‹ Une grande famille parlementaire aux XIVe et XVe sièclesChapitre 128 sur 159 · Juvèyial des Ursins, p · texte numérisé non relu

Juvèyial des Ursins, p

2. Arch. de la Préfecture de Police. Livre vert vieil premier du Châtelet, fol. 67.

3. Pour tous les événements du début de 1416, sur lesquels les chroniqueurs sont très sobres de renseignements, la source la plus complète est Juvénal des Ursins, p. 527-529.

Bourguignons affolés, retiraient leurs enfants des écoles, engageaient leurs proches à fuir la ville, craignant des représailles cruelles. Le conseil du roi enjoignait au duc de Bourgogne de licencier sans retard ses troupes, sous peine d'être déclaré traitre et rebelle. Les négociations, péniblement entretenues pendant plusieurs mois, prenaient un caractère de plus en plus aigre : tandis que les envoyés bourguignons étaient retenus à Paris, quasiment prisonniers, les ambassadeurs du roi restaient plusieurs jours à Lagny, sans pouvoir parler au duc et à son entourage ; ils paraissaient des otages plutôt que des plénipotentiaires. Les efforts du duc de Bretagne pour amener sinon la paix, du moins une détente, demeuraient inutiles; il ne pouvait rien obtenir de l'Université, divisée entre Picards, bourguignons déterminés, et Français, armagnacs convaincus. L'application qu'on lui faisait des mesures édictées en novembre contre les princes, en exigeant de lui un passe-port royal pour entrer à Paris, l'arrestation du ministre des Mathurins par le prévôt de Paris, au sortir d'une entrevue avec le duc, le découragèrent ; il se retira sans avoir abouti. Les Armagnacs en profitèrent pour prendre l'offensive ; Senlis, Château-Thierry, Meaux, Melun, Corbeil, Saint- Cloud étaient fortement occupés. Remonnet de la Guerre, prévôt de Compiègne, le sire de Bosqueaux, gouverneur du Valois, capturaient les lieutenants de Jean-sans-Peur, Martelet du Mesnil et Ferry de Mailly. Le duc de Bourgogne, découragé, après un mois d'inaction à Lagny, leva son camp le 28 janvier et rentra en Flandres. Son arrièregarde, au départ, était battue à Crécy-en-Brie.

Il semblait abandonner la partie et mériter le surnom que par dérision on lui donnait de « Jean de Lagny ». Les Armagnacs triomphaient ; à Paris, les emprisonnements recommençaient; des bourgeois étaient incarcérés; puis on s'attaquait aux membres de l'Université; quarante notables universitaires étaient bannis, et on déclarait que ces mesures, prises dans l'intérêt du royaume, seraient suivies

ET LE PROCÈS DU BOITEUX D'ORGEMONT 16o

d'autres semblables. On faisait le recensement des maisons, on obligeait les habitants à déclarer le nombre et le nom des personnes qui demeuraient chez eux. Pendant ce temps, les Anglais menaçaient le royaume d'une nouvelle invasion ; pour leur résister, pour payer les hommes d'armes que conduisait contre eux Bernard d'Armagnac, il fallait lever de nouveaux et lourds impôts. Le voyage inutile de l'empereur Sigismond en mars 1416 n'améliora pas la situation. Ecrasés d'impôts, surveillés chaque jour, les Parisiens qui, depuis 1413, semblaient avoir renoncé à secouer la domination des Armagnacs, pensèrent à nouveau au duc de Bourgogne; un complot s'organisa, comprenant non pas seulement les artisans et les hommes du peuple, mais ayant à sa tête d'anciens Cabochiens et des politiques, que la mort du duc de Guyenne avait laissés sans chef.

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