‹ Une grande famille parlementaire aux XIVe et XVe sièclesChapitre 141 sur 159 · Bibl. nat., Dupuy, vol. 480, p. 22. Cf. Appendice VIII · texte numérisé non relu

Bibl. nat., Dupuy, vol. 480, p. 22. Cf. Appendice VIII

2. lbid., p. 25, et Arch. delà Préfecture de Police. Livre vert vieil premier du Châtelet, f 87. Cf. Appendice, n* IX.

1. Arch. de la Préfecture de Police. Livre vert vieil premier du Châtelet, f°76.

En vertu de cette restitution, le vendredi 24 avril, les députés des chanoines, s'étant préalablement munis d'un pouvoir délivré par le chapitre, vinrent à huit heures du matin au Châtelet ; après une heure d'attente, on les fît entrer dans la chambre des iiefs, où ils trouvèrent le prévôt de Paris, son lieutenant, le procureur du roi, J. Virau et d'autres officiers. Raoul Anchier leur demanda leur pouvoir ; l'ayant examiné, il leur dit qu'ils allaient entendre la sentence du roi et qu'à quatre heures de l'après-midi on leur livrerait le doyen de Tours.

Il fallait en effet que la sentence fut exécutée, et ce dut être le moment le plus terrible et le plus pénible pour cet homme que sa naissance, sa fortune, ses honneurs avaient placé si haut, qui avait vécu dans l'intimité des princes et de leur entourage, que celui où, à onze heures du matin de ce vendredi 24 avril, seul sur un tombereau, revêtu d'une chemise, un capuchon sur le cou et la tête, et son chapeau noir posé par-dessus, il fut exhibé aux yeux du peuple, suivant le char sur lequel étaient liés Robert de Belloy et Regnaud Maillot, tenant une croix de bois en main ; arrivé aux Halles, il dut entendre la lecture publique de la sentence royale, assister à l'exécution de ses complices1 ; lorsque la justice royale eut été satisfaite, on le ramena dans le même appareil au Châtelet.

A quatre heures, les délégués du chapitre, Jacques Trousseau, archidiacre de Paris, Pierre Franchomme, chantre, Guillaume de Rue, archidiacre de Brie, Jean Day, Guillaume Fedeau, Richard Bourgeois, Hugues Grimaucl, Jean Girardon, Nicolas de Dole, Jean « de Laudis », J. Taranne, Nicolas Fraillon et Nicolas de Baye revinrent au Châtelet et entrèrent dans la chambre des fiefs, où ils trou-

1. Sur cette exécution, cf. Chronique du Religieux de Saint-Denis, t. VI, p. 8 (cet auteur ajoute que N. d'Orgemont fut traîné dans un tombereau à immondices), et Journal d'un bourgeois de Paris, p. 71. — Perceoal de Caçny(p. 106) raconte que cette parade eut lieu en présence du roi de Sicile et du duc de Berry. Cf. également Journal de Nicolas de Baye, t. II, p. 120.

vèrent le prévôt de Paris, son lieutenant, Robert le Maçon, chancelier de la reine, Pierre de Lesclat, conseiller du roi, J. Virau, son procureur, Etienne de Beauregard, Robert Marlière, secrétaire du roi. Lorsqu'ils furent tous assemblés, on leur lit la sentence royale frappant d'Orgemont et le leur remettant pour instruire son procès. Toutefois le roi exigeait que, bien que justiciable du chapitre, il fut détenu à la Bastille.

C'était une atteinte à la juridiction des chanoines : l'inculpé aurait dû être incarcéré dans les prisons du chapitre. Aussi les délégués se retirèrent-ils, afin de délibérer entre eux, et pour sauvegarder leurs droits demandèrent-ils que le prisonnier fut conduit dans les prisons capitulaires ; à peine y aurait-il été écroué et le principe sauvé, on le transférerait à la Bastille. Si même on ne voulait leur faire cette concession, ils demandaient qu'on le leur remit, comme représentants du chapitre, dans la chambre où ils se tenaient ; on pourrait ensuite le conduire à la Bastille. Ils exigeaient en outre d'être présents aux inventaires que l'on pourrait faire de ses biens dans l'enceinte du cloître, et ils demandaient que parmi l'argent que l'on trouverait chez lui, on leur permit de retirer certaines sommes qu'il détenait, pour les obits de Thomas Hocié et d' Herbert Bérenger.

Leur requête exposée, on leur répondit que le roi, tout en voulant respecter leurs privilèges, consentait seulement à leur remettre Nicolas d'Orgemont dans la pièce où ils se trouvaient. On fit alors entrer le prisonnier, et Robert le Maçon lui donna lecture de la sentence royale. Lorsqu'on en arriva à la destitution de ses offices, il ne put s'empêcher de dire qu'il aurait mieux valu pour lui n'en n'avoir jamais eu; et lorsqu'on parla de l'amende de 80.000 écus, il déclara que ni lui ni les siens ne pourraient payer cette somme. On le livra ensuite aux chanoines, puis on le conduisit à la Bastille.

Le chapitre ne pouvait tout entier instruire l'affaire, ni se transporter à la Bastille pour les interrogatoires. Aussi le

samedi 25 avril, au matin, nomma-t-on des délégués pour le procès : ce furent Pierre Ogier, Nicolas Day, N. Fraillon, Nicolas Cauvache, Jean Charreton, auxquels, à la demande du conseil du roi; on adjoignit Robert Bourgeois, Gérard Machet, H. Grimaud, Jean « de Laudis », et comme notaire Jean Moche. Ce même jour dans l'après-midi, les députés allèrent à l'hôtel Saint-Paul, conférer avec le chancelier, les nobles et conseillers du roi chargés d'instruire avec eux le procès.

Le dimanche 26 avril, les représentants du chapitre décidèrent de demander l'adjonction de 16 ou 18 hommes probes et habiles jurisconsultes, pris clans le Parlement et l'Université, pour assister aux débats et au besoin les diriger ; ils exposèrent leur requête à Guillaume de Boisratier, archevêque de Bourges, Pierre Fresnel, évêque de Lisieux, Germain Paillart, évêque de Luçon, Geoffroi de Pompadour, évêque de Saint -Pons, Pierre Nepos, évêque d' Albi et Robert le Maçon. Ce dernier refusa d'accéder à cette demande et alla avec les autres prélats en conférer à l'hôtel du roi de Sicile, sis non loin des Tournelles. Les chanoines attendirent vainement une réponse ; voyant que leur démarche n'avait aucun succès, ils se transportèrent près de là, à l'hôtel de Giac, rue Saint-Antoine1, où se trouvait le duc de Berry. N'ayant pas plus de succès, ils allèrent jusqu'à l'hôtel Saint-Paul, chez le chancelier Henri de Marie, qui leur dit de revenir à trois heures à la Bastille.

On devait en effet interroger à nouveau Nicolas d'Orgemont. Là, dans une salle basse, en présence des chanoines, de l'archevêque de Bourges, des évèques de Lisieux, de Luçon, d' Albi et de Saint-Pons, du trésorier de la Sainte- Chapelle de Bourges, de Robert le Maçon, de Pierre de l'Eclat, de Mathieu du Bois, conseillers au Parlement, et d'autres

1. Sur l'emplacement de cet hôtel, voir L. Mirot, Les origines de l'hôtel Sully..., dans Bulletin de la Société de l'Histoire de Paris et de l'Ile-de- France, t. XXXVIII (1911), p. 77-95.

laïcs, Pierre Joseph, licencié en décrets et chantre de Reims, choisi pour diriger les débats, interrogea le prisonnier.

Nicolas d'Orgemont ne fit que reproduire, en précisant quelques détails, la confession qu'il avait déjà faite le 23 avril en présence des commissaires royaux. Il rappela les visites que Colin de Vaubrissay lui avait faites, ses confidences sur le mauvais gouvernement du royaume, la remise des lettres closes du duc de Bourgogne, la lecture du factum de Jean-sans-Peur par un de ses envoyés, les conciliabules qui eurent lieu le mercredi saint et le jour de Pâques ; il ne nia rien, ne tenta de rien dissimuler. Tout au plus, manqua-t-il de courage ou essayat-il de diminuer sa responsabilité, lorsqu'il déclara qu'à plusieurs reprises il avait fait remarquer aux bourgeois et aux envoyés du duc de Bourgogne que ce dernier ne semblait pas apte à remédier aux maux du royaume. « voire, aurait-il répondu, lorsque l'on parlait de l'arrivée du duc, pour faire les beaux fais qu'il a fais autrefoys, et pour admener les bannis avec lui pour gaster ce royaulme 1 ? ». Ailleurs, faisant allusion à l'entourage de Jean-sans-Peur et à son dessein de s'entourer de vaillants chevaliers et de bons bourgeois : « il fera que sage, aurait-il riposté, car il a gasté et destruit plusieurs gens en sa derreniere venue ». Il aurait même manifesté ses craintes sur le succès de l'entreprise : « Vous fiez au peuple ; je me doubte qu'il n'en prengne mal à tous ceulx qui s'en nielleront9 ». Il déclara aussi qu'il eut voulu, « craignant qu'il n'y eut grant brouillis en ceste ville », aller trouver son frère Guillaume à Lagny : le mauvais temps seul l'avait empêché d'y partir le lundi de Pâques. Il alla même jusqu'à dire qu'il avait songé à prévenir Hémon Raguier de ce que l'on préparait « pour y remédier ainsi comme il eust veu qu'il eust esté à faire, car il savoit bien

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