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LA REPRESSION

En punissant aussi durement Nicolas d'Orgemont., en le frappant dans sa personne par l'emprisonnement perpétuel, et dans sa fortune par la confiscation de ses biens, le gouvernement de Charles VI, ou plus exactement le parti armagnac, avait voulu montrer avec quelle rigueur il saurait réprimer toute tentative faite en faveur de Jean-sans- Peur et du parti des réformes. Si Nicolas d'Orgemont ne semble pas avoir été l'instigateur du mouvement, — il paraît bien plutôt en avoir été informé assez tard ; — si même certaines de ses réponses lors de son interrogatoire sont assez défavorables à Jean-sans-Peur dont il appréciait assez durement le caractère et l'intervention politique à Paris *, il fut cependant coupable d'avoir gardé une bienveillante sympathie au complot, en ne le dévoilant pas, et de s'être laissé attribuer un rôle actif, en acceptant de devenir chancelier et l'un

1. Certains passages de l'interrogatoire de Nicolas d'Orgemont sont en effet assez curieux ; le doyen de Tours porte sur l'attitude du duc de Bourgogne et sur l'influence que son entourage exerçait sur lui un jugement qui semble bien confirmer que, avec beaucoup d'autres, Nicolas d'Orgemont s'était séparé du duc de Bourgogne après l'émeute cabochienne, pour se ranger parmi les modérés groupés autour du duc de Guyenne. C'est vraisemblablement à cette attitude de Jean-sans-Peur que se rapportent les propos suivants : « Voire ! avait-il dit lorsqu'on lui avait parlé du retour du duc de Bourgogne, pour faire les beaux fais qu'il a faits autrefoys, et pour admener les bannis avec lui por gaster ce royaulme ». Ailleurs il accuse le duc : « en sa personne [il] n'est pas sages, il ne scet parler et ne se conseille pas par sages hommes». Cf. plus loin, p. 275 (Appendice X).

des conseillers les plus écoutés du parti bourguignon victorieux. Son nom, sa fortune, son influence devaient lui réserver une place importante ; et c'est sans doute sa situation très en vue qui lui valut d'être la principale victime des Armagnacs. En le frappant, on pensait donner un salutaire exemple à ceux qui auraient été enclins à suivre ses traces. Mais la répression ne fut pas limitée à lui seul. Déjà, le 24 avril, Jean de Belloy et Renaud Maillot, jugés par la commission extraordinaire instituée à la Bastille, avaient été exécutés *. Quelques jours plus tard, le 1er mai, Jean Roche, sergent du roi, homme riche et influent, Durand de Bry, teinturier, Jean Perquin, épinglier, subirent à leur tour la peine capitale2, et leurs biens furent confisqués3. Ce

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