‹ Une grande famille parlementaire aux XIVe et XVe sièclesChapitre 112 sur 159 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

JEAN-SANS-PEUR ET LES PARISIENS DE 1413 A 1416 LE PARTI DU DUC DE BOURGOGNE

L'émeute cabochienne avait eu une conséquence que l'on était loin de prévoir. Elle ruina pour un temps clans la haute bourgeoisie parisienne et dans l'Université le crédit de Jean-sans-Peur. Beaucoup de ceux qui s'étaient de bonne heure groupés autour du duc de Bourgogne avaient cru trouver en lui, se fiant à ses proclamations, un partisan convaincu des réformes. Son premier crime, l'assassinat du duc d'Orléans, ne lui avait pas aliéné l'opinion publique, le frère du roi était peu populaire, et Jeansans-Peur ayant su légitimer son acte, en accréditant le bruit que le parti Orléanais songeait à détrôner Charles VI et à « le mettre hors de son royaume » d. Les événements de 1413 désabusèrent beaucoup de ceux qui avaient cru en lui ; le mouvement réformateur se changea en émeute : au lieu des bourgeois qui comptaient, après les Etats-Géné-

1. Cf. L. Mirot, Raoul d'Anquetomcille et le prix de l'assassinat du duc d'Orléans, dans Bibl. de l'École des Chartes, t. LXX1I (1911), p. 457. — Ces accusations contre le parti Orléanais, que l'on trouve dès 1408, furent reproduites lors de la prise d'armes de 1411 (cf. Archives mu7iicip.de Gand, chartes n°s 507, 508, 509). Le duc de Bourgogne les reprit en 1413-1414 ; on les retrouve dans une lettre sur les événements parisiens en 1413. (Cf. Champion, Un document inédit sur Vinsurrection de 1413, dans Bulletin de la Société de l'Histoire Of Paris et de l'Ile de France, 1910, p. 36.) — Sur les sentiments provoqués par l'assassinat de Louis d'Orléans, voir : Otto Cartellieri : Biitrage zur Geschichte der Flerzôge ton Burgund. Die Ermordung des Herzogs Ludwig ton Orléans, dans Sitzungsberichte der Heidelberger Akademieder Wissenschaften. Philosophisch-historische Klasse. Jahrgang 19U. 11 Abhandlung.

raux, obtenir de la royauté les garanties administratives souhaitées, ce furent les gens du commun et les exaltés qui voulurent par la force et la violence imposer leur volonté au pouvoir royal. Les scènes qui se déroulèrent à l'hôtel Saint Paul et en présence du dauphin, en furent les manifestations sensibles. Déjà de nombreux bourgeois, de ceux mêmes qui s'étaient jusqu'alors montrés favorables au duc de Bourgogne, s'étaient empressés de quitter la ville *. Les arrestations de Pierre des Essarts, des ducs de Bar et de Bavière et des conseillers du dauphin inquiétèrent la haute bourgeoisie.

Jean-sans-Peur ne sut pas comprendre cette hésitation. Il eût peut-être pu, désavouant les émeutiers, et ralliant les hommes d'ordre, former un parti modéré qui eût triomphé des Cabochiens et empêché le retour victorieux des princes. Loin de calmer l'émeute, il se laissa dominer par elle. Il protégea ses fauteurs les plus compromis, les Saint- Yon, les Legois, Caboche, Chaumont, à qui, lorsqu'ils durent quitter Paris, il n'hésita pas à donner asile dans ses états. 11 cessa d'être un chef de parti, pour n'être plus que le protecteur d'une faction. Son incapacité à rétablir l'ordre permit le retour des princes, son attitude à l'égard du dauphin jeta ce dernier dans les bras des Armagnacs. La paix de Pontoise consacra leur victoire ; le duc de Bourgogne, quittant brusquement Paris, leur abandonna la ville. Lui parti, les princes ne rencontrèrent plus d'obstacles. Louis de Bavière et le comte d'Armagnac, les deux hommes que les Parisiens haïssaient le plus 2, devinrent pendant deux ans les véritables chefs de la ville.

Pendant ce temps, on se livra aux représailles. On confisqua les biens des Bourguignons, on exécuta quelquesuns des meneurs ; plus de 300 personnes, dont 106 de Paris, hommes et femmes, coupables d'être de la faction

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