COM
Cate et sensible. Je l'aime beaucoup, mais je suis sûr
qu’elle, elle m'aime encore mieux.
__ J'attache beaucoup d'importance aux bêtes parce qu'elles nous ressemblent, au fond. Elles nous ressemblent à là façon de beaux schémas simplifiés. Dans leur transparence enfantine, on retrouve bien des grandeurs humaines, et non de ces pétitesses qui encombrent les hommes. Comimé . je comprends — et je l’ai même dit dans mon dernier . livre — que certaines vieilles religions aient divinisé ces grands symboles tout faits, de nos instincts et de nos sentiments | :
Je vis presque toute l’année ici.
. D'abord, raisons de santé : la guerre, que j'ai faite comme simple soldat, m'a valu jadis une terrible dysenterie dont la guérison fut longue et qui m'oblige encore à
let
- ménager mes forces ; et puis, raison de travail : il m'est
impossible de travailler à Paris, où je suis dérangé par trop d’amicales sollicitations. Ici, je suis presque toujours
senterai tout à l'heure.
…. Je pars deux mois, au plus fort de l'été, quand la cha-
Jéur m'empêcherait de travailler. Je m'installe alors aux
vs
seul avec mes deux chiens, Lilith, et Ariel que je vous pré: .
nvirons de Paris, dans une petite ison de ca Tout cela vous surprend ? D.
Vous imaginiez un militant, toujours par monts et. = vaux ! J’ai le regret de vous détromper, mais je vous d Ja vérité... M
Je ne suis pas un militant ; je suis un homme de lettres Sans doute, il m'arrive parfois de prendre part à de réunions publiques. Il y a quelques mois, j'ai parcou l'Allemagne, l'Angleterre, l'Écosse, la Belgique ; un de vastes manifestations organisées par mes amis, - la paix et l’union des travailleurs par-dessus les frontière: Sans doute, j’aime à me mêler de la sorte à la classe ouvrière et paysanne, au grand prolétariat vivant, b ta et tout-puissant qui représente, pour moi, la santé et l’ave nir de la France et du monde... - Le nes Mais je considère que je dois servir la cause de l’inter- … nationalisme et des masses opprimées à laquelle je me suis voué de tout mon cœur en exerçant avant tout lé É]
méti pour lequel je suis fait : celui d’homme de lettres, et Considère aussi que ce métier de faiseur de livres est € | geant et réclame presque toute l’activité d’un homm = Aux dernières élections, on voulait me présenter en t de liste dans le quartier le plus avancé de Paris. Je el que j'aurais été élu. J'ai refusé : chacun à sa place d: l’ensemble, » Fe
de terrible,
ue
2 HENUBARBUSE 19
A CFE Barbusse. Figurez-vous que, depuis plusieurs jours, je roule
cette question dans ma tête : quel fut le troisième roi de Lome ? Je ne peux pas me rappeler ce nom-là. Vous devez le savoir. » tee > Et on cherche, sans parvenir à le découvrir, le nom du successeur de Numa Pompilius ! re a.
Puis, je ne sais par quelle mystérieuse transition, la con- versation vient sur le communisme auquel M. Augagneur reproche de vouloir supprimer toute propriété Privée ER Barbusse, avec la véhémente ferveur, l’emballement qui Jui sont coutumiers, défend cette idée que poser ainsi tout ue d’abord « l’épouvantail » de la suppression intégrale de
toute propriété — argument courant des adversaires du
pou. j ho | je
«L'ordre communiste est une grande chose, une organi- à
sation universelle de la production entre tous les êtres vi- Fe __ vyants, mais une Organisation de bon sens, qui supprime les absurdités et les abus de l'ordre actuel et, radicalement,
out accaparement et toute spéculation. Cette doctrine « Ru > maine » est trop rationnelle et trop réaliste pour pousser He … priori jusqu'à l'absurde certains principes ; et il n'est pas dit que cet ordre nouveau — qui d’ailleurs créera des états S d'esprit nouveaux — aboutisse en fait à la suppression de - toute espèce de propriété individuelle. L'intérêt général en - décidera 7” de — La grande caractéristique extérieure du communisme, - ajoute Henri Barbusse, c'est l'internationalisme, sur lequel, au fond, tous les honnêtes gens sont d’accord. » 2
IAE X X & ae
À peine avions-nous quitté M. Augagneur qu'il nous hèle sur la route : as ao
Littéraires, d’une voix aux innombrables échos, je voudrais
politiques et pour entendre des exposés de programme. Je
est du désordre, dont le raffinement excessif sent la décom-
Propos duquel on dit tant de grossières sottises : effort de
174 “UNE HEURE AVEG à 0
— Le troisième roi de Rome, nous crie-t-il. cest Martius |! : 2 Pr — Hélas ! non, répond Barbusse, Ancus Martius, c’est le quatrième et non le troisième ! » a, MR Voyez-vous, mon cher Frédéric Lefèvre, me dit alors Barbusse d'une voix grave, vous qui avez rénové l’art de « l'interview » littéraire et l'avez, je puis dire, magistrale ment recréé, et qui, de plus, disposez, avec Les Nouvelles
poser devant vous en quelques mots le sens de l'effort que
je me suis efforcé de réaliser à la fois sur le plan littéraire
et sur le plan social et moral. | Cove Vous n'êtes pas venu ici pour recueillir des déclaration:
le sais et rassurez-vous : je m'engage à ne pas le fair comme, il y a quinze jours, je m'y suis engagé devant. le conseil de guerre où je suis allé déposer en faveur de Jacques Sadoul. À vous, comme aux juges d'Orléans, je. voudrais n’en dire que ce qu'il faut pour vous rendre sensibles les caractéristiques de ma personnalité d'écrivain Ét de” lutteur. nr Je me fais l’effet d’être — excusez-moi si l'expression … vous apparaît quelque peu présomptueuse — un simplificateur. Res Ma génération est venue à la vie spirituelle dans un apogée prodigieux de civilisation matérielle et intellectuelle, à une époque trop touffue et compliquée dont la complexité
position, et où les pouvoirs établis et les institutions donnent des signes tragiques de décadence et de déclin. …
Il faut déblayer tout cela, tailler là-dedans, se débattre contre les complications et les subtilités, pour trouver les grandes simplicités fondamentales que nous cache le désordre de la surface. C’est cela, l'esprit révolutionnaire,
7. 2 HENRI BARBUSSE 175 ; critique érale pour retrouver le sens et la raison d’ être des idées et des forces, contrôle des valeurs sur tous les “plans, mise au jour des solides vérités positives et des larges problèmes, sentimeñt de la réalité et de l’action — et cela à travers une surabondance de verbalisme abstrait, maladie chronique de l’esprit, devenue, de nos jours, une and aiguë !
Et iout se tient, dans notre formidable vie moderne # tout se tient », ce leit motiv de mes livres, n’est qu'une des expressions les plus générales de la réalité ambiante.) Peut-on se désintéresser du point de vue social ? Non, on ne le peut pas. En tout cas, on ne le peut plus aujourd'hui. Les intellectuels ont toujours été des courtisans de l’ordre consacré et des flatteurs de l’opinion publique, et sauf de rares exceptions qui confirment la règle, ils ont suivi et non précédé et ils ont fait assez peu brillante figure dans l’histoire de la libération des souffrants et des opprimés. Mais aujourd’hui !..
Aujourd’hui, la question de la réglementation collective du genre humain prend une importance urgente et capitale, c'est une question de vie et de mort, et ce n’est plus faire . une prophétie trop pessimiste que de dire que ces multi- . tudes vivantes, si elles continuent à suivre les voies où les a engagées l'impérialisme capitaliste qui a mis sa griffe
. sur le monde, vont à la ruine, au massacre, au suicide. Cette simplification dont je vous parle et que nous tâchons de réaliser, consiste à nous débarrasser une bonne fois de ce qui est purement idéologique et abstrait, de tout. sentimentalisme utopique, de toute démagogie ornemen- . tale, et d’aller droit, à la vie, au peuple, à l’action ; de balayer les moyens termes, endormeurs et inconsistants, 4 Le passer à travers les nuances, de rejeter les combinai- “sons, les palliatifs et les rafistolages immédiats, le provis s soire, l'odieux « à peu près » (ma bête noire !)
Je me suis beaucoup occupé, comme vous le savez peutêtre, du mouvement des anciens combattants, mais pas des anciens combattants domestiqués par les pouvoirs officiels et dont le moins qu'on puisse dire est qu'ils constituent une honteuse garde d'honneur à l’ordre établi, mais des anciens combattants de l’A. R. A. C. et de | Internationale des Anciens Combattants (celle-ci, que j’ai fondée à Genève en 1920 et qui réunit plus d’un million de soldats de. -toutes les nations belligérantes de 1914). Ces hommes- à ne se payent pas de mots, ils méprisent des grotesques | parodies de la Société des Nations et des conférences de désarmement, ils veulent faire la guerre à la guerre, et, pour cela, logi quement, loyalement, s’attaquent au régime social qui, par son mécanisme même, rend les guerres inévitables. C’est de l’antimilitarisme pur et intégral, qui se. > déploie au-dessus de tous les partis politiques. 4
Évidemment, d’aucuns me blâment... et me plaignent. « Que n'’êtes-vous resté bien tranquille à faire des poèmes et des romans inoffensifs. Vous auriez jouir de la considé ration de tous, et des honneurs! » at
Mais il y a des compensations à ces honneurs que ja démérités. Dans le volumineux courrier que je reçois chaque jour et auquel je peux difficilement répondre (je … dicte parfois à ma secrétaire cinquante pages de sténographie), 1l y a des appels émouvants, des témoignages magnifiques de sympathie et de confiance qui me vien nent de groupements ou d’amis isolés,.et de tous les pays du monde. Je vous montrerai mon courrier de ces OU et vous serez édifié. | .
— Vous avez été l’objet de manifestations enthousiastes dans vos réunions de propagande d’ anciens combattants ? ù — Le souvenir de l’accueil qui m'a été fait dans cer-
ER
2 deu ne où j'ai été porté en ne par des :
de dix mille et de vingt mille personnes, restera ia t l'honneur de ma vie. ». |
x à e ns X * LAC ae
chions « Vigilia ». "Nous primes un sentier qui, juste : auessus de la mer, serpente entre les pins et les sapins. Jamais je n'ai respiré un air aussi parfumé. Toutes les plantes, tous les arbustes sont aromatiques. -
Pendant que je trace ces lignes, je retrouve dans ma oche de petites baies coniques divisées en quatre comparments et nie me laissent aux nee une douce et fraîche
Le Barbusse, je n’aurais ee courage.
À ce moment, et je ne sais pourquoi, ma rêverie s'inompt brusquement. Je regarde Barbusse. Les mêmes chantent en nous et viennent à à nos lèvres. nn ie
Non. non... Debout! Dans l'ère successivel 272 |Brisez, mon corps, cette forme pensive ! Lise Buüvez, mon sein, la naissance du vent ! ni ee Une fraîcheur, de la mer exhalée, + ur Me rend mon âme... O puissance salée ! ae Courons à l’onde en rejaillir vivant ! 5
Oui ! Grande mer de délires douée, Peau de panthère et chlamyde trouée De mille et mille idoles du soleil, Hydre absolue, ivre de ta chair bleue, Qui te remords l’étincelante queue Dans un tumulte au silence pareil.
LS X x
Le vent se lève !... Il faut tenter de vivre !
Barbusse sourit : — C’est en face de cette même Kiéditerranée que fut conçu le Cimetière marin...
Dans un tumulte au silence pareil.
Écoutez ; est-ce assez cela ? »
Nous sommes arrivés à Vigilia, la rouge villa que Barbusse fit construire sur un rocher, il y à trois ans :
__ Elle fut inaugurée, si j'ose dire, par un important fonctionnaire de la police, M. Faralicq, qui vint la visiter avant même son achèvement, en compagnie de douze personnes au nombre desquelles Messieurs les commis-
saires de police de Saint-Raphaël, de Cannes et de Dragui-.
gnan.. Ils la fouillèrent pendant six heures et ïls ne m’em-
portèrent que quelques volumes de traduction du Feu: Je,
dois vous avouer qu’ils ne me les ont pas encore rendus.
| HENRI BARBUSSE 1e Bah Tout cela est de l’enfantillage { Ne faut-il pas dépenser l'argent des contribuables ? M. Faralicq, qui vint ide. Paris dans une superbe limousine, fit au moins un voyage bien intéressant... » /
Le cabinet de travail d'Henri Barbusse s'ouvre au rez-
f de-chaussée de la maison. Nous entrons. Je sens que le
moment est venu de prendre la direction des opérations si
je veux faire un copieux butin. |
__ J'ai hâte de parler littérature, répond Barbusse. »
__ Une appréciation qu’il porte sur les Dialogues sur le com-
mandement, d'André Maurois (« livre fort bien écrit, mais
qui n’est que joutes oratoires sur un sujet insignifiant : la. valeur intrinsèque, en tant que joueurs d’échecs, des
grands chefs militaires à la surface d’une énorme réalité . tragique : la guerre ») nous permet de le faire et nous sert
de transition, où, si l’on veut, de conclusion, ainsi qu'un . développement sur le mouvement universel de Clarté —
intellectuel, moral et révolutionnaire — que Barbusse est
fier d’avoir lancé. |
M La littérature et l’art, c'est un sujet d’autant plus
passionnant que nous sommes à une époque de transition,
de renouvellement fatal, et que, dans ce domaine comme
dans celui du devoir civique actif, ce sont les mêmes
grandes méthodes de simplification qu’il convient d’appli-
\ quer.
ae
…. En ce qui me concerné personnellement, j'ai toujours . évité comme la peste, dans mes livres, les cas rares, les situations exceptionnelles. Ce que je reproche, par exemple, à cet immense fouilleur qu'est Dostoïevski, que j'admire tant d'autre part, c'est de s'être trop souvent complu à nous présenter des anomalies. (Et je me souviens que, dans fo une conversation que j'eus, il y à plusieurs années, avec
RS ur ge LÆ
; cbr, j'ai mis, à ce Dont des vue, ee contre son. op Ja grandeur de Tolstoï au-dessus dé celle de Dostoï = La recherche de l’imprévu et de l'invention, je la. plutôt, comme. j'ai fait pour l'Enfer, pour les Encha ie ments, et comme je le fais pour le livre auquel je travaille actuellement, dans une présentation originale du su] dans un subterfuge scénique me permettant d'élargir et renouveler la vision, mais non dans la matière même d drame. J'ai peur de la subtilité et du byzantinisme psych logique et philosophique. Je tends vers ce que j'appelle dans les Enchaînements, « la banalité formidable DA grands lieux communs éternels, les grandes crises ind duelle$ : amour, vieillesse, emprise de ja mort, et 1 grandes misères collectives avec leurs grandes guérisc mouvementées et pathétiques. Vous voudrez bien reconnaître là un parallélisme avec ce que je vous Ars fa à l'heure sur l’action pratique.
. Ce parallélisme s'étend plus loin encore à mes yeu il s'étend à la forme, au cadre de l’œuvre d’art, et aussi a style.
La forme. L'heure est venue de reviser les formules cdi sacrées et de briser les vieux moules usagés. Par exem Je « roman ». à Il est usé. Ce « contenant » est devenu neufs Il devenu surtout un « procédé » qui s’imite lui-même à façon d’un objet manufacturé qu’un peu d'habitude su pour reproduire proprement et il ne correspond plus aux dimensions ni à IARIAASIE du contenu. Ça sent : * VIEUX. AH faut à la pensée et à à la vie conne À
“plus vaste — quelque chdse qui ressemble au Us po ee aux « SOMMES » sn et même à ces opule
ni nt, Lee A la condition, bien entendu, que le retour à ces am
2 HENRIBANBUSSE 181
SYMENT
| formules abandonnées signifie retour au commencement et non retour en arrière, et qu'il s'agisse d'agrandir un
F À vrai dire, on éprouve le besoin de mettre de plus en plus de choses dans les livres. Le roman me paraît traverser
à phase au cours de laquelle le poème musical est devenu,
e mélodique et linéaire, symphonique. Le public se mon-
| public des auditions musicales, dont pourtant l'oreille et même l'admiration se sont habituées à la polyphonie. Chérubini, directeur du Conservatoire, disait jadis que.