‹ Une heure avec.. 1924Chapitre 4 sur 53 · SES · texte numérisé non relu

SES

or de n'avais pas. trois mois . mes parents

e s s'est passée en futé où nous sommes restés te

ous avons habité aussi pendant cinq ans en Algérie. ’à quatorze ans, j'ai étudié presque seul. Ensuite j'ai au lycée de Tunis, puis au a d'Alger. C'est ége

‘5 à Montpellier et préparé mon agrégation d hisis J'ai-6té collé. Alors, de dégoût, je décidai de

af D en marge ee mes fiches ends + Due F re d’ histoire. Diadumène ne fut

ne È

nirs qui comptent parmi les plus chers de mon exi

sans paraître.

Poète cote

de ces ae années, une cree ee la ce

ceux-[à mêmes qui auraient dû le défendre et le

Poète tragique.

Pendant que je . la petite revue

Suarès, qui voulut bien nous défnel pour cette re de

de ja fuit à ls. recopier pour he pas livrer à les feuillets de Suarès.

courant de la vie littéraire, mais on m'a dit qu’au

de et que de premiers coups lui avaient été po

Vous m'en voyez au désespoir. Dites bien haut, | prie, tout ce que je dois à ce magnifique écrivain, e les tentatives surréalistes ne nous fergent oublier 1 sida, a Le Livre de l’Émeraude, cette Suite

Ds

. La voix de M. Pierre Benoît est toute mouillée d’é tion.

— Petmettez- moi, continue-t-il, d'évoquer deux

> de A

C’ était pendant la guerre ; je me trouvais à Paris, 15 g

| PIERRE BENOIT ” 41

"survolaient la ville. Je sorts avec Suarès. Nous gagnâmes la Cité, nous nous promenârmes longtemps autour de Notre- Dame. En silence, Suarès s’emplissait les Yeux du merveilléux spectacle. Je sentais comme un élan de tout son être qui l’emportait et m’emportait avec lui dans une admiration douloureuse. Je sentais qu’il voyait dans cette cathédrale la synthèse de tout ce qu'il fallait défendre et de la France même... Enfin, il parla et ce fut un hymne improvisé dont les accents chantent en moi, le soir, quand je suis loin de France.

Écoutez masntenañt la séconde histoire. J'aime beau- coup les animaux. Suarès les aime aussi. Or, je perdis un jour une petite chatte qui m'était très chère. Où l’enterrer ? Suarès était à ce moment-là en Bretagne. Je me rendis chez Jui et obtins de sa concierge, qui me connaissait comme un. ; familier du Maître, qu’elle me confiât les clefs de l’appartement. J’enterrai ma pauvre bête dans le petit jardin que vous savez. Rentré chez moi, j’eus des remords d’avoir ainsi violé la retraite du solitaire. J'en écrivis tout au long à Suarès qui m’envoya en réponse une lettre si Ne et si compréhensive que je l’ai toujours gardée et que depuis j je la relis souvent. | Hélas ! la vie nous a séparés, mais je sais bien que si quelque jour une grosse douleur tombait sur moi et me démâtait, c’est tout naturellement dans le petit jardin aux tortues, le jardin où repose ma chatte, que j'irais me Tee gier..

ma vie, celle de Dostoïevski. C'est lui qui m'a fait lire l’Idiot. Je ne connais pas de plus grand bouquin. | Et je ne connais pas de plus beau livre de critique Créatrice qué Hommes et surtout l’essäi sur Fédor Mikhaïlovich..

Hé fais des eltorts désespérés pour ramener Benoît à luimême...

< Au Sutplus, je dois à Suarès la plus grande révélation de

No ne. viens de relire Kenigs) à tion dè la Cité des Livres. Je suis

beau gris en est charmante et t le texte ‘est ‘fort agr abler ) établi. à .. — Ce sont d'excellents amis À moi qui. dirig jeune maison d’Édition, des écrivains. Il y à no Varillon, a déjà pubs un roman Au.

à vous-même.

… Et Benoît atteint un livre sur sa table de trade 7 Ne croirait-on pas ouvrir un de ces beaux x xvim* siècle à l’ornementation typographique si al | Fleurons, bandeaux, culs de lampe de Fournier 1 s'accordent le mieux du monde avec la typog d derne..

sur ru imprimé A pour. 1 ue leur commun amour de Racine : « Un de

penser je vous en offtirais ‘un Pr Ce nous est un prétexte à parler de Racine. e — Je sais Andromaque et Bérénice par cœu orgueilleusement Pierre Benoît. Je sais aussi mille vers de Victor Hugo. Ce commun amour pou dù romantisme devrait bien rendre M. Paul Souday. plus indulgent pour moi.. a no . Quand je suis venu à “Paris en 1910, ; avais un nu horreur des voyages et de plus, je fus tellement par la capitale que je jurai de ne l’abandonne Et maintenant, je suis toujours par monts et vau dans les trains, je rafraichis ma mémoire. D:

vraiment irop et vous verrez que cela finira par me. oh) un mauvais tour en Het ma mémoire. Ve ‘un :

Ne me parlez pas du roman d’ aventures, Rien ne me

ue le roman d’aventures n’existe pas en a Frs une <iie à l'aventure, diminue l'aventure.

- Mes méthodes de travail vous sembleront étranges. ais un roman comme d’ autres font une thèse. Je ne me

rase, “je. a note. J al un Sete de iclitd assez com. et un plan tellement détaillé que lorsque je commence le travail de rédaction proprement dit, mon livre plus rien à m’apprendre. C’est vous dire qu'il ne M’ ine

plus guère.

DE J'ai été absent éternb vingt-deux mois. Ta ai: é, d’abord, deux mois à Alexandrie, puis deux mois à. ) gora où j'ai vu Mustapha Kemal. Près de lui, on com. end. ce que c'est qu’un chef. Kemal c’est tout l'Islam. ai vécu un an en Syrie, sans jamais demeurer huit jours. ee ans le même endroit. De Syrie, je suis allé cinq fois en ilestine, en passant par Kaïfa et par Acre. J'ai vécu long- ; emps au couvent des Lazaristes qui se trouve à trente mètres de Beyrouth. Ce couvent fut fondé par le père h sous Richelieu. Lamartine y vécut quatre jours. J’ ai la cellule qu’il habita. Volney et Maurice Barrès ont. ent séjourné au monastère d’ Antoura: Les Turcs, qui . à

d0 UNE HEURE AVEC

| occupèrent le Collège pendant la guerre, prenaient Les livres reliés pour ressemeler les chaussures de leurs” dats.

du Déban et Dténaré : Puits de Faécb. te. roman, qui cor mence à paraître dans la Revue de Paris, surprendra beat coup de gens. Depuis cinq mois, je n’ai vécu que dans les milieux juifs et je n’ai lu que des livres écrits par des Juifs et sur les mœurs juives. D’un mot, j'ai rencontré l'âme juive. Ceci. ne vous dit rien ? Eh bien, sachez ape

niers, mes doué un découvertes. ; L'Orient, tout l’Orient, un livre vient de nous l’ apporte Pantonr histoire d’un enfant du pays d’ Égypte.

grande que vous-même revenez de là-bas : il serait difcle de vous en faire accroire |

—— Un document unique, vous dis-je... et, de plus, ie œuvre qui compte, calme, puissante. Imaginez un enfant qui naît au cœur de ces multitudes du Caire dont, jus. qu'ici, la gesticulation nous est demeurée si étrangère. Cet enfant est le petit-fils d’un saint ; son père, son oncle, dirigent un fariq, c’est-à-dire une secte musulmane. Le monde, pour lui, n’est d’abord que la vieille demeure égyptienne, puis la melle, la mosquée du quartier, le kouttab où il apprend le Coran; puis, aux confins du désert, 3 l'immense nécropole où accourent chaque année, pour glorifier la mémoire de son arrière-grand-père, des milliers 4 de fidèles. Et il va mener, entouré comme son père et son | oncle de la considération d’une foule de disciples, l'existence la plus strictement traditionnelle qui se puisse imaginer. Nous pénétrons donc dans les zones les plus profondes du mysticisme populaire. Supposez, maintenant,

PIERRE BENOIT

que cet Mint, dont l'éducation fait penser à celle de quel- que secte presbytérienne, entreprenne de nous raconter, à Sa manière, avec une simplicité naïve et fière tout ensemble, ce que ses sens aiguisés d’oriental et son âme de . petit puritain lui ont appris sur lui-même, sur ses parents, ses voisins, ses condisciples, ses maîtres, et aussi sur les Infidèles qui, dans son pays, sont les maîtres de l’heure : voilà Mansour ! On trouve dans Mansour ce qui manquait à l’admirable Livre de Goha le Simple : le rôle non pareil de la religion en Orient, la valeur sociale de cette loi de . l'Islam dont Mansour définit ainsi l’ accomplissement : : (8e … tenir à égale distance de l’avidité de jouir et de l’avidité de . souffrir. » Livre où, enfin, chacun est à sa place : l’effendi, . l’émir, le cheikh, le fellah, le hachâche, la prostituée, le sultan et l’ânier... Tous pleins d'inquiétude et d’ardeur, tous, malgré leur ‘extraordinaire vitalité, courbés sous des fatalités écrasantes. Car telle est bien la sensation domi- … nante que nous procure cette œuvre, sensation identique à celle que nous donnent la sculpture et l’architecture de . l’ancienne Égypte : sensation de grandiose, mais de gran- diose accablant.

dans le « cauchemar sans issue de la vie de ce monde », la possibilité d’un commencement de libération. Ce souffle

… se l’avoue, la présence de ces Infidèles, qu’il méprise et jalouse en même temps, va modifier l’image qu'il se forme . de son avenir. Cette évolution, marquée par-les auteurs

È entière un pont jeté entre le génie français et l'Islam.

| quillement, sans la moindre hâte, comme il convient quand ii s'agit de gens pour qui le temps n’a aucune espèce de

% quand ses premiers pas semblent figurer dans le sable les

Et voici que s’insinue, pourtant, comme un souffle frais, |

vivifiant, c’est d'Occident qu’il arrive. Sans que Mansour

avec délicatesse et bonheur, contribue à faire de l'œuvre

Le plus drôle, c’est que vous pénétrez là-dedans tran-

. valeur ; comme fait le chameau à la lisière du désert, …

pir ane one de tout, élément He. A mesure

prend vie 4 nie grandit, vous oppresse jusqu'à à s ur monde. Ainsi, pour reprendre ma Con

même les piétinements, les haltes incessantes oh ju raissent commandés par une logique différente de la nô mais non moins impérieuse. Le film de Mansour se psychologiquement, dans une atmosphère qui est position de ces solitudes, de ces ciels d'Orient o t Eee la monotone lumière, vous conduisent à la

puissent nous en Éonbler si près de nous. C’est la âme humaine qui vous a été montrée dans le champ d lentille grossissante. Ge de D'ailleurs, continue M. Pierre Benoît avec feu, le d’exotisme me semble convenir assez mal quand il du Moyen-Orient, d’une civilisation dont la nôtre est 4 taire. À tout instant, dans Mansour, on croit êtr source de notre sentiment religieux. On songe au: phètes, aux apôtres. La parabole fleurit spontané: comme la plante grasse entre les rocailles… FA — J'ai lu ce livre avec un ONE intérêt ; mu

un peu nb =.

aisez-VOUS ; ; je sais trop ce que vous allez dire : : : que

ue le vieux génie fee a ne ne cessera d'a apr au monde : : le don de be les racines de son

Mouvelée sur le een le don de lpérane.

De Tement. M. Pierre Benoît éclate de rire. ee

: D en des” « TARDE d'idées », est aspable .

TR His

pristi ! Savez- vous que Je. serais fichu ? Ignorer- vous Ts" SRE

de quoi ils RE de Pai bien vu que cette firme déployait à eo ine rprenante activité et que ses livres étaient partout, mais Le | bon Français songerait à s’en En ee DERSES

Mais j'ai vu aussi + ARE de de Actio divisés sur cette Tee Et c'est ce qui m’ quiété.… : | - Pour qu’une force aussi nas fût scindée, # * bien qu’il y eût quelque chose. . su Avant cette étrange polémique, j'étais incapable 4 le tinguer les Orion dus à la plume de Marsan de ceux écrits Dubech.… Après, le doute n'était plus possible... »

En écoutant M. Pierre Benoît ressusciter cett | querelle j j'avais l’impression bizarre de revenir. det 1) «arrière, de Comme tout vieillit vite à et comme i | garder de concéder trop de terrain à té... | w eve Sur un coin de la table, j'aperçus tout à bus es

. sur le Commandement d’ André Maurois. Le :

était entr'ouvert. Ce fut ma planche de salut. |

Benoît avait suivi la direction de mon regard. ï Le refusa pas de partir dans cette direction. re __ — André Maurois a eu le courage d’ aborder, er lettré, le problème capital de l'heure, celui du Com ment. Pour mon goût, il n’est peut-être pas allé j

fond du LE Il a surtout envisagé le com + ment militaire qui... »

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