais existé en Provence.

Voilà donc les Brancas -Villars ducs et pairs. A quoi désormais ne pourront-ils prétendre?

(r) André-Jean-Baptiste de Brancas- Villars. Son portrait est au musée Calvet d'Avignon , à qui il fut donné en 1837, P^'' ^' ^^ Brancas, duc de Cereste.

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« Il ne faut pas s'étonner », avait dit le chancelier L'Hôpital, « si tant de grandes et illustres familles que nos pères ont veues au sortir de terre, ou d'un estre médiocre, monter tout à coup à une excessive et démesurée hauteur, se sont non seulement rabaissées , mais presque évanouies,comme si elles n'avoient jamais esté (*>. »

C'est ce qui allait se produire pour les Brancas- Villars. Riches, non par leurs biens fonciers, qui étaient peu de chose, mais par des faveurs royales presque illimitées, la tête leur tourna. Le second des fils de Georges, Charles, surnommé le Distrait, est particulièrement célèbre à ce titre. La Bruyère le prit pour modèle dans son Ménalque; M""*^ de Sévigné en faisait un de ses amusements de société ^^K Lorqu'il disparut de la scène, en janvier 1681, M"*" de Scudéry dit de lui en manière d'oraison funèbre : « Brancas est mort

(i) Traité de la réformation de la justice, t. I, p. 165. — Œuvres de VHospital, publiées en 1824 par M. Dufey.

(2) « Brancas versa, il y a trois ou quatre jours, dans un fossé Il s'y établit si bien, qu'il demandait à ceux qui allèrent le secourir ce qu'ils désiraient de son service. Toutes ses glaces étaient cassées, et sa tête l'aurait été, s'il n'était plus heureux que sage. Toute cette aventure n'a fait aucune distraction à sa rêverie. Je lui ai mandé ce matin que je lui apprenais qu'il avait versé, qu'il avait pensé se rompre le cou , qu'il était le seul dans Paris qui ne sût point cette nouvelle, et que je voulais lui en marquer mon inquiétude. J'attends sa réponse. » (10 avril 1671.)

« M°*" de Coulanges me mande qu'elle n'a point de nouvelles de Brancas» sinon que > de six chevaux de carrosse, il ne lui en est resté qu'un, et qu'il est le dernier qui s'en soit aperçu. » (lo juin 1671.)

fort chrétiennement. On demanda, au coucher du roi, s'il avait fait son testament. Ce badin de comte de Grammont répondit que oui, et qu'il avait fondé un hôpital pour tous les princes et ducs de France ruinés, lesquels se disposaient à y aller ^'\ » Très singulier également fot son aîné, Louis-François, duc de Villars. Sa bosse lui avait valu le sobriquet de gobin : on l'appelait familièrement Gobin Brancas, ce qui ne l'empêchait pas, selon le mot plaisant de Bussy, d'être « un duc charmant ». N'avait-il pas su conquérir (un peu sans doute à cause de son tabouret à la cour) le cœur de trois femmes ? Le dernier de ses mariages, en 1678, fut la fable de tout Paris. Court d'argent, il s'était fait prêter 10,000 livres par la marquise de la Boulaye, avec promesse de l'épouser; il manqua à sa parole, la marquise réclama son argent, et des mois s'écoulèrent avant que, faisant flèche de tout bois, il pût s'exécuter <*\

Enfin, dans la galerie de ces originaux, comment ne pas mentionner, tout au moins, Louis, fils du précédent, et dont Saint-Simon nous fait un portrait qui ne caractérise que trop la perturbation morale propre à un tel milieu? « Homme d'une imagination vive, singulière, plaisante, pleine de traits auxquels on ne pouvait s'attendre, qui sa-

(i) Correspondance de Bussy-Rabuttn, lettre du i6 janvier 1681. (2) Correspondance de Btissy-Rahutin, t. III, p. 351; t. IV, p. 151, 162, 165.

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crifia la fortune à ses plaisirs, pauvre d'ailleurs et fort intéressé, incapable de rien de sérieux^') », après avoir été l'ami et le compagnon de débauche du régent, puis un des prôneurs eflfrénés de Law au point d'en garder le sobriquet de Brancas- Sysiéme^^\ totalement ruiné par ses spéculations, et désespéré, disait-il, « de n'avoir pas de quoi manger du pain sans le dérober à son boulanger ))^3)^ n'ayant pour vivre qu'une pension de mille écus, donnée par le roi, avec ordre de ne plus mettre les pieds à la cour, il ne lui resta d'autre ressource que de se retirer dans l'Oratoire de Paris, où il mourut en 1739.

Saint-Simon ne tarit pas sur le compte de ce Brancas-Villars ; mais que n'a-t-il pas également à nous dire, aH sujet de son fils cadet, connu sous le nom de « marquis d'Oyse », exemple, s'il en fut, « de l'extrême folie d'une part et de l'énorme cupidité de l'autre, allumés en France par le système de Law ! » Le marquis avait trente-

(1) Saint-Simon, t. XII, p. 9.

(2) « Vous savez sans doute que M. de Brancas, qu'on appelle Brancas-Système, parce que, dans le temps des billets, il assommait la cour et la ville de l'apologie du système de Law, qui l'a bien payé de ses éloges, était totalement ruiné... » — Nouvelles de la cour et de la ville, (1734-1738), publiées d'après une correspondance inédite de la Bibliothèque nationale (Paris, Ed. Rouveyre, 1879).

C'est même dans une dépendance de l'hôtel de Brancas, ajoute l'éditeur du journal, M. E. de Barthélémy, qu'au temps du système s'installaient les agioteurs.

(3) Nouvelles de la cour et de la ville (1734-1738), p. Sj,

trois ans; sans ressources, il trouva le Pactole dans « la fille d'André, fameux Mississipien , qui y avait gagné des monts d'or, laquelle n'avait que trois ans », et dont le mariage devait se célébrer dès qu'elle en aurait douze. « Les conditions furent cent mille écus actuellement payés, vingt mille livres par an jusqu'au jour du mariage, un bien immense lors de la consommation, et profusions en attendant aux ducs de Brancas père et fils. Les discours ne furent pas épargnés sur ce beau mariage ^^\ Que ne fait point faire auri sacra famés? Mais l'affaire avorta avant la fin de la bouillie de la future épouse, par la culbute de Law. Les Brancas, qui s'en étaient doutés, le père et les deux fils, s'étaient bien fait payer d'avance; le comble fut que les suites de cette affaire produisirent des procès plus de quinze ans après, qui furent soutenus sans honte. Les Brancas n'y étaient pas sujets <^^ ».

Les moralistes enseignent qu'il y a une hérédité dans le mal comme dans le bien ; nos Livres de raison de Provence nous font admirer là-dessus d'éloquentes adjurations adressées par les parents aux enfants, pour les prémunir contre des désordres de conduite qui feraient leur malheur et celui des générations à venir. Dans l'un d'eux nous

(i) « Toutes les petites filles, écrivait Mathieu Marais, ne veulent plus avoir de poupées et demandent des marquis d'Oyse pour jouer » . (2) Saint-Simon, t. XI, p. 289.

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lisons au sujet du mariage : « On n'est sûr que des vertus qui tiennent au sang ; celles-là seules ne se démentent jamais. Les familles parmi les hommes sont comme les familles parmi les plantes : les unes produisent la vertu , comme les roses la suavité de leurs parfums ; les autres produisent le vice et la honte, comme les plantes vénéneuses répandent une odeur fétide. C'est pourquoi, mes enfants, il faut vous attachera une bonne race^'\ » Rien ne vaut donc, comme preuve expérimentale du vrai et du bien , l'histoire même des familles ; et M. de Loménie l'a fait ressortir, au sujet de cette branche des Brancas, dans son étude sur une autre comtesse de Rochefort (celle-ci du xviii*^ siècle), en montrant « leur pointe de bizarrerie, plus ou moins déréglée, se perpétuant et se reproduisant plus tard en la personne du comte de Lauraguais. »

Quelle n'avait pas été la splendeur des Brancas- Villars ! Si haut les avait placés leur duché-pairie, que, malgré le titre de comtes de Forcalquier pris par leurs aînés, les barons de Cereste, ceux-ci étaient, auprès d'eux, de petits personnages. Et n est-ce pas même par leur crédit qu'ils purent s'élever? Honoré, le père de notre André, comte de Rochefort, fut gouverneur de la ville d'Apt;

(i) Livre de raison d'Antoine de Courtois, de Sault. La Vie domestique, t. I, p. 163.

Henry, qui, après lui, fut le chef de la maison, réussit en 1674 à faire ériger sa baronnie en marquisat ^'\ Or, vint le jour où, ceux-ci montant toujours pendant que les autres dégringolaient de l'échelle, les situations premières furent renversées à leur profit. Louis-Toussaint de Brancas, un des fils d'Henry, fut un personnage considérable, sur lequel Saint-Simon, qui n'épargnait personne, n'a pas trouvé à mordre de sa plume acérée : « C'était un grand homme, fort bien fait, d'une figure avenante, avec des manières polies, aisées, entrantes, et qui, aîné de quinze frères ou sœurs, avec sept ou huit mille livres de rente entre eux tous, était devenu conseiller d'État, chevalier du Saint-Esprit et de la Toison, lieutenant général en Provence, gouverneur de Nantes , et tenant les États de Bretagne, grand d'Espagne , et maréchal de France ^^\ » Dans ses vieux jours, il

(i) Le frère aine d'André, devenu chef de la maison de Brancas, s'établit à Pernes (Vaucluse) , après son mariage avec Dorothée de Cheylus, et il y menait une grande existence dans un hôtel magnifique, qui plus tard fut vendu par le maréchal.

(2) Saint-Simon, t. VIII, p. 224.

Parmi les innombrables enfants d'Henry de Brancas, nommons, à côté et même au-dessus du maréchal , le cinquième frère de ce dernier, Jean-Baptiste-Antoine de Brancas , lequel , entré dans les ordres, et en 1729 ayant remplacé, comme archevêque d'Aix, Mgr de Vintimille, déploya d'admirables vertus apostoliques pendant les quarante et une années de son épiscopat. « Il fut le fondateur du petit séminaire, » grava-t-on sur sa tombe, « un observateur ardent de la discipline et de la foi, le modèle et le généreux bienfaiteur de son clergé, le père de la patrie et le refuge des pauvres. Il a soutenu, pendant ^ vie, beaucoup de maisons et d'innombrables familles...»

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fit de son hôtel à Paris, et de l'appartement que le roi lui avait donné à Meudon, de brillants lieux de réception pour la société la plus distinguée et la plus lettrée; réceptions auxquelles présidait sa fille, une autre comtesse de Rochefort, dont la figure est si différente en tout point de celle que nous allons essayer d'esquisser ^^\

Au début de ces simples notes sur les Brancas, nous nous étions promis de ne pas nous étendre sur leur généalogie. Et voilà que, trouvant en eux des personnifications on ne peut plus firappantes du mélange extraordinaire de bien et de mal dont est empreinte la société de cette époque, ils nous ont entraîné beaucoup au-delà de nos premiers desseins.

Si intéressante qu'elle puisse être, n'y insistons pas davantage ^^\ et terminons-la en revenant au mariage de Madeleine des Porcellets, riche héritière, avec André de Brancas, auquel devaient

(i) Louis de Loménie, La Comtesse de Rochefortet ses amis ^ études sur les mœurs en France au xviii* siècle, 1879.

Étrange effet du hasard I à Tinverse de ce qui s'était produit le 5 août 1685, pour André de Brancas-Cereste recevant son titre de comte de Rochefort de Madeleine des Porcellets, sa femme, cinquante-trois ans après, le 13 février 1736, Marie-Thérèse de Brancas-Cereste, fille du maréchal et petite-nièce d'André , prenait pour des lieux différents le même titre, par son mariage avec Jean-Anne- Vincenl de Larlan de Kerkadio, comte de Rochefort, fils d'un président au parlement de Bretagne.

(2) Voir des biographies étendues des Brancas, dans le Dictionnaire historique du département de Vaucluse, par Barjavel, t. I.

échoir des terres incomparablement moindres dans les Alpes. Nous le voyons bien ajouter à son titre héréditaire, qui le rattache aux comtes de Forcalquier, de nombreuses et en apparence brillantes qualités : il est baron de Vitrolles, marquis de Courbons, seigneur de Saint- Vincent, Oizette, Monjustin, Rochebrune, etc. En réalité, quelle était la valeur de tout cela? Sans doute, fort petite: car, sitôt après avoir épousé Madeleine, André prit et garda désormais exclusivement le nom de comte de Rochefort. Mais, s'il n'apportait pas grand'chose, il pouvait se prévaloir du crédit de ses cousins de Paris, et, chose enviable! il avait en perspective le gouvernement de Beaucaire, qu'avaient exercé les Porcellets, marquis de Maillane.

Nous touchons ici à un de ces sujets qui font bien ressortir les énormes changements par lesquels la France de la fin du xvii* siècle ne ressemblait plus du tout à celle du xvi®. Rechercher ce qu'étaient devenus les gouvernements des villes et des provinces en général, et celui de Beaucaire en particulier, serait hors de proportion avec nos esquisses. Disons-en du moins quelques mots.

Longtemps , les pouvoirs d'un gouverneur avaient été presque sans limites. Véritable roi dans le pays où il commandait, c'était une sorte de souveraineté qu'il y exerçait, et, pendant les guerres de religion, la plupart s'y étaient rendus les

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maîtres, au point que Henri IV, pour acheter leur soumission, dut épuiser ses dernières ressources. Après lui, Richelieu commença à les détrôner par la création des intendants. Puis, Louis XIV acheva de les déposséder de toute autorité, ne leur en laissant que les droits honorifiques et limitant à trois années la durée de leurs fonctions. Fonctions uniquement d'apparat; coûteuses étaientelles à ceux dont le rôle ne consistait plus qu'à y faire les rois par leur faste et leur magnificence ^'>; et cela ne les empêchait pas d'être convoitées par les grandes familles, qui, tout en gardant leur situation à la cour, étaient jalouses de ne pas perdre en province leur ancienne prééminence.

Entre tous les châteaux forts du Midi, celui de Beaucaire avait toujours été des plus importants. Quelle n'était pas son ancienneté ! Ne la faisait-on pas remonter jusqu'à Charles Martel? Plus tard,' augmenté de nouvelles fortifications par saint Louis, jusqu'à la réunion de la Provence à la

(i) Dans une de ses lettres, M"* de Sévigné s'indignait contre la décadence où étaient tombées les charges de gouverneur, si belles autrefois. « Trouvez- vous bien noble et bien juste », écrivait-elle à sa fille, « de se faire un mérite de dégrader ce beau gouvernement de Bretagne?... Hélas 1 ces pauvres gouverneurs, que ne font-ils pas pour plaire à leur maître? avec quelle joie, avec quel zèle ne courentils point à l'hôpital pour son service I Comptent-ils pour quelque chose leur santé, leurs plaisirs, leurs affaires, leurs vies, quand il est question de lui plaire? £t on leur plaindra un honneur, une distinction, une occasion de faire plaisir à des gens de qualité dans une province? Et pourquoi veulent-ils être honorés tt faire les rwV? n'estce pas pour lé service du vrai roi ?

France, il avait été considéré comme une des principales clefs du royaume. Autour de lui s'était groupée et se maintint une noblesse aux mœurs guerrières. Sorti sain et sauf- de la tempête du XVI* siècle, épargné par ses dévastations, il allait périr au xvn* dans de tragiques circonstances. En 1632, la révolte du duc de Montmorency, dans laquelle entra Henry de Fayn , qui en était gouverneur, provoqua sa démolition, à la suite d'un siège où les habitants, restés fidèles à la cause royale, avaient par l'énergie de leur résistance ^'^ laissé au roi le temps de les secourir. Sur leurs instances, Louis Xm leur avait permis de le démanteler (^>. Depuis lors, la charge de gouverneur avait été, sinon supprimée, du moins rendue vacante ; seul le titre en subsistait, et les consuls mettaient leur orgueil à s'en décorer. Le leur reprendre et en recouvrer les prérogatives, était l'ambition des plus illustres familles Àe Beaucaire et de la région. Ce fut celle de notre Brancas, et rien n'était mieux fait pour lui sourire

(i) Voir, au sujet de ce siège, les Recherches historiques et chrono* logiques sur ïa ville de Beaucaire {Avigaon, 1718), attribuées au marquis de Maillane. — « Notre hôtel de ville, » y est-il dit, « garde en dépôt, comme des actes mémorables, les délibérations prises et les résolutions de ses citoyens de s'ensevelir sous les tuities de leurs maisons, plutôt que de manquer à l'obéissance au souverain légitime. »

(2] On n'en respecta que l'enceinte, laissée à peu près entière, avec une haute tour, d'une belle struaure.

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que Tespérance de pouvoir un jour la satisfaire.

Il devait y réussir, mais seulement une dizaine d'années après. Au moment où nous le voyons entrer dans la carrière, il débutait par de tels embarras d'argent, que ce jour semblait aussi loin que possible.

De la grande fortune territoriale de sa femme, comment usa-t-il ?

Madeleine se montre à cet égard très discrète. Un mot, un seul, la trahira dans son journal, bien malgré elle : c'est lorsqu'en ses jours d'épreuve, pressée de travailler à la conversion de son mari , elle aura à subir de sanglants reproches, au sujet de la mauvaise vie qu'il avait menée jusqu'alors. Le fait est qu'il était criblé de dettes ; suivant les traces des Brancas-Villars, il s'était dépensé et prodigué à tout, hormis au soin de ses propriétés, à la conduite de ses affaires.

Un des fléaux du temps était le jeu, et un jeu effréné. Pour savoir jusqu'où il était poussé, point n'est besoin d'en interroger la chronique scandaleuse^'^ : il sufSt d'ouvrir de simples livres de comptes : eux aussi seraient des témoins à entendre. Dans combien de pages brûlantes n'est-il

(i) Voir La Police sous Louis XIV, par Pierre Clément (Paris, Didier, 1868), p. 80 et suiv.

pas dénoncé comme le principal auteur des tribulations qui ont fondu sur bien des familles ! Combien de parents ont peine à en défendre des fils entraînés par un courant presque irrésistible ! « O gens heureux ! ô demi-dieux ! si vous êtes audessus de la rage de la bassette, si vous vous possédez vous-mêmes, » écrivait M"*' de Sévigné à Bussy-Rabutin (28 décembre 1678). Malgré ses remontrances, sa fille y succombera, et M. de Grignan, un lieutenant général du roi, chargé de faire exécuter des édits, sans cesse renouvelés, contre le Jeu, ne craindra pas de les violer luimême ouvertement. « Je prends part à votre triomphe d'Avignon ; j'entretiens votre compagnie, que je trouve d'un mérite et d'une noblesse que j'honore. Je jouis enfin de votre beau soleil, des rivages charmants de votre beau Rhône;... mais je ne joue point à la bassette, parce que je la crains ^'\,. Je crois être quelquefois près devons : deux grandes tables, deux fois le jour, et une grande bassette dont on ne saurait se passer. » (19 juin et 24 juillet 1689.)

Eh bien ! c'est précisément à cette date de 1689, et sans doute par suite du jeu, que nous trouverons André de Brancas criblé de dettes, après six ans d'un mariage qui aurait dû en faire

(i) Les femmes n'y étaient pas moins passionnées que les hommes ; et certaines d'entre elles, par religion, allaient jusqu'à Élire des vœux pour se l'interdire absolument.

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un personnage des plus opulents. Qui sait même s'il n'avait pas figuré, comme invité des Grignan dans leur beau château, à cette « grande bassette dont on ne saurait se passer ? » Il ne serait pas téméraire de le croire; son aîné, Henry de Brancas-Cereste, n'avait-il pas avec eux des liens étroits de cousinage ^'> ? » Ne serait-ce pas la grande bassette qui l'avait jeté dans la situation critique où M. de Grignan allait tomber de plus haut encore ?

Il semble même que cette passion lui était presque un héritage de famille, et qu'il suivit en cela les exemples paternels. Honoré de Brancas avait été quelque peu poète, si l'on peut appeler poésie les petits vers de salon, qui se fabriquaient par passe-temps à cette époque. Or, quels avaient été ses beaux sujets d'inspiration ? Et que s'était-il évertué à chanter ? Dans un recueil de stances, intitulé : Les plaisirs de la table ^^\ dont la paternité lui est expressément attribuée par l'auteur supposé, sous le nom duquel il l'avait fait pa-

(i) Nous avons déjà noté qu'Henry de Brancas-Cereste, frère aîné d'André, était né d'un premier mariage d'Honoré avec Marie de Castellane-Adhémar, tante de M. de Grignan (31 février 1635). Là ne se bornaient pas les alliances des deux familles. A la fin du siècle précédent, Gaspard de Brancas-Villars, l'aîné de l'amiral, avait épousé Françoise de Castellane-Adfaémar. Le cousinage des Grignan avec les Brancas s'étendait donc aux deux branches de ceux-ci.

(2) Sur cette curiosité plus ou moins littéraire, voir ci-dessous une des dernières notes du chap. VU.

raître en 1655, cet épicurien n'avait eu garde d'oublier les Cartes.

Belles sœurs, dont Tesprit volage

Ne fait voir qu'inesgalité ,

Q^î sans malice ni bonté

Faites du bien et du dommage,

Vous qu*on connaît à tous endrois ,

Q^i ne marchez qu'avec les rois ,

Cartes, partout on vous désire;

Mais , pour éviter le cercueil ,

Qjj*on vous brusle ou qu'on vous déchire ,

Venez-vous-en chez nous recevoir bon accueil.

Sur la fin du siècle, une femme auteur traçait le tableau suivant de la société mondaine d'Avignon : — « Les dames y sont galantes, les messieurs font de la dépense; le jeu, qu'on peut appeler le plaisir universel, est poussé aussi loin que Ton veut. Outre les paisibles parties d'ombre, on en trouve de bassette et de lansquenet dans des maisons de condition, où, tous les aprèsmidi, la compagnie de l'un et de l'autre sexe se rassemble. On voit là de très belles dames mises d'un fort bon air; les unes coupent au lansquenet, les autres pontent à la bassette, et d'autres se donnent des airs penchés sur des canapés, et poussent de beaux sentiments avec des cavaliers bien tournés ^'K »

(i) Lettres historiques et galantes de deux dames de condition, dont l'une était à Paris et Vautre en province, par M"» Dunoyer, édit. d'Amsterdam, 1738, t. I, p. 5.

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La perturbation des fortunes, produite par le luxe et le jeu, fut alors d'autant plus funeste qu'il s'y joignit une crise agricole des plus intenses, crise sur laquelle notre journal nous offrira bien des faits à relever. Telle était la dépréciation de toutes choses, que la propriété avait perdu la moitié de sa valeur. Et ce n'était pas particulier à la Provence ; en Bourgogne, en Bretagne, il en était de même. Probablement, une des causes en était dans des guerres incessantes : elles avaient avili les prix des principales denrées, au point que les fermiers se refusaient à payer leurs rentes et menaçaient de laisser les terres sans culture. Mais le principe du mal se trouvait surtout dans l'abandon de ceux-ci par leurs maîtres. Pour les uns, à Paris et à Versailles, la vie de cour ; pour les autres, en province, une vie non moins désœuvrée et stérile, avaient tari les sources de la production nationale, dans le délaissement des champs et des premiers intérêts ruraux.

M™* de Sévigné se lamentait auprès de son cousin sur la diminution toujours plus grande de ses revenus : « Je ne sais comment vous vous trouvez de vos terres. Pour moi, ma terre de Bourbilly est quasi devenue à rien, par le rabais et le peu de débit des blés (') et autres grains. Il n'y

(i) Déjà, en 1673, il en était de même : « Tout crève ici de blé, » écrivait-elle de Bourbilly, « et de Caron pas un mot, c'est-à-dire pas

a que d y vivre qui pût nous tirer de la misère ; mais, quand on est engagé ailleurs, il est comme impossible de transporter ses revenus. » (31 mai 1687.) Or, telles étaient les moeurs, qu'il fallait n'avoir rien à espérer de la cour, ou même en être proscrit, pour se résigner à vivre aux champs, à s'occuper de ses propriétés. Tel était le cas de Bussy, et sa réponse mérite d'être recueillie, pour sa vérité autant que pour sa franchise : « Je tire plus de mes terres, à proportion, que vous ne tirez de Bourbilly, parce que je suis sur les lieux et que vous en êtes éloignée. Comme vous dites, on vit de ses revenus, quand on les consomme soi-même, et, transportés, ils ne reviennent presque à rien. Pour ce que vous me mandez que, quand on est engagé à la cour, il est impossible d'y transporter ses revenus, je vous dirai que j'en demeure d'accord. Mais, voulez-vous que je vous donne un remède à cela ? Faites-vous exiler <'>, la

un sol... Si vous n'aviez pas de blé, je vous oflFrirais du mien ; j'en ai vingt mille boisseaux à vendre, je crie famine sur un tas de blé... »

(i) L'exil devait profiter à Bussy sous d'autres rapports en ramenant à rechercher le passé de sa famille. « Consolons-nous, Madame, de ce que nous sommes au moins de bonne maison, » écrivait-il à M""* de Sévigné, en lui adressant sa généalogie. « Je le savais confusément, quand j'étais mestre de camp général de cavalerie ; mais ma disgrâce m'a donné le loisir de m'instruire à fond des particularités de ma naissance; et c'est d'ordinaire aussi dans l'adversité qu'on apprend à se- connaître. » Correspondance, t. V, p. 446.

^O MADELEINE DES PORCELLETS

chose n'est pas si difficile qu*on pense, et vous userez de vos denrées à Bourbilly. » (4 juin 1687.)

Ce n'est pas un exil à Rochefort, ni dans une de ses terres propres, qui vint surprendre André de Brancas; ce fut un appel subit à l'armée.

Déjà, par un premier édit, il y en avait eu un fait aux milices. Le 18 décembre 1688, la Galette avait publié cette note officielle : « Le Roy a fait un règlement du 29 du mois dernier, pour mettre sur pied des régiméns de milices, dans toutes les généralités du royaume. » Alors, nul ne pensait à une résurrection de l'arrière-ban proprement dit. Plus tard, telles furent les menaces de l'Europe coalisée, si critiques devinrent les circonstances, qu'on recourut à cette suprême ressource ^'\ En suite de lettres patentes, datées de Versailles le 26 février, et par mandement de Hector de Monteynard, marquis de Montfrin et sénéchal de Beaucaire, tout ce qu'il y avait de gentilshommes dans le pays fut convoqué d'urgence. André de Brancas n'eut que le temps de mettre en état ses équipages, et, le 17 mai, en compagnie de son beaufrère, Henry, du même nom que lui, de la

(r) Le 13 mai 1689, Bussy-Rabutin écrivait à Ur* de Sévîgné : t Voici le troisième arrière-ban que j'ai vu en ma vie ; mais leâ deux premiers furent convoqués à la fin des campagnes, après quelques méchants succès. Cet afrière-ban-cî est fort extraordinaire : c'est en déclarant la guerre qu'on le convoque ; cela marque un excès de précautions. »

COMTESSE DB ROCHEFOttT.

branche des barons de Villeneuve, il partit pour Nîmes, où tous les convoqués appartenant à la sénéchaussée devaient être passés en revue.

n eût fallu moins que cela pour achever sa déconfiture.

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