Cf. Chronique du Religieux de Saitit-Deni?, t. V, p
3. Cousinot, la Geste des nobles, éd. Vallet de Viriville, p. 153.
4. C'est à ce moment que le dauphin quitta brusquement Paris., et alla s enfermer pendant quelques jours à Mehun-sur-Yèvre. Jean-sans-Peur en profita pour faire écrire par sa belle-fille Michelle de France une lettre à Isabeau de Bavière, accusant les Armagnacs d'avoir enlevé le dau ph in (.4 rch. dép. du Nord, lettres missives, t. 1, f* 124 ; cote de Godefroy, 19659).
Plus récemment même, une autre conspiration avait été fomentée, et qui semble bien prouver qu'avant même le désastre d'Azincourt Jean-sans-Peur se disposait à marcher sur Paris. Las des impôts qui les accablaient depuis deux ans et de l'aide qui venait, au début de septembre, d'être levée pour résister à l'invasion anglaise, les Parisiens murmuraient. Un des bannis de 1413, Colin de la Vallée1 qui, avant son exil, habitait à l'hôtel du Boisseau, à la porte du Temple, et qui sans doute était demeuré auprès de Jean-sans-Peur, pensa, étant tenu au courant de cet état d'esprit, et en ayant vraisemblablement conféré avec le duc de Bourgogne et son entourage, que l'on pourrait profiter de l'absence du roi, du dauphin et des princes occupés contre les Anglais, pour ouvrir les portes de la ville à Jeansans-Peur. Il manda à sa femme de lui envoyer, le 20 octobre, une certaine somme d'argent dans un endroit déterminé et où serait le duc « pour venir devers le roy en très grant compagnie2 ». Le complot, par suite d'indiscrétions fut éventé et des mesures énergiques furent prises pour éviter toute surprise nouvelle.
Ces diverses manifestations ne laissaient en effet aucun doute sur l'état d'esprit d'une partie de la population parisienne, non plus que sur les desseins du duc de Bourgogne. Aussi « ceux qui avoient esté favorables à la partie d'Orléans contre le duc de Bourgogne, le doubtoient moult fort; pour ce qu'il avoit en sa compaignie plusieurs de ceulx qui avoient esté bannis et enchacez hors de lad. ville de Paris 3 ». On s'empressa, à l'annonce de son départ de Dijon, de prévenir le roi, afin de mettre la ville en état de défense. Les nouvelles les plus contradictoires circulaient. On racontait que pour gagner Jean-sans-Peur on lui avait
1. Ci. Douët d'Arcq, ouvrage cité, t. I, p. 163; dans la liste des bannis de 1413, figurent deux individus du nom de Colin, Colin de la Vallée et Colin Marchand.