Arch. nat., LL112, p
On peut se figurer l'émoi qui s'empara des princes et des conseillers du roi à l'annonce d'un complot aussi longuement organisé, et qui révélait les progrès que les partisans de Jean-sans-Peur avaient fait à Paris. Après les mesures de rigueur prises depuis quelques mois, l'existence d'une telle conspiration devait faire craindre qu'un mouvement très puissant ne vint à éclater, enlevant le pouvoir aux Armagnacs au profit du duc de Bourgogne. Le fait que de riches bourgeois, que de gros changeurs, que des officiers royaux, que des personnages aussi importants que Nicolas d'Orgemont y eussent trempé, constituait un danger sérieux. Aussi décida-t-on de procéder avec rapidité et rigueur dans la répression.
Cependant on ne put hâter tellement les arrestations qu'un grand nombre de complices ne prissent la fuite, se mettant à l'abri de la justice royale. A dire vrai, la majorité des conspirateurs put se cacher. Colin du Pont, Denisot de Baugis, Thomassin Orlant, Jean Barbin, Imbert des Champs, Benoît Guérin, J. Faucheur, Raoulet Gosselin, Jean de l'Olive, Augustin Ysbarre, Nicolas de Vaubrissay, Noël Marchand, fripier, Gerson Thoroude, drappier, Thierry de la Bée, couturier, Maciet Robillon, valet drapier, J . le Courtillier, changeur, Marcelet Testart, épicier, Evrard Pastourel, barbier, Guillaume Drouart, J. le Maréchal, Jean le Vicomte, Benoît de Bessin, Lambert Catelin, J. Marcel, prirent la fuite, à la première nouvelle de la découverte de la conspiration4. Le lendemain, il eut été trop tard.
L'importance de la conjuration, le rang de ceux qui y étaient mêlés, exigeaient une répression énergique. Une commission spéciale composée du roi de Sicile, du duc de Berry, du chancelier Henri de Marie, de Robert le Maçon,
1. Arch. de la Préfecture de Police. Livre vert vieil premier du Chàtelet, t" 89. Ordonnance du prévôt de Paris enjoignant à tous ceux qui auraient connaissance des biens des fugitifs de les déclarer dans le délai de huit jours.
chancelier d'Isabeau de Bavière, se réunit à la Bastille, où les prisonniers avaient été incarcérés1. Ce fut sans doute au cours d'un interrogatoire qu'ils subirent le lundi 20 avril, que l'on apprit les détails de l'affaire et la part qu'y avait prise Nicolas cl'Orgemont. La culpabilité du maitre des comptes, étant donné sa situation de fortune, les charges qu'il remplissait, le rang et l'influence de sa famille, nécessitaient son arrestation immédiate. Gui Turpin, chevalier banneret, qui, depuis plusieurs mois, servait à Paris avec neuf écuyers pour « la bonne garde et seurté du roi nostre sire et de sa bonne ville de Paris », en fut chargé. Le mardi 21 avril, à. l'heure du repas, il pénétrait dans le cloître de Notre-Dame et y arrêtait, d'ordre du roi et du prévôt de Paris, le doyen de Tours. Il le transférait de suite à la Bastille, tandis que le lieutenant du prévôt de Paris, Raoul Anchier, apposait les scellés dans la maison et commettait quatre sergents à leur garde.
Arrivé à la Bastille, Nicolas cl'Orgemont comparut devant la commission chargée d'instruire le procès des conspirateurs ; il ne put que confirmer ce qu'avaient déjà avoué Robert de Belloy et Renaud Maillot, et dévoiler, telles que nous les avons précédemment exposées, les diverses phases de l'entreprise. Ce fut sur cette confession que le 23 avril les commissaires royaux rendirent leur arrêt.
Mais Nicolas d'Orgemont était clerc, il était chanoine de Notre-Dame, et par suite la connaissance de son procès appartenait à la justice capitulaire. Dès son arrestation