Monstrelet, t. III, p
Selon d'autres, non moins bien informés, le jour de Pâques, le roi se trouvait au Palais avec le roi de Sicile, le duc de Berry et d'autres princes. Un gentilhomme de l'hôtel du duc de Berry, Montigny, allant souper chez Juvénal des Ursins, et longeant à cheval la rue aux Fèves, aperçut au coin de la maison de la Croix d'Or, chez Colin du Pont, trois hommes armés ; il reconnut Colin du Pont et Jean le Courtillier. Intrigué, car il était alors défendu de s'armer, il fit part de cet incident à Juvénal des Ursins. Celui-ci prévint le prévôt de Paris. Les gens de l'hôtel du roi furent mis sous les armes. Une certaine effervescence s'en suivit. Colin du Pont, Jean le Courtillier et leur troisième complice, se voyant découverts, auraient tenté vainement de s'enfuir. Arrêtés, on aurait connu par leurs révélations le nom de leurs complices1.
Quelle part de vérité y a-t-il dans ces récits ? En tout cas, ni Colin du Pont, ni Jean le Courtillier ne furent appréhendés ; ils figurent en effet au nombre des fugitifs dont les biens furent confisqués quelques semaines plus tard. Le complot fut certainement découvert au dernier moment. Jusqu'alors, le secret avait été bien gardé. Nicolas d'Orgemont figure en effet, comme nous l'avons vu, dans les délibérations capitulaires, remplissant comme à l'ordinaire ses fonctions, délégué pour la réception de l'empereur2, recevant d'autre part des dons du roi, jusqu'à la veille de son arrestation. Fut-il la cause involontaire de la découverte du complot ? Dans un de ses interrogatoires, il confessa en effet avoir songé à prévenir Hémon Raguier. Quoiqu'il en soit, ce fut le jour de Pâques, très tard, que le prévôt de Paris en fut informé. Il prit de suite des mesures pour l'étouffer. Dans la nuit les principaux meneurs, Robert de Belloy, Renaud Maillot, furent arrêtés. On dut les interroger sommairement; ils ne surent taire leurs projets ni le nom de leurs complices.