DE LE
M. Victor Bérard est né le 10 août 1864 à Morez du Jura. Ancien élève de l'École Normale et membre de l'École ‘à française d'Athènes, il est aujourd’hui directeur d’études à l’École des Hautes-Études (géographie antique) et ancien teur de géographie politique et économique à à Lkeole ee Supérieure de la Marine. ee D'autre part, sénateur du Jura depuis 1920, il est rés ve dent de la commission de l’Enseignement et vice- -président Dies de la commission des Affaires étrangères. ii — Ma vie intellectuelle, nous avoue-til, a toujours a été partagée en deux. La première partie a été consacrée We à la politique et à l’économie contemporaines ; la seconde, Fur à la géographie et à l’histoire grecque. a :
Du tout, j'ai fait une unité complète. Le résultat a : été que je me suis surtout livré à l’étude de la période homérique ou plus exactement de la période archaïque des - A origines grecques. NE, J'ai soutenu ma thèse française en 1894 sur l’ origine. de. . x cultes arcadiens. Je m’appliquais à y démontrer que la ren religion et la mythologie anté-helléniques sont pour une bonne part d’origine sémitique, ou plutôt phénico- -Égyptienne. ee En1902-1904, j'ai publié deux volumes sur Les Phéniens à et l'Odyssée où je montrais comment les Récits d'Ulysse impliquent soit un poème, soit des documents antérieurs … d’origine phénicienne nous décrivant avec exactitude et précision tels et tels parages de la Méditerranée occidentale et, en particulier, comme le dit Ulysse lui-même, les détroits ou « portes maritimes » de l'Occident (par Tan à port aux Grecs) depuis le détroit de Cythère jusqu'au . détroit de Gibraltar en passant par les détroits d’Ithaque, | “4 . de Corfou (Nausicaa), de Djerba (Lotophages), de Messine 4
nnbd et Scylla), de Capri (Les Sirènes), de Nisida -(Cyclope), de Bonifacio (Lestrygon), et enfin de RARES (Calypso).
. En réalité, c'est en mai 1888, lors de mes fouilles . diennes de Mantinée, que j'avais eu la première idée de ue l'édition et traduction de L'Odyssée elle-même, que. j'ai. : «achevée en février-avril 1925. AB En même temps que ma thèse française sur Les Cultes ie arcadiens, je présentais une thèse latine sur L’Arbitrage
internalional chez les Grecs et je publiais mon premier volume de politique : La Turquie et l'Hellénisme contemss forains.
De 1896 à 1918, j'ai continué ces études de politique d - j'ai même, de 1901 à 1911, tenu la chere des pa : étrangér es à la Revue de Paris.
FT ee. EU
. — Oui, il faut du travail et de la discipline. Je me lève le matin à quatre heures et demie. .
À cinq heures, je suis installé dans mon bureau. Je fais Ÿ ie correspondance et quelques travaux politiques. at - Entre sept et huit heures, je descends prendre mon petit a déjeuner. Je lis les journaux. a — De huit à dix heures, je travaille avec mes secrétaires à 4 des recherches homériques. 2: De dix heures à midi, réceptions, conversations, télé phone Souvent, un peu trop souvent, démarches dans les : ministères pour affaires électorales. : .
| De midi à deux heur es, déjeuner et sieste. De deux à à “opt
ES ie
… Voyez- vous, di 18 yous donne un horaire aussi | précis à .
à Et puis, tout le labeur n’est pas conscient, heureuse- . ment. Moi, une bonne partie de mon travail se fait en à D: dormant. SH A :
— Avant d'écrire, 1l faut composer.
géographie ; Fustel de Coulanges, qui nous a appris à
regarder un texte, et Brunetière, modèle des: positivistes, #
qui nous a donné le goût du travail.
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— C'est surtout le théâtre qui est dans une impasse. On: a été obligé de mettre les places à un prix si élevé que le. public ne peut plus y aller. :
Je suis convaincu que la tentative du Miracle des Loups
— J'ai surtout subi trois influences : Vidal-Lablache, : 1 qui trouvait le moyen de nous faire comprendre et aimer la
est excellente. Le théâtre de l’avenir utilisera le cinéma
qu'il combinera avec un phonographe haut parleur. On diminuera ainsi les frais de 80 pour cent.
Il faut d’ailleurs revenir à un théâtre beaucoup plus
simple.
Les Grecs sont allés de la tragédie à l’épos. Nous, il faut
revenir de la tragédie à l'épos, c’est-à-dire d’une forme
de théâtre très compliqué à à une forme de théâtre beaucoup plus simple. À
Je réclame des récitations publiques.
I] faut faire entrer la littérature dans le cinéma si nous
ne voulons pas que le cinéma étrangle la littérature.
Au théâtre de Lons-le-Saulnier, j'ai récité moi-même à
mes jeunes camarades du lycée, deux épisodes | de l’ Odyssée.
Ïl y avait quinze cents personnes et je suis fier de din | é
que toutes semblaient vivement intéressées.
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— Ces photographies sont des documents réunis depuis douze ans. Les Phéniciens et l'Odyssée avaient eu un succès inespéré ; ils étaient épuisés en librairie et devenaient, di-
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D OO ©Vicror BÉRARD 245
sait-on, introuvables. J'avais donc entrepris, en 1912, un
long voyage méditerranéen en compagnie de mon ami M. Fr. Boissonnas, l'artiste genevois, dont les hellénisanis
connaissent les photographies admirables. Nous avions
. suivi, escale par escale, toutes les aventures d'Ulysse. Nous
| Viens de vous montrer et dont nous comptions illustrer les
en avions rapporté ces quelque quinze cents clichés que je
récits de notre auteur et.les gestes de ses personnages...
“Hélas ! de 1912 à 1924, les temps ont bien changé et je ne sais quand nous pourrons utiliser tous ces documents.
Je voudrais, du moins, dans l’Album-Atlas que je prépare, mettre sous les yeux du public les vues qui me
semblent les plus probantes.
__ Je sais, en effet, que de toutes les nouveautés et,
| hardiesses que peut présenter mon édition, c’est ce choix - pour la traduction d’une sorte de vers libres sans rime ni . xssonance, de quantité extensible, qui soulèvera le plus de questions et même de critiques.
- J'ai beaucoup hésité avant de donner cette allure à mon
propre texte. .
- Quelle que soit l'impuissance de nos oreilles les plus
… érudites à saisir les beautés sonores des mètres anciens,
il n’est pourtant pas un lecteur de l'Odyssée qui ne sente
. J’agilité, l'harmonie, le port élégant en même temps que
… Ja tenue et la force, bref, le charme souverain de cette
rique...
. parole rythmée.
Comment rendre en français toute cette vie hexamé:-.
Jai beaucoup tâtonné et essayé bien des moyens : de
“ 1900 à 1912, j'ai rédigé, fait imprimer puis corrigé Sur. trois épreuves successives une traduction complète d’où le
… souci du rythme était presque banni, puis j'ai tàché, sur deux autres épreuves encore, d'introduire dans la prose.
heurtée de cette première traduction quelque fldidité régu-
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te 8 - A.
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he rapide et sonore qui en écris Ja lecture à NOÏX. Mn
le. à
en as de vers libre. PR
Je me demande si le public Dan approuvera cote patience de trois années. = :
. J'ai gagné, du moins, à ce travail le sentiment. Je “re + vif de la parenté et de la parité d’âge qui unissent notre je alexandrin du xx° siècle à l’ hexamètre de l’épos. * Après trois siècles de services tragiques, comique épiques, ce grand vers récité de France a acquis la plei maturité, la plasticité et toute la souplesse qui caractéri
saient le grand vers récité d’Ionie. | - Suivant le nombre de ses spondées et de ses dacty l’hexamètre est extensible ou compressible comme à ii sir de douze à dix-sept syllabes. An Notre alexandrin du xvr° siècle, strictement limité cp
la rime, ne comportait pas d’ ordinaine ces EXERRIRRE, | compressions de « grandeur métrique » ; ül n'avait r ses douze syllabes, non comptée la muette des rimes fém nines. Mais, enjambant sur la rime et annexant dans vers suivants toutes les syllabes qu'il lui plait, notre alexan . drin du xx° siècle varie, «en vérité, de douze à dix-huit, “Re et même à trente et trente-six syllabes a
ra Key ES
6 îs coupe no. 4-4-4, coupes paires 9 10, 4- 8, #4 0-2, coupes impaires 3-5-4, 3-3-3-3, etc. te. se D se LE que je n° ’aie pas su manier cet outil. L’ exp
. pensable pour nn à des oreilles françaises l'écho du Fa homérique. | &
primé un certain nombre de ces épithètes homériques qui s’interposent entre notre entendement et la vie du texte ? La valeur et le sens vrai de ces mots archaïques nous échappant la plupart du temps.
Je ne veux prendre qu’un exemple | pour ma défense. Mais je prendrai sans crainte ce qu'on m'a le plus véhé- mentement reproché.
__ Neus Thoé se traduit littéralement par « galère subtile » (style de notre xvi° siècle).
Voulez-vous me dire ce que cet archaïsme galère subtile
évoquera pour des oreilles du xx° siècle.
Pour nous, c'est un archaïsme incompréhensible ; pour
les oreilles achéennes ou ioniennes nèus thoë était ha très précise désignation, le nom d’un navire d’une forme déter-
pneu et destiné aux opérations rapides.
Le couple de mots grêcs doit donc se traduire par le ui mot de croiseur qui dans le français du xx° siècle, comme déjà des xvn° et xvin° siècles désigne les navires de ce genre.
Je me suis efforcé de suivre cette règle dans tous ee Cas
similaires
- D'autre part, chaque siècle a sa façon d'utiliser les divers
Dents du langage.
Ainsi, dans le langage de l’épos, l’épithète est souveaine : non seulement, elle remplace l’adverbe qui n’est le plus souvent qu’un neutre d’adjectif, mais elle sert à des
fins où le substantif nous paraît aujourd’hui de rigueur.
Par exemple, le « feu infatigable » ne dit rien à nos sens ni à notre esprit tandis que « la danse de la flamme » me paraît évoquer de façon plus exacte l’image de la
— Quoi i ÂAllez-vous me reprocher aussi d’avoir sup-
minée, exactement, un navire étroit relativement à sa lon-
flamme agile, montante, descendante, ne | brusquement de la braise. « où l’on conserve Ia semence 1 du feu ». en
Homère ne peut revivre parmi nous que si, délié de bandelettes mortuaires dont l’enSerrent depuis la Renaissance les « épithètes homériques », il se reprend à parler comme un homme et non pas comme un livre: ils s'agit de traiter Homère comme le plus grand des artistes qui jamais aient trempé une plume dans l’encre : Fhomeres logie doit être le premier chapitre de l’histoire littéraire:
— En Somme, pour vous, l’histoire littéraire n'est pas seulement une affaire de sentiment ni seulement, d’ autre part, une affaire d’érudition. 2
— On définissait autrefois l'historien de Part : « Un. homme qui n’est ni artiste ni historien » et il faut bien reconnaître qu'autrefois, avant Fromentin, la définition était trop souvent juste. :
Aujourd'hui personne ne s’aviserait de parler peinture, a — mettons : écrire Heure — sans connaître l’histoire | i des peintres et des écoles et sans être capable non seule- … ment de goûter les œuvres, mais encore d'apprécier le . métier. Je ne sais pas si pour la critique littéraire sous en sommes au même point ; il me semble que certains négligent parfois l’histoire, que d’autres s’efforcent, mais en vain, de goûter les ouvrages. S
Ouand je veux montrer à mes fils ce qu'est, à mon gré, de bonne histoire littéraire à la française, él complète, érudite et sentie, nous lisons et relisons ensemble le chapitre sur Adonis dans Variété de Paul Valéry. fe
— Et « Eupalinos » ?
— Je ne crois pas qu’un dialogue de Platon traduit par la moyenne de nos professeurs vaille ces pages de simple | français pour apprendre au français d'aujourd'hui ce que furent, ce que sont, ce que doivent être les « humanités »
grecques, ou plutôt les humanités tout court, car y eût- il à
FE
VICTOR BÉRARD Au
t manités » ailleurs qu’en Grèce : ‘quand on HOUS « humanités » st j'avoue ne pas ous
Et il ii une autre expression qui hante la mémoire du # eur, épigraphiste ou archéologue : Qusne on à pass
| e + fondations de diclque édifiée ste “ment voici le bloc de marbre encore enterré : statue ? bas- | eli 4 D prions : On dégage lentement, SHERAR FRERE
Dre LENS le bloc : . là ! Le bloc est culbuté, mais il est encore tout enduit de terre ou de boue. Pour: … quelques lignes apparaissent : c’est une inscription ; grecque, ou romaine ? On lave, on brosse, on : le texte apparaît; Ô ei « c’est du sale in! »
LU tionnaire, que les Grecs avaient inventé le syllogisme. È Reise ce tout ee véhicule de pensée raide et
920 UNEXHEURE À RG.
1 1 RM HE
et ceux-là seuls des peuples l'ont ‘connu qui, mille ans, sont allés à l'école de la Grèce.
confiant tout entier du triplan du ne ie se lança, se soutint, vola dans l’air libre de la pensée ! | — Vos livres sont une arme excellente pour. redont
si rayonnante immortalité. de avouer que je crois Ke a
avoir trouvé. JE Oui, Hioone c'est beaucoup grâce à vous, à à f des mille lumières que vous projetez sur le texte, que de choses qui Re jusqu'alors cachées se découvertes. DE Ainsi comme votre position est sage en face des affirnia | tions de Wolf, qui s’élait d’ailleurs borné pureme simplement à copier d’ Aubignac : D'Aubignac affirma
- AVEC netteté … S Hour û prouver dans ses De.
tar
mise.
l’œuvre d’un seul poète. 1.
Après avoir étudié vos propres travaux, on sent le désir de situer PCR en la question et. on pense que peut- ï
du tome IT de l’Introduction. #; Je trouve fort juste la distinction que vous y faites Fe poruons, insertions «et répétitions, les 1
CARRE AC PC BRON TA A PAS RTE UT DT PS Dhs 7: CU NET ET du ARR EEE ed NN s UT EN Le Lt ; AE ATRLE JAN VI ee s s: F: # : AN 5
VICTOR BÉRARD | ee
fauss saire hlle avoir fabriqués soit de toutes pièces, soit d'emprunts ou d’imitations homériques, les insertions dési- ‘a les vers et groupes de vers superflus qui sont authen- / tiquement homériques en leur teneur, mais qui sont illé gitimement répétés en des endroits où ils n’ont que faire ; | e nom de répétitions étant réservé pour les vers authenjques et légitimement répétés en plusieurs endroits du ete primitif. 2 Je songe ici à une de ces fréquentes te que vous vez traduite si savoureusement qu’on ne se lasse pas de la rencontrer : « Vint une chambrière qui, portant une aiière en or et du plus beau, leur donnait à laver sur un assin d'argent et dressait devant eux une table polie. Vint la digne intendante : elle apportait le pain et le nuits évant eux. Puis le maître-tranchant, portant haut ses ie lateaux de viandes assorties, les présenta et leur donna Lie es coupes d'or. Un héraut s’empressait pour leur verser Le
AE
is qu’au cours des siècles, ce : poème fut repris, mofié, Dune, et que souvent ces augmentations, ces.
7 l explication de ces interpolations, vous nous la dona au Donne de l'introduction Le texte récité | Vous. reuses ! a ‘est qu'elles n'étaient pas légitimées par le désir ‘der 22 pléter, de perfectionner l'ouvrage primitif. : — 2 rhapsode ne devait-il pas à sa ville natale ou à celle \. & lui offrait l'hospitalité de leur faire une place en ce jorial de la Grèce qu'était l’épos, en cette croisade
nue ‘is conférait la noblesse ?... Les auditeurs,
na de se faire un jugement : vous | aU8s co sei )É k Peme, vous bornant à les me entre. &
ou n ajoutent rien ou vont à l'encontre + HE générale, voire même de la logique du récit, de l'ordre la construction.
Votre division de l'Odyssée en trois drames : de Télémaque, Les Récits chez Alkinoos, La d'Ulysse est fort curieuse.
Quoi qu’il en soit de cette interprétation, je pe ie RER du vers blanc NE ne
de l’éternelle jeunesse db poème.
Le Jeu du véritable artiste nñ ’est pas ailleurs
Fou générale. ”
si accueillant, je repris le Don Ne de l'Od ssée l’arrivée chez 7 Phéaciens et l’épisode de Nausicaa.
Et quand j'eus fini, j'étais obsédé par une’ él nelle », de Max Jicob: Vous vous souvenez du refr:
Dis-moi quelle fut la chanson Que chantaient les belles sirènes Pour Le pencher des trirèmes Les Grecs qui lâchaient l’aviron,
et la dernière strophe :
Nausicaa à la fontaine, Pénélope en tissant la laine, Xeuxis peignant sur les maisons, Ont chanté la faridondaine !.… Et les chansons des échansons !
20 juin 1925.
. Jai beaucoup de goût pour le dernier roman de M. Jacques de Lacretelle : La Bonifas. C'est certainement l’un des grands livres de l’année. La critique est presque unamime : Le jeune romancier a établi là un caractère. On dira désormais : La Bonifas. On en verra partout. On aura tort. C’est tout de même un caractère un peu exceptionnel. On peut en rencontrer. J'en ai vu une l'année dernière. Elle sut finir comme La Bonifas. Mais je ne veux pas préciser davantage.
Les caractères créés par les romanciers sont toujours un peu exceptionnels... avant...
Rencontrait-on autant de « Madame Bovary » avant le . roman de Flaubert ?
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Nous avons pu happer quelques instants M. Jacques de Lacretelle, lors d’un de ses courts passages à Paris :
— J'arrive de Chantilly, où, aussitôt débarrassé de La
. Bonifas, je me suis installé pour travailler. À Paris, il m'est
“impossible de m’adonner à aucune tâche sérieuse ; Ce n’est
pas que les sujets d'observation manquent, mais il me
- semble que la pensée ne fait que sauter de l’un à l’autre,
sans S'y attacher ni les pénétrer. Dans |” isolement com : plet, c’est tout autre chose ; les facultés intellectuelles s’épanouissent vraiment ; la mémoire et l'imagination ne sont troublées par aucune agitation superficielle, et elles nous laissent entrevoir leur fond, ainsi que des eaux enfin à tranquilles. Ajoutez à cela que le changement de climat et … la découverte d’un paysage procurent une certaine excitation intellectuelle. Bref, j'admire qu’un écrivain puisse à accommoder son travail à la vie sonore et distrayante qui nous est imposée à Paris.
— Du reste, vous avez exprimé ces idées dans l’introduction que vous avez écrite pour les Rêveries du rose neur solitaire. ca
— C'est vrai, et je sens cela très fortement. Jugez- -moi Le naïf ou présomptueux, mais, hors du recueillement soli- … taire, j'ai toujours le sentiment de ne penser que des choses futiles sinon des sottises. + — Mais oui, j emporte des livres dans ces retraites, je passe beaucoup de mon temps à lire, et je crois que jé retire de lectures faites dans de telles conditions un bénéfice bien plus grand. Combien de fois, à ces moments, ; m'est-il arrivé d’être passionné pour un beau livre, un peu touffu, un peu obscur, qui m avait rebuté jusqu'alors. … C’est que les vraies beautés intellectuelles sont. haut placées et l’on n'y parvient pas sans eflort. =
FINS ee ; à 4
— Pourquoi vous citer des titres ? Cela ne vous a rait rien ; mes grandes admirations se portent sur des. ouvrages qui semblent d’une valeur indiscutable, dans 16 roman, par exemple : ceux de Tolstoï, de Dostoïevski, des. Anglais du xrx°, de Balzac, de Proust. Mais, si j'ai tant | goûté ces (æuyres copieuses et quelquefois ardues, c'est, n’en doutez pas, que je ne les ai pas lues à Paris entre une. |
communication téléphonique avec mon éditeur. et un thé
CNRS T