‹ Une histoire d'amour, les amants de Venise- George Sand et Musset, avec des documents inèditsChapitre 56 sur 67 · On ne badine pas avec Vamour, acte III, se. vui · texte numérisé non relu

On ne badine pas avec Vamour, acte III, se. vui

ils se disent encore adieu, et puis n'ont plus la force de partir...

Parmi ces billets un peu monotones, une dernière lettre de Musset, qui est curieuse. Le voilà sensiblement épuisé. Leur amour lui est apparu comme la réalisation tragique de Lélia. Sténio, c'est lui, mais vivant, non plus endormi sous les roseaux du lac, mais assistant à ses douleurs à elle, et à son agonie. Et il décrit longuement son affreux rêve, avec l'accent même, la mélancolie romantique de Lélia.

Tant d'amour ne devait pas finir sur cette plainte résignée.

Paul de Musset laisse entrevoir, dans les derniers chapitres de Lui et Elle, les scènes pénibles qui furent les convulsions suprêmes de cette liaison. Elles étaient plus nerveuses que sincères. A en croire son frère, Alfred feignit, un soir, de vouloir tuer sa maîtresse. Elle même n'y voulut voir un réveil de la passion...

Ces lignes du poète témoignent de leur lassitude :

C'est chez toi, mon enfant, que j'irai te dire adieu. Je t'avais écrit, non pour te demander de venir ailleurs, mais simplement pour être sûr de te voir un instant. Ne t'effraye pas : je ne suis pas de force à tuer personne, ce matin.

UNK HISTOIRE D'AMOUR

Alfred eut-il alors quelque jalousie des assiduités de Liszt? Il l'avait présenté à George, l'automne précédent. Ces deux natures ne devaient guère s'accorder. Nous avons vu le tranquille dédain de Lélia pour le mystique et vaniteux artiste^ Paul de Musset lui attribue trop d'influence dans les querelles des deux amants, à cette heure décisive. George tentait sans doute de se rattacher encore Alfred, qui, moins désespéré, ne cessait pourtant de souffrir.

Une fois encore, après d'autres orages, Musset essaya de s'enfuir. Ce dernier billet en témoigne :

Senza veder^ senza parlai'^ loccar la mano d'un pazzo che parte domani,

(Sans se voir, sans se parler, serrer la main d'un fou qui part demain.)

Il ne put tenir sa parole, et c'est George Sand qui eut le courage d'en finir : « Non, non, c'est assez! pauvre malheureux, je t'ai aimé comme

1. M"^ Lardin de Musset, qui prenait alors des leçons de piano de Liszt, me rapporte avoir enteiidu ce « mot cruel » du* musicien sur G. Sand : « Sa connaissance n'est plus à rechercher, depuis que sa maison est devenue un omnibus,.. » Je ne pense pas qu'il faille en conclure à une intrigue, même passagère ; Liszt courtisait déjà la comtesse d'Agoult.

GEORGE

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